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En relâchant des milliards de litres d’eau par ses feuilles au cœur de la saison sèche, la forêt amazonienne a littéralement ouvert une saison que tout le monde attribuait à la mousson

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Dans le sud de l’Amazonie, la saison des pluies démarre en octobre, et le signal ne vient pas du ciel. Selon une étude de 2017 publiée dans PNAS, la transpiration de la forêt enclenche une convection peu profonde qui prépare l’atmosphère aux orages profonds, puis à l’arrivée des pluies, 2 à 3 mois avant la zone de convergence intertropicale. Ce que l’on rangeait vite sous le mot « mousson » a donc un déclencheur inattendu : les feuilles.

Nous sommes le 30 septembre, et la fenêtre de démarrage s’ouvre.

Sur la période 2005-2013, les dates d’arrivée des pluies mesurées par les chercheurs varient d’une année à l’autre. La plus précoce tombe entre le 4 et le 8 octobre, la plus tardive entre le 2 et le 6 novembre. Un mois d’écart, dans une région grande comme plusieurs fois la France.

À retenir

  • La transpiration de la forêt amazonienne déclenche la saison des pluies 2 à 3 mois avant la zone de convergence intertropicale
  • Une pompe à humidité de convection peu profonde humidifie l’atmosphère et prépare l’arrivée des orages profonds
  • La déforestation et les incendies réduisent cette transpiration critique et allongent la saison sèche

Sommaire

  1. Une forêt que l’on croyait passive
  2. La pompe à humidité qui précède les orages
  3. Quand la pompe s’enraye

Une forêt que l’on croyait passive

L’évapotranspiration de la forêt représente environ 30 à 50 % des pluies régionales. Personne ne le contestait. Mais une question restait ouverte : cette eau rendue à l’air aide-t-elle à piloter le cycle saisonnier des pluies, ou ne fait-elle que s’y adapter ? L’idée dominante voyait plutôt la forêt comme une répondante, qui transpire davantage une fois la pluie revenue.

Pour trancher, l’équipe menée par Jonathon Wright et Rong Fu, avec des chercheurs du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, a croisé plusieurs jeux de données satellites indépendants. Parmi eux, la mesure du deutérium de la vapeur d’eau par l’instrument TES, qui signe la vapeur rejetée par les feuilles.

La pompe à humidité qui précède les orages

À la fin de la saison sèche, la transpiration alimente une convection peu profonde, qui humidifie et déstabilise l’atmosphère. Les auteurs l’ont baptisée « shallow convection moisture pump », la pompe à humidité de convection peu profonde, abrégée SCMP. Elle n’active pas directement la convection profonde, comme on le supposait auparavant : elle passe d’abord par cette étape intermédiaire.

Les signatures isotopiques désignent la transpiration comme principale source d’humidité de cette convection.

Une fois l’atmosphère préparée à l’échelle régionale, les orages profonds se multiplient rapidement. Ils attirent à leur tour l’humidité environnante, ce qui déclenche la saison des pluies. Ce mécanisme joue 2 à 3 mois avant l’arrivée de la zone de convergence intertropicale, donc bien avant les pluies tropicales que l’on croyait seules responsables. Ce n’est pas la pluie qui fait la forêt, c’est la forêt qui lance sa pluie.

Quand la pompe s’enraye

Ce schéma a une conséquence directe sur la déforestation. Les auteurs y voient un cadre pour comprendre comment le recul de la forêt allonge la saison sèche et accroît la vulnérabilité aux sécheresses. Moins d’arbres, c’est moins de vapeur au moment précis où l’atmosphère en a besoin pour basculer.

Les feux ajoutent un second risque. Les aérosols produits par les brûlis de fin de saison sèche pourraient altérer l’efficacité de la pompe. Les fumées se répandent justement dans la période où la pompe devrait s’amorcer, ce qui laisse penser que défrichement et incendies peuvent retarder le démarrage des pluies.

La saison sèche du sud de l’Amazonie s’est déjà allongée ces dernières décennies, surtout à cause d’un démarrage plus tardif des pluies. Des simulations évoquent même un basculement brutal de la forêt vers la savane si la tendance se poursuivait.

Ces résultats demandent deux précautions. L’étude porte sur le sud de l’Amazonie et sur des observations de 2005 à 2013. Elle montre que la forêt déclenche le démarrage des pluies, pas qu’elle fabrique toute sa pluie. Quant à la brume qui monte de la canopée à l’aube, elle est le signe visible de cette transpiration dont les satellites ont suivi la trace.

Source : dept.atmos.ucla.edu

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