Le 22 juillet 1962, une fusée Atlas-Agena quitte Cap Canaveral avec la première sonde américaine destinée à Vénus. Moins de cinq minutes plus tard, elle est détruite au-dessus de l’Atlantique. En cause, une petite barre horizontale absente d’une équation de guidage.
Coût de l’oubli : environ 18,5 millions de dollars de 1962, selon la NASA.
À retenir
- Une barre manquante dans une équation mathématique a provoqué l’explosion de Mariner 1 après 293 secondes de vol.
- La barre supprimée lors de la transcription manuscrite empêchait le lissage des données, causant des corrections de trajectoire excessives.
- Mariner 2, lancée 36 jours plus tard avec le même design, a réussi le premier survol réussi de Vénus avec transmission de données.
Sommaire
Cinq minutes de vol, une trajectoire qui part de travers
Mariner 1 décolle à 9 h 21 GMT depuis le complexe de lancement 12. La fusée est une Atlas LV-3 Agena-B, et la sonde, conçue par le Jet Propulsion Laboratory, pèse environ 203 kilos. Pendant la montée, un radar au sol suit l’Atlas et lui renvoie des corrections par radio. Le maillon qui relie les deux est une balise embarquée sur la fusée.
Cette balise perd le contact avec le sol. L’incident est connu, et la fusée est censée alors suivre une trajectoire préprogrammée jusqu’au retour du signal. Le calculateur au sol bascule sur une équation de secours, écrite pour ces coupures.
Or cette équation est fausse. Privé de sa barre de lissage, le calculateur prend les fluctuations normales de vitesse pour de vrais écarts de trajectoire. Il ordonne donc des corrections brutales, et la fusée tangue puis dévie vers les routes maritimes de l’Atlantique.
L’officier de sécurité du champ de tir tranche à 293 secondes de vol.
Il fait détruire la fusée quelques secondes avant la séparation de la sonde. Selon une rétrospective publiée sur Mariner 2, la sonde a continué d’émettre jusqu’à sa chute dans l’océan, environ 357 secondes après le décollage. Les débris sont retombés dans l’Atlantique.
Une barre, pas un tiret
En notation mathématique, une barre tracée au-dessus d’un symbole indique une valeur lissée, une moyenne calculée dans le temps, et non la mesure brute. Sur la feuille d’origine, un terme de vitesse portait cette barre. Les analyses de la NASA désignent le symbole R, associé au rayon. Au moment de la transcription manuscrite vers la carte perforée, la barre a disparu.
Aucune erreur de syntaxe, aucune alarme : le code s’exécute normalement, mais sur des données non filtrées.
Arthur C. Clarke a résumé l’affaire en parlant du « trait d’union le plus cher de l’histoire ». La formule a fait le tour des manuels et des articles de vulgarisation. La NASA tient pourtant à rectifier, dans son billet consacré au soixantième anniversaire du lancement : l’omission n’était pas un tiret, contrairement à ce qu’on lit souvent.
La confusion n’est pas anodine. Un trait d’union relie deux mots, alors que l’overbar change le sens mathématique d’une quantité. Le prix de 1962, lui, représenterait de l’ordre de 200 millions de dollars actuels, d’après une estimation grossière fondée sur l’inflation américaine.
Pour le JPL, l’échec avait un air de déjà-vu, puisque les quatre premiers Ranger lancés vers la Lune avaient eux aussi échoué. L’erreur de Mariner 1 s’ajoutait à une série noire.
Trente-six jours pour remonter en selle
Mariner 2, presque identique à sa jumelle, décolle le 27 août 1962 sur une autre Atlas-Agena. Cette fois, le lancement se déroule sans incident. L’étage Agena place l’ensemble sur une orbite d’attente, puis se rallume pour l’envoyer vers Vénus.
Le 14 décembre 1962, Mariner 2 survole la planète et renvoie des données, premier survol réussi d’une autre planète, avec des mesures transmises jusqu’au 3 janvier 1963. Les Soviétiques avaient pourtant pris de l’avance : Venera 1 avait frôlé Vénus en mai 1961, mais sans renvoyer la moindre donnée, après une panne de communication.
Sources : nasa.gov | maketecheasier.com | siliconcanals.com


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