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On pensait le plastique cantonné à la surface des océans : les premières images d’un canyon sous-marin en montrent par 3 800 mètres de fond

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On imagine souvent l’océan comme un immense réservoir capable d’absorber nos erreurs sans jamais les révéler. Les images de tortues empêtrées dans des sacs plastiques ou les continents de déchets flottants ont fini par s’imposer dans nos esprits comme le visage le plus visible de la pollution marine. Mais que se passe-t-il lorsqu’on descend bien plus bas, là où aucun rayon de soleil ne parvient et où l’homme n’a jamais posé le moindre regard direct ? C’est précisément la question à laquelle une équipe de chercheurs argentins vient d’apporter une réponse aussi fascinante qu’inquiétante, en explorant pour la toute première fois les entrailles du canyon sous-marin de Mar del Plata.

À retenir

  • Des chercheurs argentins ont utilisé un robot sous-marin (ROV) pour explorer le canyon de Mar del Plata lors de 17 plongées entre 878 et 3 820 mètres de profondeur
  • Sur les 29 déchets recensés entre 1 120 et 3 820 mètres, 27 sont en plastique (sacs, emballages, matériel de pêche) et 2 en caoutchouc
  • La faune marine profonde colonise déjà ces déchets, comme un octocorail sur une feuille plastique à 2 108 mètres ou une étoile de mer sur un sac plastique à 3 243 mètres

Un robot sous-marin qui dévoile ce que personne n’avait vu

Un robot sous-marin qui dévoile ce que personne n'avait vu Crédit : © Teso et al., 2026, PLOS One

Pour percer les mystères de ce gouffre marin situé au large de l’Argentine, les scientifiques ont fait appel à un robot sous-marin téléopéré, plus connu sous l’acronyme ROV. Entre juillet et août 2025, cet engin a parcouru les profondeurs lors de 17 plongées, s’aventurant entre 878 et 3 820 mètres sous la surface. Au total, ce sont 240 heures de vidéo qui ont été collectées, offrant un aperçu totalement inédit de cette portion des fonds marins jusque-là invisible aux yeux des chercheurs.

Ce travail minutieux constitue la première caractérisation des macro-déchets marins jamais réalisée dans ce canyon précis. Un exploit technique autant que scientifique, tant les conditions extrêmes de pression et d’obscurité rendent chaque plongée délicate. Et le résultat de cette exploration est sans appel : sur les 17 descentes effectuées, 10 ont permis de repérer des déchets, preuve que la contamination n’a rien d’un phénomène isolé ou anecdotique dans cette zone.

Le canyon de Mar del Plata, une autoroute à déchets insoupçonnée

Au fil des plongées, les chercheurs ont dénombré 29 objets répartis entre 1 120 et 3 820 mètres de profondeur. Sans surprise, le plastique domine très largement ce triste inventaire avec 27 objets recensés, contre seulement 2 en caoutchouc. On y trouve principalement des feuilles et sacs plastiques, des emballages alimentaires ainsi que du matériel de pêche commerciale : lignes, cordes et câbles semblent s’être frayé un chemin jusqu’aux confins les plus reculés du canyon.

Ce constat n’a rien d’un hasard géographique. Les canyons sous-marins peuvent agir comme des conduits et des zones d’accumulation pour les matériaux d’origine humaine. Jusqu’à présent, les données concernant l’Atlantique sud-ouest restaient particulièrement rares, ce qui rend cette étude d’autant plus précieuse pour comprendre l’ampleur réelle du phénomène dans cette région du globe.

Quand le plastique s’incruste dans un écosystème vieux de millions d’années

Ce qui frappe le plus dans cette découverte, c’est la manière dont la vie marine a fini par cohabiter, presque malgré elle, avec ces intrus. Les images capturées par le ROV montrent ainsi une feuille plastique noire dégradée, colonisée par des arthropodes et un octocorail, à 2 108 mètres de profondeur. Un peu plus loin, à 3 243 mètres, un sac plastique sert désormais de support à une étoile de mer. Une corde de pêche, quant à elle, a été retrouvée à 2 054 mètres, entièrement recouverte de polychètes.

Plus surprenant encore, certains objets du quotidien ont été identifiés à des profondeurs vertigineuses : un emballage de collation à 3 231 mètres, un emballage de mouchoirs à 3 814 mètres, ou encore un sac plastique entièrement rempli de sédiments à 3 739 mètres. Ces déchets, pourtant si banals en surface, deviennent ici des éléments à part entière d’un écosystème marin profond. Les paysages de ces canyons offrent en effet abris, habitats et zones de nourrissage à de nombreuses espèces marines, grâce à l’afflux constant de nutriments, ce qui explique pourquoi ce site a particulièrement intéressé les chercheurs.

Une pollution profonde qui interroge sur l’ampleur réelle du problème

Ce phénomène, loin d’être isolé, fait écho à des observations similaires réalisées ailleurs dans le monde. Dès 2018, une campagne scientifique menée avec le robot Victor 6000 avait déjà révélé la présence de déchets dans les canyons sous-marins de Méditerranée, jusqu’à 2 200 mètres de profondeur. Plus récemment, des travaux publiés en 2025 ont également mis en lumière le rôle des courants de turbidité dans le canyon de Whittard, véritables autoroutes naturelles capables de transporter des microplastiques jusqu’à plus de 3 000 mètres sous la surface.

Ces différentes découvertes dessinent progressivement une carte inquiétante : celle d’un plastique capable de voyager bien au-delà de ce que l’on imaginait, se logeant dans des recoins de l’océan que l’humanité n’avait jamais explorés jusqu’ici. Un chercheur du Museo Argentino de Ciencias Naturales Bernardino Rivadavia rappelle d’ailleurs que les canyons sous-marins, connus pour leur forte biodiversité, constituaient un terrain d’étude tout naturel pour approfondir nos connaissances sur les eaux profondes.

En cette période où les enjeux environnementaux occupent une place grandissante dans le débat public, ces images venues des abysses argentines rappellent une vérité simple mais dérangeante : aucune zone de l’océan n’est réellement à l’abri. Si le plastique parvient désormais à s’infiltrer dans des écosystèmes marins profonds, situés à près de 4 000 mètres sous la surface, quelle partie de notre planète peut encore prétendre échapper à notre empreinte ? La question mérite d’être posée, et surtout, méditée.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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