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On pensait le baccalauréat à l’abri de toute remise en cause : ce qui le fragilise ne vient ni des élèves ni des jurys

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Un diplôme obtenu chaque année par une large majorité de candidats, symbole d’un rite de passage républicain, pourrait bientôt perdre sa fonction la plus évidente : ouvrir automatiquement les portes de l’université. C’est en tout cas ce que suggère un rapport sénatorial rendu public à la rentrée, et que le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a choisi de ne pas balayer d’un revers de main. Bien au contraire, il en a fait un totem politique, promettant que la place du baccalauréat « doit être discutée au moment de la présidentielle ». De quoi surprendre, tant le bac semblait jusqu’ici échapper aux grandes controverses qui agitent régulièrement l’école française.

À retenir

  • Un rapport sénatorial propose de permettre aux universités de sélectionner leurs étudiants à l'entrée, plutôt que par l'échec en cours de licence.
  • Philippe Baptiste rejette une hausse généralisée des frais d'inscription mais envisage un réinvestissement de l'État ou des contributions modulées selon les revenus.
  • Le ministre privilégie la création d'années de propédeutique ou de rattrapage pour préparer certains bacheliers avant leur entrée en licence.

Un rapport sénatorial qui vient percuter le bac

Tout est parti d’un rapport publié le 9 septembre par une commission d’enquête sénatoriale consacrée à l’excellence académique, présidée par la sénatrice LR Laurence Garnier, proche du candidat à la présidentielle Bruno Retailleau. Ce document, qui liste une dizaine de recommandations, ne s’attaque pas frontalement au baccalauréat en tant qu’examen, mais à ce qu’il permet automatiquement : l’accès aux études supérieures. Une proposition qui a immédiatement suscité des remous, au point que les parlementaires de gauche ont voté contre ses conclusions.

Dès le lendemain, sur Public Sénat, le ministre a salué la « qualité » de ce travail, sans pour autant en valider toutes les préconisations. Il a néanmoins reconnu que le sujet méritait un débat de fond, qualifiant la question du bac de « grand sujet de société » qui devra être tranché lors de la prochaine élection présidentielle.

L’accès automatique en fac, la faille que personne ne voyait venir

Le cœur du rapport sénatorial tient en une phrase simple : la rapporteure Laurence Garnier estime que « l’université française est sélective, mais elle sélectionne trop souvent a posteriori, et par l’échec ». Autrement dit, plutôt que de choisir ses étudiants en amont, le système actuel laisserait entrer tout titulaire du bac, quitte à l’éliminer plus tard, souvent après une année entière de cours. Le rapport propose donc de permettre aux établissements de choisir eux-mêmes le profil et le nombre de leurs étudiants.

Cette perspective inquiète fortement les syndicats d’étudiants et d’enseignants-chercheurs, qui y voient les prémices d’une privatisation déguisée des universités publiques. Pour eux, sélectionner à l’entrée reviendrait à fragiliser le principe d’égalité d’accès aux études supérieures, pilier historique du système français.

Licence en péril : quand le diplôme ne garantit plus rien

Philippe Baptiste appuie son propos sur un constat chiffré préoccupant. Selon lui, les taux de poursuite d’études après le bac sont « extrêmement élevés », avec des étudiants qui ne sont pas toujours suffisamment préparés pour affronter le rythme et les exigences de l’enseignement supérieur. Résultat : des taux d’échec « considérables » en licence, c’est-à-dire à bac+3, un phénomène particulièrement marqué chez les bacheliers professionnels.

Ce paradoxe interroge : à quoi sert un diplôme censé sanctionner la fin des études secondaires s’il ne garantit plus la capacité à réussir les suivantes ? C’est précisément cette faille que le ministre veut mettre sur la table, en insistant sur la nécessité de repenser le rôle du bac face à la diversification croissante des profils étudiants.

Frais d’inscription et bourses, la bataille financière qui s’annonce

Derrière la question pédagogique se cache aussi un enjeu budgétaire de taille. Le rapport sénatorial propose notamment de multiplier par cinq les droits d’inscription universitaires pour l’ensemble des étudiants, une piste que Philippe Baptiste rejette catégoriquement, se disant « farouchement » opposé à une telle hausse généralisée.

Face aux difficultés financières bien réelles des établissements, le ministre esquisse deux scénarios alternatifs : un réinvestissement massif de l’État, chiffré à plusieurs milliards d’euros par an, ou des contributions modulées selon les revenus des familles. Il réaffirme par ailleurs son attachement à une réforme des bourses supprimant le système des échelons, un chantier estimé à 400 millions d’euros par an et qu’il juge « indispensable » pour mieux soutenir les étudiants les plus modestes.

Propédeutique et rattrapage, les pistes du ministre pour sauver la fac

Plutôt que de fermer purement et simplement les portes de l’université, Philippe Baptiste privilégie une voie intermédiaire. Il se dit favorable à la création d’années de « propédeutique » ou de rattrapage, destinées à certains profils de bacheliers, afin de leur donner les bases nécessaires avant d’entamer une licence classique. L’idée serait ainsi de préserver un accès large aux études supérieures, tout en offrant un sas de préparation à ceux qui en ont besoin, plutôt que de les laisser échouer en cours de route.

Bac, argent, université : ce qui va vraiment changer avant la présidentielle

Malgré l’ampleur du débat qu’il appelle de ses vœux, le ministre se veut prudent sur le calendrier. Il précise lui-même que la plupart, voire la totalité, des propositions issues du rapport sénatorial ne seront pas mises en œuvre dans les six mois à venir. Ces transformations, reconnaît-il, relèvent davantage d’un chantier de long terme que d’une réforme express.

Reste que la séquence marque un tournant symbolique : en qualifiant ouvertement l’avenir du baccalauréat de « grand sujet de société », relayé par plusieurs médias nationaux à la rentrée, le ministre place la question au cœur du débat présidentiel à venir. Une manière d’annoncer que le bac, longtemps considéré comme intouchable, pourrait bien devenir l’un des dossiers les plus disputés de la prochaine campagne.

Entre la sélection à l’université, la refonte des bourses et la crainte d’une hausse des frais d’inscription, ce ne sont donc ni les élèves ni les jurys qui fragilisent le baccalauréat, mais bien les tensions structurelles d’un enseignement supérieur à bout de souffle. Une question demeure : le prochain quinquennat osera-t-il enfin trancher un débat que personne n’avait vu venir avec une telle intensité ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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