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En rapportant en 1984 des feuilles de ronce malades d’Europe, un inconnu a littéralement lâché sur l’Australie un champignon encore interdit

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À retenir

  • Une rouille de la ronce a été introduite illégalement dans le Victoria en 1984.
  • Le coupable n’a jamais été identifié ; l’historien Simon Farley avance qu’il venait probablement de France.
  • La ronce coûte plus de 100 millions de dollars par an à l’Australie, et la rouille n’a réglé le problème qu’en partie.

Sommaire

  1. Un champignon apparu dans le Victoria en 1984
  2. Une plante qui coûte plus de 100 millions de dollars par an
  3. Quand les autorités ont validé le fait accompli
  4. Un champignon qui ne s’est pas arrêté aux frontières

Un champignon apparu dans le Victoria en 1984

En février 1984, des ronces malades sont repérées près de Yarram, dans le sud-est de l’État australien du Victoria. Le coupable est un champignon, Phragmidium violaceum, la rouille violette de la ronce. En quelques jours, on le retrouve à plus de 100 km de ce premier foyer.

Une étude de microbiologie publiée en 2008 situe le premier signalement en 1984, à la suite d’une introduction non autorisée dans l’État. Quelqu’un avait donc apporté la maladie à dessein, sans demander la permission à personne.

Le coupable n’a jamais été identifié.

L’historien Simon Farley, de l’Université de Melbourne, a consacré à l’affaire un article paru en 2026 dans la revue History Australia, intitulé « Do-it-yourself biological control ». Il ne désigne aucun responsable. Il ignore même si l’auteur a agi seul ou à plusieurs. Son hypothèse : la personne aurait rapporté d’Europe, « probablement de France », des feuilles de ronce rouillées, puis aurait saupoudré les spores sur des plants australiens.

Le geste n’avait rien d’anodin, puisque la peine encourue atteignait 100 000 dollars australiens ou 5 ans de prison. À l’époque, les autorités soupçonnent un agriculteur exaspéré. Mais agriculteurs, randonneurs et cyclistes avaient tous des raisons d’agir contre la ronce, ce qui élargit la liste des suspects à une bonne partie du pays rural.

L’introduction date de l’été austral 1983-1984, pas davantage.

Une plante qui coûte plus de 100 millions de dollars par an

Cultivée par les colons dès les années 1840, la ronce figure aujourd’hui parmi les « mauvaises herbes d’importance nationale » en Australie. En 2017, elle coûtait plus de 100 millions de dollars par an, entre pertes de production et frais de lutte. Les moyens chimiques et physiques se révélaient insuffisants, rappelle Farley.

La lutte biologique consiste à introduire un prédateur, un parasite ou un pathogène pour éliminer un nuisible. Le papillon de nuit Cactoblastis, utilisé contre les cactus, en est l’exemple classique que cite l’historien. Dès la fin des années 1960, des chercheurs du Keith Turnbull Research Institute, dans le Victoria, étudiaient la rouille de la ronce dans cette optique. Mais en 1984, la voie officielle n’avait pas abouti, et quelqu’un a pris les devants.

La rouille ne tue pas la ronce. Elle la défolie, ce qui affaiblit la plante et réduit sa capacité à se propager et à se reproduire. Propriétaires fonciers et commentateurs des médias ont accueilli favorablement ce geste clandestin, selon Farley, qui note le contraste avec la réception habituelle des espèces introduites.

Quand les autorités ont validé le fait accompli

À partir de 1991, les autorités relâchent à leur tour d’autres souches. Un document des services agricoles de Nouvelle-Galles du Sud mentionne des lâchers officiels de la souche F15 en 1991 et 1992, après des tests approfondis de spécificité d’hôte. Pour Farley, cette diffusion officielle a donné une forme d’approbation tacite à l’action de l’inconnu.

Le geste a aussi servi d’argument politique. Lorsque le ministre de l’Industrie primaire, John Kerin, a plaidé pour un projet de loi, il a cité l’introduction illégale de la rouille comme preuve qu’il fallait une réglementation plus transparente.

Reste le bilan, plus mitigé que l’enthousiasme initial. L’effet sur la ronce est resté modéré, malgré le tapage autour de l’affaire. Le champignon s’est pourtant installé largement dans le sud tempéré du pays, d’après l’étude de 2008, et il attaque au moins 15 taxons de ronce européenne en Australie. Quarante ans plus tard, la rouille n’a donc pas réglé le problème, elle l’a seulement entamé.

Aujourd’hui encore, les autorités misent surtout sur le poison et le travail manuel.

Un champignon qui ne s’est pas arrêté aux frontières

Farley range l’affaire parmi les brèches de biosécurité les plus marquantes des cinquante dernières années en Australie. Le champignon n’a pas non plus respecté la mer de Tasman : en Nouvelle-Zélande, il a été remarqué pour la première fois près de Rakaia en 1990, et les chercheurs néo-zélandais pensent qu’il y est arrivé porté par le vent depuis l’Australie. Depuis les lâchers de 1991, huit autres souches ont d’ailleurs été relâchées côté australien, sans qu’on sache lesquelles circulent de l’autre côté.

L’efficacité du champignon n’est pas uniforme. Un document officiel indique qu’il a réduit la biomasse d’au moins deux espèces de ronce dans le sud-est du Victoria, tandis que l’étude de 2008 décrit une interaction entre la ronce et la rouille qui suit un modèle « gène pour gène », où chaque souche ne vient à bout que de certaines variétés.

Sources : doi.org | aem.asm.org | phys.org

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