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Objectif 480°C : la Russie veut reconquérir la seule planète où elle a réussi là où tous les autres ont échoué

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La Russie se prépare apparemment à retourner à la surface brûlante de Vénus. Moscou souhaite lancer Venera-D — une mission multi-véhicules comprenant un atterrisseur, un ballon et un orbiteur — vers la deuxième planète du système solaire en 2036. Ce projet ambitieux marque la volonté de Roscosmos de reprendre le leadership sur une destination que les Soviétiques ont été les seuls à dompter par le passé.

Le retour vers l’enfer de pression

Le projet Venera-D est en développement depuis 2003. Initialement envisagé comme une collaboration avec la NASA avant l’invasion de l’Ukraine, il est désormais poursuivi de manière autonome par la Russie. L’objectif est de prolonger la série légendaire des missions Venera des années 1960 à 1980, qui restent à ce jour les seules réussites d’atterrissage sur ce sol hostile.

Vénus est un véritable défi d’ingénierie : sa surface affiche des températures de 480°C et une pression atmosphérique 90 fois supérieure à celle de la Terre. À l’époque, les sondes soviétiques comme Venera 7 n’avaient survécu que quelques minutes, le temps de transmettre des images d’un monde de roches volcaniques sous un ciel d’acide sulfurique.

Traquer la vie dans les nuages d’acide

L’un des objectifs majeurs de Venera-D sera de rechercher des traces de vie microbienne. Cette quête fait suite à la détection controversée de phosphine et d’ammoniac dans l’atmosphère vénusienne, deux gaz qui pourraient être des biomarqueurs. La mission déploiera un ballon pour étudier ces couches atmosphériques moins extrêmes que la surface.

La Russie n’est toutefois pas la seule sur les rangs. L’Inde prévoit une mission pour 2028, tandis que l’Europe et les États-Unis développent les projets VERITAS et DAVINCI. Même le secteur privé s’en mêle avec le projet Venus Life Finder du MIT. Malgré cette concurrence, Moscou compte sur son expertise historique pour marquer des points.

VénusCrédit : NASA
Vénus vue par la sonde Mariner 10.

Un héritage technologique unique

L’Union soviétique a lancé plus d’une douzaine de missions vers Vénus sur une période de 22 ans. Si les premières tentatives (Venera 1 à 6) ont servi à comprendre l’atmosphère, c’est Venera 7 qui a réalisé le premier exploit mondial en 1970 en se posant sur une autre planète. Venera-D se veut l’héritière directe de cette lignée technologique.

Denis Manturov, premier vice-Premier ministre russe, a rappelé que Vénus occupe une place centrale dans les ambitions de Roscosmos. Pour la Russie, retourner sur Vénus est une question de prestige national autant que de science. Il s’agit de démontrer que le pays peut encore mener des missions interplanétaires de haute complexité malgré l’isolement international.

Une mission de longue haleine

Le calendrier prévoit une phase de développement s’étalant sur la prochaine décennie pour un départ en 2036. Ce délai important s’explique par la nécessité de concevoir des composants capables de résister à la corrosion acide et à la chaleur extrême sur de longues durées. L’atterrisseur de Venera-D devra tenir bien plus longtemps que ses ancêtres des années 80.

Le succès de cette mission dépendra de la capacité de l’industrie spatiale russe à innover sans ses partenaires occidentaux habituels. Si le pari réussit, la Russie confirmera son statut de « maître de Vénus ». Le monde scientifique attend avec impatience de voir si ce nouveau « dragon » électronique parviendra à survivre dans la fournaise vénusienne.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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