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FIGAROVOX/TRIBUNE - Dans une tribune publiée sur le site du Figaro, la journaliste Christine Clerc avait notamment critiqué l’entretien de la basilique de Saint-Denis. Le directeur de l’association Suivez la flèche, chargée de la reconstruction de la tour nord et de la flèche de la basilique, lui répond.
Passer la publicité Passer la publicitéNicolas Matyjasik est directeur général de Suivez la flèche (maître d’ouvrage de la reconstruction de la tour nord et de la flèche de la basilique cathédrale Saint-Denis).
Les commentaires publiés ces derniers jours dans Le Figaro autour de la basilique de Saint-Denis posent une vraie question : un monument peut-il continuer de rayonner quand le territoire qui l’entoure s’est transformé ? C’est peut-être une inquiétude légitime. Mais elle repose sur une conception du patrimoine que l’expérience de Saint-Denis invite précisément à reconsidérer.
La question qui se pose ici n’est pas seulement locale. Elle traverse toute la France : qu’attend-on d’un monument historique ? Qu’il témoigne d’un passé révolu, figé dans la pierre comme dans une vitrine ? Ou qu’il continue d’être habité, transformé, transmis ? Notre modèle patrimonial, l’un des plus exigeants au monde, a longtemps privilégié la conservation sur la transmission. Il préserve admirablement. Il peine parfois à faire le lien entre un édifice et les vivants qui l’entourent. C’est ce lien-là qui est en jeu à Saint-Denis. C’est ce lien-là qui se reconstruit, concrètement, depuis plusieurs années.
Le chantier de reconstruction de la tour nord et de la flèche en est l’exemple le plus visible. La flèche de Saint-Denis n’existe plus depuis 1846, abattue après des dommages causés par la foudre, jamais rebâtie. Ce projet, porté par un réseau d’acteurs, patrimoniaux, d’artisans et de compagnons, d’institutions des métiers d’art dépasse largement les frontières de la ville, renoue un fil interrompu depuis près de deux siècles. Depuis octobre 2025, la Fabrique de la Flèche ouvre ce chantier au public : on peut y observer des tailleurs de pierre au travail, toucher les matériaux, comprendre les gestes. Près de 3 000 enfants de Saint-Denis et de Plaine Commune ont déjà participé à des ateliers. Des familles entrent parfois pour la première fois dans un lieu qu’elles imaginaient réservé à d’autres. Ce n’est pas un détail : c’est exactement l’inverse de l’étrangeté que certains diagnostiquent.
Un patrimoine vivant n’a pas vocation à réparer les fractures d’une société. Mais il peut offrir quelque chose de plus modeste et de plus durable : un lieu où des gens que tout sépare se retrouvent autour d’un geste commun.
Nicolas MatyjasikLa basilique ne vit d’ailleurs pas seulement au rythme du chantier. En 2025, elle a accueilli près de 150 000 visiteurs. Des expositions gratuites y sont proposées régulièrement. Des associations du territoire y trouvent un espace. En mai et juin 2026, le festival de Saint-Denis fera résonner de la musique classique sous ses voûtes. Ce n’est pas le tableau d’un monument assiégé ou résigné. C’est celui d’une basilique qui continue d’exister, de s’ouvrir, d’attirer, sans renoncer à ce qu’elle est.
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On objectera peut-être que quelques milliers d’enfants en ateliers et des nuits de concerts ne suffisent pas à répondre aux transformations profondes d’un territoire. C’est vrai, et personne ne le prétend. Un patrimoine vivant n’a pas vocation à réparer les fractures d’une société. Mais il peut offrir quelque chose de plus modeste et de plus durable : un lieu où des gens que tout sépare se retrouvent autour d’un geste commun. Construire. Apprendre. Transmettre. Et ce geste-là n’appartient à aucun camp politique. Il appartient au monument, et à ceux qui choisissent d’en prendre soin.
C’est peut-être cela que nous avons parfois perdu de vue dans notre rapport au patrimoine français. Nous en avons fait un objet de contemplation, de célébration nationale, parfois de querelle identitaire. Nous avons moins investi dans ce qui en fait la vraie force : sa capacité à relier des générations, des territoires, des milieux sociaux que rien d’autre ne ferait se rencontrer. Notre-Dame de Paris en reconstruction, le chantier école de Guédelon, la fabrique de la Flèche à Saint-Denis. Ces lieux rappellent ce qu’un monument peut faire quand on décide de le traiter non comme une relique mais comme un bien commun en train de se faire.
Une cathédrale n’est jamais seulement faite de pierres. Elle est faite des générations qui décident encore d’en prendre soin. À Saint-Denis, aujourd’hui, ce sont les vivants qui redonnent une flèche à la basilique des rois morts.


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