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La NASA lance ce mardi 30 juin 2026 une mission audacieuse pour sauver le télescope spatial Neil Gehrels Swift, en péril de désintégration dans l’atmosphère terrestre. Le satellite, lancé en 2004 pour étudier les sursauts gamma, voit son orbite s’abaisser sous l’effet de l’activité solaire accrue, avec un risque critique dès octobre. Une fusée Pegasus XL, dans sa dernière mission, doit propulser le vaisseau LINK, conçu par Katalyst Space Technologies, pour rattraper et hisser Swift vers une orbite stable à 600 km d’altitude.
Une course contre la montre pour un observatoire unique
Swift, coûtant initialement 500 millions de dollars, n’était pas conçu pour être réparé ou récupéré en orbite. Sa trajectoire actuelle, à seulement 360 km d’altitude, le place sur une trajectoire de collision avec l’atmosphère terrestre, où il se désintégrerait en octobre selon les modèles de la NASA. “Si nous laissions Swift réentrer, nous perdrions ce télescope. Nous perdrions une capacité unique”, a déclaré un responsable de la NASA lors d’une conférence de presse le 17 juin 2026. La mission de sauvetage, baptisée Swift Boost, représente une première pour les États-Unis : aucun robot spatial américain n’avait encore tenté une opération de ce type.
Photo: NBC NewsLe vaisseau LINK, développé par Katalyst Space Technologies, sera lancé depuis l’atoll de Kwajalein dans les îles Marshall à bord d’un avion Stargazer de Northrop Grumman. Une fois en orbite, il mettra environ un mois à rejoindre Swift, puis plusieurs autres mois à ajuster progressivement son orbite à l’aide de propulseurs à ions. Cette manœuvre, si elle réussit, prolongera la durée de vie scientifique de Swift pour un coût dérisoire comparé à la construction d’un nouveau télescope : seulement 30 millions de dollars, contre 300 millions (en dollars 2004) pour le télescope original.
La mission est aussi une démonstration technologique. “C’est le premier robot spatial américain envoyé pour effectuer une opération de ce genre”, souligne Ghonhee Lee, PDG de Katalyst Space Technologies, dans un entretien à l’ABC. “NASA possède ces grands observatoires majeurs… Tous pourraient bénéficier d’un service de ce type. Nous prouvons ici qu’il existe une nouvelle stratégie dans le domaine spatial.”
Un défi technique sans précédent
Le principal obstacle réside dans la précision requise pour rattraper Swift sans endommager le télescope. LINK, haut de 1,5 mètre et équipé de trois bras robotisés, devra identifier des points d’ancrage sûrs sur Swift, qui mesure 3,9 m de long. “Nous n’avions aucune garantie que cela fonctionnerait”, reconnaît Lee. Les bras, dotés de pinces ressemblant à des mains de figurine Lego, devront saisir le télescope avec une précision millimétrique pour éviter tout dommage.
La mission s’inspire d’une opération similaire réalisée en 2022 par la Chine, qui avait réussi à placer un satellite en orbite plus haute. Mais cette fois, il s’agit de sauver un observatoire scientifique en activité, une première mondiale. “Cette mission est une sorte de ‘premier répondant’ pour la NASA”, explique Kieran Wilson, vice-président de la technologie chez Katalyst, dans un email à NBC News. “Elle ouvre la voie à une nouvelle ère où les satellites pourraient être réutilisés, mis à niveau ou prolongés à une fraction du coût d’une mission nouvelle.”
Photo: NASA Science (.gov)Selon John Nousek, professeur d’astronomie à l’université Penn State, cette mission pourrait révolutionner la gestion des satellites. “En plus du retour scientifique, cette nouvelle capacité à récupérer un satellite – conçu à l’origine pour ne jamais être servi en orbite – donnera à la NASA ou à d’autres clients la possibilité de réutiliser, prolonger ou ajouter des fonctions à des engins spatiaux existants à une fraction du coût d’une nouvelle mission”, écrit-il dans un email à NBC News. “Si la mission LINK réussit, elle restaurera un satellite valant 300 millions de dollars (en dollars 2004) à pleine capacité pour seulement 30 millions de dollars (en 2026).”
Pourquoi Swift est-il si précieux ?
Lancé en novembre 2004, Swift a révolutionné l’étude des sursauts gamma, ces explosions les plus puissantes de l’univers, souvent liées à la formation de trous noirs ou à la collision d’étoiles à neutrons. Son système de détection rapide permet aux astronomes du monde entier d’orienter leurs télescopes vers ces événements en quelques minutes seulement. “C’est un observatoire qui peut rapidement pivoter dans le ciel nocturne pour repérer les choses qui explosent la nuit”, a déclaré Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division d’astrophysique de la NASA, lors d’une conférence de presse. “Nous avons décidé de le sauver cette fois-ci parce qu’il est unique.”
For more on this story, see NASA tente de sauver le télescope Swift avant sa chute imminente.
Swift a déjà permis des découvertes majeures, comme la confirmation que les sursauts gamma courts sont liés à la fusion d’étoiles à neutrons – une découverte couronnée par le prix Nobel de physique en 2017. Sa perte représenterait un recul significatif pour l’astronomie. “Nous n’avons pas actuellement le budget pour construire un autre télescope pour le remplacer”, a souligné un responsable de la NASA.
Et après Swift ? Le cas Hubble en ligne de mire
Cette mission pourrait aussi ouvrir la voie à la sauvegarde d’autres télescopes en difficulté, comme Hubble. Le télescope spatial, lancé en 1990, subit lui aussi les effets de l’activité solaire accrue, avec une perte d’altitude progressive. Ghonhee Lee a indiqué que la prochaine génération de robots spatiaux de Katalyst pourrait être utilisée pour sauver Hubble dans quelques années. “Seule la Chine a tenté une mission similaire jusqu’à présent, avec succès en 2022 pour placer un satellite en orbite plus haute”, rappelle Lee. “Nous prouvons maintenant que les États-Unis peuvent le faire aussi.”
La réussite de la mission Swift Boost pourrait marquer un tournant dans la gestion des satellites. Plutôt que de laisser les engins spatiaux se désintégrer ou devenir des débris, cette approche montre qu’il est possible de les “réparer” ou de les “recycler” en orbite. Pour la NASA, cela représente une économie considérable : 30 millions de dollars pour prolonger la vie de Swift, contre des centaines de millions pour construire un nouveau télescope.
Calendrier et incertitudes
Le décollage de la fusée Pegasus XL, prévu initialement mardi 30 juin à 6h17 EDT (10h17 UTC), a été reporté à mercredi 1er juillet en raison de conditions météorologiques défavorables, selon un communiqué de la NASA. Le lancement est maintenant prévu “au plus tôt le 1er juillet à 5h43 EDT (09h43 GMT)”. Une fois en orbite, LINK mettra environ un mois à rejoindre Swift, puis plusieurs mois supplémentaires pour ajuster son orbite. Si tout se passe comme prévu, Swift pourrait reprendre ses observations scientifiques dès septembre 2026.
Cependant, les risques restent nombreux. “Je dois être honnête, personne ne pensait que cela serait possible”, a admis Lee. La manœuvre de capture doit être exécutée avec une précision extrême pour ne pas endommager Swift. Même si la mission réussit, la NASA devra évaluer l’état du télescope après la manœuvre. “Cela pourrait prendre un mois ou plus pour que Swift retrouve ses pleines capacités scientifiques”, précise un responsable de la mission dans un billet sur le blog officiel de la NASA.
Au-delà de la réussite technique, cette mission pourrait avoir des répercussions majeures sur l’avenir de l’exploration spatiale. Elle prouve qu’il est possible de prolonger la durée de vie des satellites sans avoir à en construire de nouveaux, réduisant ainsi les coûts et l’empreinte environnementale des missions spatiales. “Cette approche pourrait devenir un nouveau standard pour la gestion des satellites”, estime un expert cité par le blog scientifique de la NASA. “Elle ouvre la voie à une économie spatiale plus durable et plus efficace.”
La mission Swift Boost représente bien plus qu’une simple opération de sauvetage : c’est une démonstration que l’innovation technologique peut sauver des décennies de recherche scientifique pour un coût dérisoire. Si elle réussit, elle pourrait marquer le début d’une nouvelle ère où les satellites ne sont plus considérés comme des objets à usage unique, mais comme des actifs à réutiliser et à mettre à niveau.
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Louis Girard - Tech
Journaliste scientifique, spécialisé en innovation, intelligence artificielle et environnement.


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