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L’audience sur la détermination de la peine du meurtrier Damian Hudson a donné lieu à de poignantes déclarations de la famille et des proches de Karolina Huebner-Makurat. La mère de famille a été tuée par une balle perdue dans une fusillade survenue en 2023 devant un centre de consommation de drogue de Toronto aujourd’hui fermé.
Au total, ce sont 31 personnes qui ont manifesté leur amour et leur respect pour la femme de 44 ans mardi dans un prétoire bondé.
Un père devenu veuf trop tôt
Le mari de la disparue, Adrian Makurat, a présenté durant une heure le témoignage le plus courageux et le plus émouvant.
Expliquer à mes filles la mort de leur mère a été la chose la plus difficile que j’aie eu à faire dans ma vie, dit-il. Je leur ai dit que maman était morte dans la rue après qu’on lui eut fait mal et qu’on ne la reverra plus jamais.
Nos conversations n’ont plus rien à voir avec des voyages à Disneyland, des poupées ou des dessins animés, poursuit-il.

La mère de famille Karolina Huebner-Makurat, 44 ans, a été tuée par une balle perdue. (Photo d’archives)
Photo : CBC
"Pourquoi les gens sont-ils si méchants?", me demande ma plus jeune, ajoute-t-il en précisant que l’aînée a peur qu’un individu n’entre dans leur maison pour les tuer.
Adrian Makurat affirme que sa vie a changé à jamais, que le temps n’importe plus et que le passé ne reviendra jamais. Un événement tragique a vite fait de moi un père veuf, rappelle-t-il.
Je n’ai pas le choix d’être fort, de rester optimiste et d’être le meilleur pour Karolina, déclare-t-il en parlant de ses fillettes de 7 et 10 ans.
Il a vanté les qualités de leur mère et de sa femme. Je suis très fier d’elle et de ce qu’elle a accompli, dit-il en ajoutant qu’il aura à éduquer ses filles seul pour le reste de leur vie.
Elles s’attendent à ce que je leur donne à la fois un appui paternel et une protection maternelle, souligne-t-il.

Un petit parc porte aujourd’hui le nom de Caroline Huebner dans l’est de Toronto.
Photo : Radio-Canada / Prasanjeet Choudhury/CBC
M. Makurat a ensuite fait entendre une vidéo au son du Canon de Pachelbel et avec la voix de Claudia et de Nella.
On entend la plus vieille dire qu’elle est triste, contrariée et qu’elle aimerait entendre sa mère encore une fois. La plus jeune y révèle qu’elle ne se souvient plus à quoi ressemble sa mère.
Il a précisé que le chagrin, la douleur et le deuil avaient un impact considérable sur sa santé et son espérance de vie à cause de la défaillance cardiaque dont il est atteint.
Quelques mots de la disparue
M. Makurat s’est ensuite glissé dans la peau de sa femme en imaginant ce qu’elle aurait dit à la cour à sa place.
J’ai vécu ma vie à fond, j’ai fait des études et j’ai voyagé, mais je suis désolée que vous deviez endurer votre chagrin, commence-t-il.
Il ajoute que sa femme aurait dit qu’elle ne pourra jamais voir ses filles grandir, obtenir leurs diplômes, se marier et avoir des enfants à leur tour.
Je suis aussi inquiète pour la santé de Claudia, j’ai peur que son cancer ne revienne, aurait-elle dit. Adrian, nous sommes et serons avec toi comme tu l’as été pour nous. Je suis heureuse que tu aies donné mes vêtements à des femmes dans le besoin. C’est incroyable que la Ville ait nommé un parc à mon nom dans notre ancien quartier.

Adrian Makurat est resté stoïque durant une heure, laissant très rarement ses sentiments prendre le dessus sur lui-même.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
M. Makurat a enfin rappelé les derniers moments où il a vu sa femme en vie l’avant-midi du 7 juillet 2023.
Elle lui avait demandé du baume pour les lèvres avant de l’embrasser. J’adore la saveur de noix de coco, nous devrions nous embrasser plus souvent, résume-t-il.
Alors, lorsque vous direz au revoir à quelqu’un, n’oubliez jamais que c’est peut-être la dernière fois que vous la voyez, confie-t-il aux personnes dans le prétoire.
Une famille élargie éprouvée
Les parents de la disparue ont aussi fait part de leur désarroi. Peter Huebner a rappelé qu’il avait quitté la dictature communiste de sa Pologne natale pour offrir un meilleur avenir au Canada pour sa fille.
Elle était née prématurément à 27 semaines, elle était un cadeau du Seigneur, a-t-il déclaré en ajoutant qu’il était très fier d’elle et de sa carrière à Air Canada. Ses assassins nous ont enlevé tout désir de vivre, a-t-il dit.
Peter Huebner a mentionné qu’il aurait envisagé de retourner en Pologne, mais qu’il ne pouvait pas s’éloigner de la tombe de sa fille à Toronto.

Bryan Scholes, qui connaissait la victime depuis 19 ans, lit à la cour sa déclaration d’impact que la mort de son amie a eu sur sa vie depuis trois ans. Les parents de la victime, Peter et Jolanta Huebner, sont assis à droite. Damian Hudson est au premier plan.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
J’ai plus de 70 ans, elle était mon seul enfant… il n’y a plus personne pour s’occuper de moi, a-t-il regretté.
Jolanta Huebner affirme pour sa part que sa vie s’est arrêtée à la mort de sa fille et qu’elle dit se rattacher à des photos et à des souvenirs. Je suis en colère de ne pas avoir su la protéger, a-t-elle souligné.
Le regret, le silence et le vide comblent maintenant ma vie, a-t-elle précisé en mentionnant des problèmes d’irritabilité, d’insomnie, d’anxiété et d’évitement.
Il n’y a pas plus grande tragédie que de perdre son enfant, un enfant ne devrait jamais mourir avant ses parents, a-t-elle conclu.

Au procès de Damian Hudson, les parents de la victime, Peter et Jolanta Huebner, écoutent le témoignage de l’accusé avec des écouteurs, que leur traduit un interprète en langue polonaise. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Des membres de la famille en Pologne ont aussi envoyé des déclarations que la Couronne a lues à leur place.
Jola Huebner, la tante de la victime, a déclaré que le chagrin et la douleur avaient brisé à jamais sa famille, bouleversé leur quotidien et ébranlé leur confiance dans la vie.
Des cousins ont rappelé leur incompréhension face à un tel acte insensé de violence et l’impact que la mort de leur cousine a eu sur leur vie, leur santé et celle de leurs enfants.
Mariola Banaszak a rappelé qu’un lampion brûle à la mémoire de sa cousine au cimetière de Gdansk, où une partie de ses cendres repose.
Sa mort restera toujours dans nos mémoires, nos prières restent un symbole de notre souvenir de Karolina et de notre douleur après son départ, a-t-elle dit.
Des amis et collègues esseulés
Des proches de Karolina Huebner-Makurat l’ont enfin décrite comme une femme intègre, déterminée, chaleureuse et compatissante.
D’autres ont dit qu’elle était une maman « rock star », une mentore au travail, une amie toujours prête à aider les autres, une citoyenne engagée dans sa communauté.
Un sentiment d’innocence a disparu avec elle ce jour-là et son absence continue de se faire sentir chaque jour autour de nous, a expliqué Peter Chapman. Elle rayonnait de bonheur, a ajouté Joana Ribeiro da Cunha.

Adrian Makurat, le conjoint de la victime, s’adresse à la presse à la sortie du tribunal après un long témoignage chargé d’émotions.
Photo : Radio-Canada
Tous ont eu une pensée pour les deux orphelines et leur père, qu’ils ont qualifié de père dévoué qui devra maintenant jouer le rôle de deux parents.
Je m’inquiète pour leurs deux fillettes, a affirmé Maureen Hill. C’est injuste pour ses fillettes de grandir sans leur mère, a précisé Hilary Mintz.
Elle ne pourra jamais accompagner ses filles dans les plus beaux moments de leur vie ni connaître ses petits-enfants, a souligné Kerry-Ann Byrn.
Je n’ose imaginer l’épreuve déchirante que cela doit être pour Adrian et ses filles de traverser, année après année, des événements comme la fête des Mères; leur douleur est insoutenable, a déclaré Erin Finlay.
Des procédures interrompues
Beaucoup ont aussi relevé qu’ils ont depuis trois ans des sentiments d’insécurité, de panique et de peur qu’ils éprouvent à se retrouver dans des lieux publics et n’ont pas hésité à révéler qu’ils étaient tous en thérapie pour surmonter leur traumatisme.
Nous sommes aujourd’hui privés de tout sentiment collectif de sécurité, les tireurs ne se souciaient de personne d’autre que d’eux-mêmes, que justice soit faite pour que cela n’arrive plus jamais, a mentionné Alana Rumble.
Seul Bryan Scholes s’est indirectement adressé au meurtrier, assis dans le box des accusés. Il se doit de devenir une meilleure personne en prison et de se racheter, c’est un devoir qu’il doit rendre à Adrian et ses filles, a-t-il dit.

Bryan Scholes s’adresse à la presse après son témoignage à l’audience sur la détermination de la peine du meurtrier Damian Hudson.
Photo : Radio-Canada
À cause d’un développement dans cette affaire, dont la nature n’a pas été révélée, l’audience sur la détermination de la peine a été interrompue et reportée.
Deux autres individus ont déjà été condamnés dans cette affaire.
Une ex-employée de l’ancien site d’injection, Khalila Mohammed, a été condamnée, en juin 2025, à une peine avec sursis de deux ans et à une assignation à résidence après avoir plaidé coupable en décembre 2024 d’une accusation de complicité après les faits
Le second tireur, Ahmed Ibrahim, a été condamné le mois dernier à 10 ans de prison après avoir plaidé coupable d’une accusation réduite d’homicide involontaire en septembre.
Le dernier suspect, Ahmed Ali, est toujours en cavale, apparemment en Somalie, qui n’a pas de traité d’extradition avec le Canada.


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