Disparu des radars pendant neuf ans qui ont vu Kirill Serebrennikov prendre le relais comme cinéaste le plus haï du Kremlin (avec cinq films réalisés durant cette absence), Andreï Zviaguintsev est enfin de retour. Ce qu’on n’a pas forcément su, c’est qu’il s’en est fallu de peu pour que l’auteur d’un fameux Retour inaugural (Lion d’Or à Venise en 2003), et de Léviathan (Prix du scénario à Cannes en 2014) ne figure sur la liste des victimes du Covid-19. Réfugié depuis en France, il n’a heureusement rien perdu de son talent ni de son dépit à voir son pays sous la botte d’un dictateur aux visées impérialistes. C’est ainsi que Minotaure est devenu le premier film russe à dénoncer ouvertement la guerre menée contre l’Ukraine, et la corruption de toute la société qu’elle engendre.
Grand Prix à Cannes en mai dernier, juste derrière la Palme d’or à Fjord de Cristian Mungiu, ce film a été tourné par nécessité en Lettonie, avec des financements franco-allemands. Il a même été choisi, dans un geste hautement politique, comme candidat de la France pour l’Oscar du meilleur film international! Mais il n’en reste pas moins russe, reprenant par ailleurs le fil d’une œuvre parfaitement cohérente. Faute d’amour (Prix du jury à Cannes en 2017), le précédent film de Zviaguintsev, ne se terminait-il pas sur l’indifférence de ses piètres protagonistes aux nouvelles sur la guerre dans le Donbass en 2014?


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