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Meurtre à Shawinigan : est-ce que la garde préventive était nécessaire?

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Les quatre jours de traque pour tenter de retrouver Philippe Benoît, accusé de meurtre, ont révélé qu’il souffrait de schizophrénie et de phobie sociale, et qu’il avait été forcé de prendre son traitement contre cette maladie en vertu de la loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, aussi appelée P-38. Est-ce qu'une garde préventive aurait pu empêcher ce drame de se produire à Shawinigan?

Selon les informations contenues dans le dossier judiciaire de Philippe Benoît, un jugement de 2018 de la Cour supérieure autorise le système de santé à le forcer à prendre une médication en lien avec son état de santé, le jugeant inapte à consentir à recevoir des soins.

Il est relâché de ce jugement par la suite, en raison de la prise d'une médication adéquate, qui aurait permis au défendeur d'avoir une vie normale et de reprendre contact avec son fils. 

Philippe Benoît pose devant la caméra.

Philippe Benoît, de 41 ans, est accusé de meurtre au premier degré. (Photo d'archives)

Photo : Sûreté du Québec

Un meilleur suivi de l’état de santé de Philippe Benoît et de sa prise de médicaments, allant jusqu’à l’utilisation de la garde préventive prévue dans la loi, pourrait-il avoir permis d’éviter le drame?

Sur le terrain, des personnes ont témoigné aux médias des souffrances de la famille de l’homme qui a été arrêté par les policiers jeudi, ceux-ci ont notamment témoigné qu’il ne prenait plus sa médication.

En Mauricie, cette affaire rappelle des souvenirs douloureux, comme les circonstances entourant la mort de la policière Maureen Breau en 2023. Isaac Brouillard-Lessard, qui l'a tuée lors d'une intervention dans son immeuble à logements de Louiseville, était lui aussi suivi en vertu de P-38, et ne prenait plus ses médicaments. 

Une fois qu’une personne est ciblée par un jugement en vertu de la loi P-38, c’est la commission d'examen des troubles mentaux, sous-division du Tribunal administratif du Québec, qui est chargée de superviser les prochaines étapes dans le traitement, la possible garde préventive et l’éventuelle fin d’un jugement. 

La garde préventive, maintenant plus facile à invoquer

Au printemps,  le gouvernement du Québec a adopté le projet de loi 23, qui assouplit les critères pour hospitaliser de force une personne en crise. Avant ces modifications, les autorités ne pouvaient jusqu'à maintenant hospitaliser de force une personne que si elle représentait un danger grave et immédiat

Maintenant, le projet de loi 23 vient élargir ce critère à une situation où il existe un danger.

Une demande d’accès à l’information de Radio-Canada a permis d’obtenir les données sur l’utilisation des gardes préventives en Mauricie et dans le Centre-du-Québec.

Par exemple, un homme atteint de schizophrénie dont on signale que l'état se détériore, mais qui ne représente pas nécessairement un danger immédiat, pourra être transporté contre son gré à l'hôpital.

Depuis deux ans, ce genre d’intervention semble être en baisse dans la région.

En vertu de la loi P-38, avant sa modification, tout médecin exerçant auprès d’un tel établissement peut, malgré l’absence de consentement, sans autorisation du tribunal et sans qu’un examen psychiatrique ait été effectué, mettre une personne sous garde préventive dans une installation maintenue par cet établissement pendant au plus soixante-douze heures, s’il est d’avis que l’état mental de cette personne présente un danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui

Attention à la stigmatisation de la schizophrénie

Mais, selon la psychologue spécialisée dans les troubles psychotiques Tania Lecomte, il existe un risque que les troubles mentaux de Philippe Benoît et les actes violents dont il a été accusé soient mis en cause pour stigmatiser les personnes qui souffrent de schizophrénie.

Elle affirme que c’est environ 4 % des personnes atteintes de cette maladie qui sont violents, ce pourcentage tombe à moins de 1 % si on compte les crimes violents, comme les homicides.

Les personnes qui ont un diagnostic de trouble psychotique sont vraiment plus à risque d'être victimes de violence. On en parle très peu, mais on sait que, très souvent c'est des personnes qui ont trois à quatre fois plus de risques d'avoir été victimes de violence physique ou sexuelle au cours de leur vie, à l'enfance en particulier, mais même par la suite, affirme-t-elle en entrevue à l’émission Fin PM

Elle indique que les personnes à l’état mental perturbé agissent souvent sans malice. 

La plupart du temps, il s'agit davantage de comportements où la personne a l'impression d'être attaquée et elle se défend parce qu'elle est persuadée que des monstres ou quelqu'un veut lui faire du tort. Donc c'est souvent plus une réaction pratiquement de survie, et non pas de préméditation, ajoute-t-elle.

Avec la médication et la thérapie, Mme Lecomte indique qu’une personne atteinte de schizophrénie peut vivre une vie normale avec une carrière, des relations et une famille.

D'après une entrevue à l'émission Fin PM

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