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Même suspendu, un projet de virage numérique en santé coûte 723 000$ par mois

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Même s’il est en partie suspendu, le virage numérique en santé coûte 723 000 $ par mois à l’État québécois, révèle un rapport de l’Autorité des marchés publics (AMP) publié jeudi.

L’AMP s’est penchée sur le projet SIFA, pour « Système d’information en finances et en approvisionnement ». Ce virage numérique, qui vise à remplacer 41 systèmes distincts dans le réseau, a été suspendu par Santé Québec en octobre 2025.

Or, même arrêté, SIFA continue de plomber les finances publiques. Santé Québec est tenue de verser des redevances à la firme LGS, mandatée pour réaliser SIFA. Celles-ci étaient de 218 000 $ par mois entre octobre 2025 et février 2026 ; elles atteignent maintenant 723 000 $ mensuellement.

Pour rappel, LGS était aussi impliquée dans le virage numérique de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Encore aujourd’hui, le coût total de SIFA est difficile à établir. Pour le développement seulement, l’AMP relève que la facture — qui est passée de 96 à 280 millions — pourrait être sous-estimée de 18 % à 20 %.

Pour poursuivre le projet, Santé Québec réclame 280 millions de dollars. Si le gouvernement devait autoriser cette dépense, l’AMP dresse une série d’ordonnances à respecter. Parmi celles-ci : faire preuve de transparence. L’AMP exige que la société d’État rectifie et mette à jour son tableau de bord, truffé d’informations « incomplètes et inexactes ».

Des coûts qui explosent… en un mois

Dans son enquête, l’AMP relève que les coûts de SIFA ont été largement sous-estimés. En mars 2024, le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean a conclu un contrat de 408,7 millions de dollars pour ce virage numérique.

Un mois plus tard, une sous-ministre adjointe aux Finances, tout juste arrivée au ministère de la Santé, a constaté que le budget alloué à SIFA était insuffisant, tant pour la mise au point du système que pour le paiement de l’entièreté du contrat.

Santé Québec a ensuite hérité de SIFA, dans ce que l’AMP décrit comme une transition chaotique. La société d’État a évalué qu’il fallait 200 millions de dollars supplémentaires pour mener à bien ce projet. Santé Québec a aussi jugé que « plusieurs orientations prises » dans le réseau de la santé étaient « inadéquates ». Elle a également fait le constat que l’équipe qui pilotait le projet manquait d’expertise pour une initiative d’une telle ampleur.

Le ministère « n’a pas agi de manière à assurer une gestion adéquate des fonds publics » et il a « minimis[é] ses responsabilités » dans cette affaire, note aussi l’AMP. Sa « sous-implication » a fait en sorte que des problèmes de financement pour ce projet « n’ont été constatés qu’après la signature du contrat, à un moment où il n’était plus possible de revenir en arrière », relève-t-elle.

L’AMP demande à présent au ministère de « transmettre toute l’information pertinente et d’offrir l’accompagnement nécessaire à Santé Québec » si le projet est relancé.

175 millions pour la rupture du contrat

L’enquête de l’AMP permet aussi d’en savoir plus sur l’historique du projet et sur la transition entre le ministère et Santé Québec, officiellement branchée au réseau le 1er décembre 2024.

Dès février 2025, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique a remis un rapport « dans lequel il critiqu[ait] la gestion du projet », rappelle l’AMP. Dans ce contexte, Santé Québec a proposé au ministre de la Santé de l’époque, Christian Dubé, de mettre un terme à l’aventure SIFA. L’élu a refusé la demande.

Le problème, note l’AMP, est que Santé Québec est liée par une clause de non-résiliation d’une durée de six ans. Rompre le contrat aurait donc coûté 175 millions de dollars. Le ministre Dubé a ainsi proposé à Santé Québec d’exiger un rehaussement budgétaire.

Vu le contexte entourant la SAAQ et la mise sur pied d’une commission d’enquête, le Conseil des ministres a cependant choisi de ne pas entendre, à l’été 2025, la demande de Santé Québec pour une augmentation du budget. La société d’État a finalement décidé de suspendre le contrat avec LGS pour SIFA en octobre 2025.

L’AMP note que le budget alloué à SIFA et à son équivalent pour les ressources humaines était alors « en voie d’épuisement ». Elle relève aussi que le projet a été mis sur pause un an et demi après que les premières préoccupations budgétaires à son égard eurent été soulevées, en avril 2024.

Dans son rapport, elle montre du doigt le ministère de la Santé, qui « n’a pas favorisé la bonne exécution du contrat SIFA, en se déresponsabilisant de la problématique budgétaire qui y est associée ». L’AMP demande à Santé Québec et au ministère, pour reprendre le contrôle, de « soumettre un plan d’action détaillé » dans les 60 jours suivant une éventuelle reprise du projet SIFA.

Pour rappel, l’AMP enquête aussi sur le Dossier santé numérique, dont deux projets pilotes doivent être lancés le 9 mai. « On a pris toutes sortes de précautions », a assuré jeudi la première ministre, Christine Fréchette, au sujet du DSN. Elle a dit suivre la situation « d’heure en heure », mais n’a pas pu commenter le rapport de l’AMP, tout juste déposé.

avec François Carabin

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