Un chantier voté en juillet 2000, un budget arrêté à 61 millions d’euros, une ouverture programmée pour 2004. Quatorze ans plus tard, le musée des Confluences ouvre finalement ses portes le 20 décembre 2014, pour une facture finale de 330 millions d’euros. Cinq fois et demie le montant initial, dix ans de retard sur le calendrier annoncé.
Ni le sol, ni les finances n’ont bloqué le chantier.
Le projet naît à la fin des années 1990, porté par Michel Mercier, alors président du conseil général depuis 10 ans et candidat aux municipales de Lyon en 2001. Il s’agit de transférer les collections du Muséum d’histoire naturelle de Lyon et du musée Guimet dans un bâtiment neuf, symbole de la pointe sud de la presqu’île. Les premières estimations se font en francs : 400 millions de francs, soit 61 millions d’euros. L’ouverture est alors calée sur 2004, un délai que personne, à l’époque, ne juge irréaliste.
À retenir
- Le musée des Confluences a ouvert 10 ans après la date prévue avec un surcoût de 269 millions d’euros
- L’entreprise Bec a abandonné le chantier en 2008 à cause d’une mésentente avec l’architecte et d’une sous-évaluation du poids de la structure
- Le musée accueille désormais 630 000 visiteurs annuels et abrite plus de trois millions d’objets
Sommaire
Le vrai obstacle : une brouille entre l’architecte et le constructeur
Le 23 novembre 2005, une société est enfin trouvée pour construire le bâtiment : un marché est signé avec l’entreprise Bec, du groupe Fayat. Les travaux ne commencent qu’un an plus tard, à l’automne 2006, et ne durent que quelques mois.
L’entreprise Bec renonce définitivement au chantier en 2008.
Le chantier est arrêté une première fois entre avril et septembre 2007, puis une seconde fois en juillet 2008, un arrêt définitif pour l’entreprise Bec qui renonce à construire le musée. La cause n’a rien à voir avec le terrain ni avec le budget : entre l’architecte et le constructeur, c’est la mésentente, l’architecte étant accusé de rétention d’information. Un autre cabinet d’architecte est même nommé pour faire l’intermédiaire et réaliser certains plans, signe que le dialogue entre les deux parties est rompu. À cela s’ajoute une complexité technique sous-estimée dès le départ : le poids total de la structure surnommée le « Nuage de cristal » a été sous-évalué, obligeant à renforcer les fondations à 31 mètres de profondeur au lieu de 19.
Vinci reprend un chantier à l’arrêt
Le chantier du musée des Confluences est finalement confié à Vinci en janvier 2010. Les sociétés spécialisées SMB et Renaudat Centre Constructions réalisent les études et le montage de l’ouvrage métallique révisé, et les travaux reprennent dès avril 2010. Le nouveau constructeur hérite d’un dossier technique déjà lourd, quatre ans après l’arrêt des travaux. Le conseil général, de son côté, cherche à faire porter une partie de la facture sur le nouveau groupement : une pénalité de retard de 41,3 millions d’euros est réclamée à Vinci, une somme aussitôt contestée par l’entreprise, qui met en avant des études insuffisamment précises fournies par la maîtrise d’œuvre retenue par le département.
Le musée ouvre finalement le 20 décembre 2014.
Entre-temps, les chiffrages officiels n’ont cessé de grimper. Le coût du musée, estimé à 61 millions d’euros en juillet 2000, est révisé par le conseil général du Rhône à 175,1 millions d’euros en 2009, puis à 267 millions d’euros en 2012. Le montant final, une fois tous les postes intégrés, atteint 330 millions d’euros. Pour comparaison, d’autres grands équipements culturels français de la même époque, comme le musée du Quai Branly ou le MuCem à Marseille, sont restés sensiblement moins onéreux.
Un musée qui a fini par trouver son public
Quatorze ans après le vote initial, l’établissement change même de propriétaire au moment de son ouverture. Construit par le conseil général du Rhône, le bâtiment devient propriété de la métropole de Lyon en 2015 lors de la création de cette collectivité. La Cour des comptes, qui a mené une enquête thématique sur la gestion des musées, dresse un bilan contrasté du dossier. Elle relève que le musée abrite plus de trois millions d’objets et a accueilli depuis sa réouverture plus de six millions de visiteurs, soit environ 630 000 par an, ce qui en fait le plus important musée de France installé en province.
La juridiction financière souligne aussi qu’en 2022, l’établissement employait 91 agents en équivalents temps plein et disposait d’un budget de fonctionnement de 19,9 millions d’euros. Le chantier le plus long et le plus coûteux de la région lyonnaise a fini par trouver sa fréquentation, mais la facture, elle, reste inscrite dans les comptes du département comme dans ceux de la métropole.
Sources : ccomptes.fr | keops-ingenierie.fr | patrimoine-environnement.fr


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