Le philosophe Frédéric Schiffter accuse Jean-Paul Enthoven d'avoir plagié plusieurs de ses ouvrages pour écrire son récent Dictionnaire amoureux du bonheur.

Ju. M. - Aujourd'hui à 12:40 | mis à jour aujourd'hui à 12:51 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Après les accusations de plagiat et les soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle visant Thélyson Orélien, voilà une autre affaire qui pourrait secouer la rentrée littéraire : l’écrivain Jean-Paul Enthoven, père de Raphaël Enthoven, en lice pour le prochain prix Renaudot Essai avec son récent Dictionnaire amoureux du bonheur (éditions Plon), est accusé d’avoir plagié pour cet ouvrage le livre d’un du philosophe Frédéric Schiffter, Le Charme des penseurs tristes, publié en 2013.

C’est le principal intéressé qui s’en est rendu compte en septembre en lisant le livre de son confrère. Il a alors décidé de partager plusieurs publications sur les réseaux sociaux pour montrer que Jean-Paul Enthoven avait allègrement pioché chez lui.

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Peu de place au doute...

Frédéric Schiffter partage notamment un passage des Penseurs tristes. « Une année, lors d’un voyage à Nice, je me suis rendu en pèlerinage sur les divers lieux où Nietzsche séjourna à plusieurs reprises », écrit-il. Un pèlerinage curieusement proche de celui décrit par Jean-Paul Enthoven 13 ans plus tard, qui narre : « En souvenir de cet homme tourmenté, je me suis souvent rendu en pèlerinage à Nice, sur les lieux où il séjourna à plusieurs reprises. » La suite de la narration, les lieux et les personnages sont étrangement similaires. Frédéric Schiffter conclut ce passage sur le « le héraut du surhomme » que fut Nietzsche. L’exacte même formule que l’on retrouve aussi en chute chez Enthoven.

Jean-Paul Enthoven, ici en 2005. Photo Sipa/Ulf Andersen

Jean-Paul Enthoven, ici en 2005. Photo Sipa/Ulf Andersen

Dans une publication Facebook, Frédéric Schiffter reconnaît que Jean-Paul Enthoven le cite à plusieurs endroits dans son livre. Mais il n'est pas cité comme source ou auteur des passages incriminés. Et ils sont nombreux : face à ses accusations, nos confrères du site littéraire Actualitté ont comparé les livres de Frédéric Schiffter et Jean-Paul Enthoven. Dans un long article paru dimanche, ils démontrent que ce dernier n’a pas simplement « oublié » des guillemets : des personnages, des idées ou des penseurs sont décrits avec les mêmes adjectifs et les mêmes métaphores, dans des morceaux de texte où les enchaînements se ressemblent énormément, avec des des accroches et des chutes curieusement similaires…

Actualitté pointe aussi que pour son Dictionnaire amoureux du bonheur, Jean-Paul Enthoven aurait également pioché dans un autre ouvrage de Frédéric Schiffter intitulé Dictionnaire chic de la philosophie (éditions Ecritures, 2014). Dedans, Aristippe de Cyrène (un philosophe grec) y est décrit comme un « apatride spirituel » dont « la débauche offusquait le puritanisme des cyniques ». C’est avec ces mêmes formulations, exactement, qu’Enthoven décrit ce même Aristippe de Cyrène dans son dernier livre.

« Il mérite le prix Renaudot du plagiat »

Ces "emprunts" qui n’ont évidemment pas plu à Frédéric Schiffter : « Cette manie de Jean-Paul Enthoven de faire ses courses chez moi sans payer, demeure une façon malhonnête, certes, de me rendre hommage – qui correspond bien au personnage que je connais un peu – mais révèle aussi un goût littéraire sûr », a-t-il écrit le 17 septembre sur Facebook, non sans une pointe d’ironie. Il dénonce « une flibusterie tranquille » : « J'apprends que son Dictionnaire est pressenti pour le prix Renaudot dans la catégorie des essais. Il mérite le prix de l'essai réussi du plagiat. »

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Le philosophe a également partagé sur les réseaux une réponse qu’il a reçu de la part de Jean-Paul Enthoven qui, selon lui, reconnaît un « piratage » : « Vous avez raison. Il me semble cependant que je vous cite à deux reprises… Sans doute pas assez… (je vous en voulais à l’époque, pour de petites raisons oubliées) Mais nous réimprimons next month et les guillemets seront là où il faut, quitte à vous rendre omniprésent. En tout cas, merci de m’avoir lu attentivement. »

Frédéric Schiffter, qui n'incrimine pas les passages où il est cité mais bien d'autres dans lequel il ne l'est pas, a confié à Actuallité qu'il n'allait pas porter plainte. « Le pirate se défendrait en disant qu’il me cite aussi avec guillemets. » Les éditions Plon n’ont pas répondu aux sollicitations du magazine littéraire. Reste à savoir quelle sera la décision du jury du prix Renaudot, qui sera annoncé le 3 novembre.

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