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La France s’est réveillée groggy, dimanche, au lendemain des scènes d’extrême violence survenues samedi 17 octobre, en marge de la mobilisation « contre la vie chère ». S’il est encore trop tôt pour jauger l’impact politique à moyen terme de cette journée, le Rassemblement national ne peut que tirer parti de cette séquence, estiment plusieurs politologues.
Charlotte Murat - Aujourd'hui à 06:02 - Temps de lecture :
Dimanche, la France cherchait des explications et des responsables au lendemain du chaos semé dans les principales villes de France en marge de la mobilisation contre la « vie chère » samedi et qui se prolongeait encore dimanche à Paris avec de nouvelles vives tensions et images de pillages. À six mois de la présidentielle, les pillages, affrontements avec les forces de l’ordre et destructions qui ont déferlé jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche ont aussi fait ressurgir le débat brûlant sur les failles du maintien de l’ordre. La séquence a, aussi, rapidement rebondi sur le terrain politique, les uns imputant ce chaos inédit à La France insoumise, la gauche accusant, elle, le gouvernement d’attiser la colère, et le Rassemblement national essayant ainsi d’en tirer avantage.
« Nous vivons une crise profonde de confiance, d’autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie. » Dans une allocution diffusée dimanche soir sur ses réseaux sociaux, Marine Le Pen a dénoncé l’extrême violence qui s’est abattue de Lille à Nice, en passant par Paris, Strasbourg, Bordeaux, Lyon ou Limoges, fustigeant un « pouvoir macroniste à bout de souffle » et « les forces de destruction qui banalisent la violence et encouragent l’affrontement ». « Dans six mois les Français pourront choisir une autre voie. Celle de l’autorité et de la sécurité retrouvées », a déclaré la candidate à l’élection présidentielle, qui caracole en tête des sondages. À six mois du premier tour de la présidentielle, l’effroi provoqué par les images de destruction, de pillages et d’incendies se traduira-t-il par un renforcement du vote en faveur du Rassemblement national ? « C’est la question que tout le monde se pose », résume Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay.
« Le gain électoral de cette séquence ne peut être que pour la candidate qui prône depuis des années la plus grande fermeté vis-à-vis des pilleurs », estime Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Photo Sipa/Alain Robert« Un monde très instable »
Pour ce dernier, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, quel que soit le parti politique, d’ailleurs. « Il faudra regarder si Marine Le Pen bénéficie d’un surplus d’intentions de vote dans les semaines à venir et si ce phénomène se maintient dans le temps », poursuit Bruno Jeanbart. Car à six mois d’une élection, il peut se passer beaucoup de choses, à l’intérieur du pays comme à l’international. « Nous vivons dans un monde très instable. La guerre en Ukraine ou le conflit en Iran peuvent avoir des impacts sur l’élection en France », précise ce dernier. « Le vote est un phénomène multifactoriel qui ne peut pas reposer sur un seul événement », abonde Bruno Cautrès, politologue, chercheur du CNRS au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et enseignant à Sciences Po.
Il reconnaît néanmoins que « le RN a joué le coup politiquement. Dans les jours précédant la manifestation, Jordan Bardella a multiplié les déclarations en expliquant qu’il n’y aurait que des casseurs et des gauchistes dans ces manifestations. » « ll faudra aussi regarder si ces violences permettent à Marine Le Pen de lever l’un des handicaps qu’elle a eus jusqu’à présent au second tour de la présidentielle, qui est sa faiblesse dans un électorat plus senior, extrêmement important en poids dans le pays. Or on sait que les questions de sécurité sont très importantes pour cet électorat », ajoute Bruno Jeanbart.
« L’impuissance de ceux qui sont et ont été aux affaires »
Spécialiste de l’extrême droite, le politologue Jean-Yves Camus, tout en rappelant lui aussi que l’élection est encore loin, est plus catégorique : « Le gain électoral de cette séquence ne peut être que pour la candidate qui prône depuis des années la plus grande fermeté vis-à-vis des pilleurs », affirme-t-il.
Et qu’importe que le gouvernement et les candidats Bruno Retailleau (LR), Gabriel Attal (Renaissance) ou Edouard Philippe (Horizons) aient eux aussi appelé à la fermeté face aux casseurs et aux pilleurs. « Les électeurs constatent l’impuissance de ceux qui sont et ont été aux affaires », poursuit Jean-Yves Camus. « On ne peut pas pour le moment dire que le RN est gagnant électoralement, mais ce qui est certain, c’est qu’il ne fait pas partie des perdants », conclut Bruno Cautrès.


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