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Les voleurs de pots d’échappement ne s’intéressent pas au métal : ce qu’ils revendent vaut plus cher que l’or au gramme

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Un tuyau en acier qui vaut à peine quelques euros à la ferraille, mais dont l’intérieur attire des réseaux entiers de voleurs professionnels. Le paradoxe n’en est pas un : ce n’est jamais le métal extérieur du pot catalytique qui intéresse les malfaiteurs, mais la fine structure logée à l’intérieur, un nid d’abeille en céramique recouvert de métaux si rares qu’ils dépassent largement la valeur de l’or au gramme.

Seulement quelques dizaines de tonnes de cette matière sortent de terre chaque année dans le monde : l’Afrique du Sud en assure à elle seule l’essentiel de la production mondiale, selon plusieurs sources spécialisées dans le recyclage automobile. L’Afrique du Sud est le principal pays extracteur de rhodium notamment. Un volume dérisoire à l’échelle planétaire, qui explique à lui seul pourquoi un simple tube d’échappement est devenu une cible aussi recherchée que discrète pour le crime organisé.

À retenir

  • Un pot catalytique contient 2 à 10 grammes de métaux précieux (platine, palladium, rhodium) valant plus cher que l’or au gramme
  • Les vols de catalyseurs ont augmenté de 2 200 % en France depuis 2020, ciblant principalement les hybrides et SUV
  • Une plaque de protection boulonnée transforme un vol de 2 minutes en opération de 20 minutes, souvent dissuasive pour les voleurs

Sommaire

  1. Le nid d’abeille qui dépollue vos trajets
  2. Pourquoi ces métaux sont-ils introuvables ailleurs
  3. Des cibles choisies avec méthode
  4. Se protéger : les gestes qui font vraiment la différence

Le nid d’abeille qui dépollue vos trajets

Le pot catalytique n’a rien d’une pièce décorative. Pièce centrale de la ligne d’échappement, il constitue le principal dispositif antipollution des véhicules, avec pour mission de convertir les gaz toxiques émis par le moteur en substances non nocives, une transformation qui s’opère grâce à un processus de catalyse déclenché à haute température. Concrètement, le monoxyde de carbone et les oxydes d’azote ressortent sous forme de vapeur d’eau, de dioxyde de carbone et d’azote.

Cette prouesse chimique repose sur une structure interne baptisée monolithe. Ces métaux sont contenus dans une structure céramique en nid d’abeilles à l’intérieur même du catalyseur, et la rencontre entre les gaz d’échappement et les métaux précieux dans le monolithe provoque une réaction chimique qui rend les gaz beaucoup moins polluants. Platine, palladium et rhodium tapissent ce quadrillage microscopique. Un pot catalytique contient généralement entre 2 et 10 grammes de métaux précieux, principalement du palladium, du platine et du rhodium. Quelques grammes à peine, mais des grammes qui pèsent lourd sur le marché noir.

Le platine, le palladium et le rhodium appartiennent à une famille de métaux qu’on appelle les platinoïdes, réputés pour leur résistance extrême à la chaleur et à la corrosion. Le rhodium, le platine et le palladium sont très résistants, et ces métaux peuvent durer aussi longtemps que la vie d’une voiture. C’est précisément cette longévité qui rend les catalyseurs usagés aussi précieux que des catalyseurs neufs : le métal ne s’use quasiment jamais.

Leur rareté tient à la géologie. Ces éléments ne se trouvent en quantité exploitable que dans une poignée de gisements dans le monde, ce qui rend leur extraction lente, coûteuse et géographiquement concentrée. À l’heure actuelle, le rhodium est l’élément le plus rare de la planète et il se trouve sous tous les véhicules à essence. Un chimiste de l’Université Laval résume la situation sans détour : ces trois métaux sont très rares et ont des propriétés uniques. Aucun substitut industriel ne permet aujourd’hui de les remplacer intégralement dans la plupart des véhicules en circulation.

Des cibles choisies avec méthode

Tous les véhicules ne se valent pas aux yeux des voleurs. Les véhicules hybrides, les berlines essence anciennes et les SUV sont les plus exposés au vol en raison de la richesse et de l’accessibilité de leur catalyseur. Un choix qui répond à une logique presque industrielle : plus la garde au sol est haute, plus l’opération est rapide.

Les camions et les VUS sont plus faciles à voler, car ils possèdent une garde au sol plus élevée, ce qui rend le vol plus facile. Pas besoin de cric, pas besoin de lever le véhicule : le voleur se glisse directement dessous. Côté hybrides, la logique est différente mais tout aussi implacable. Les systèmes hybrides, en produisant moins d’émissions polluantes, préservent les pots catalytiques plus longtemps, ce qui les rend particulièrement intéressants pour la revente. Moins sollicité, le catalyseur hybride conserve une concentration en métaux précieux plus proche de l’état neuf, un argument de poids pour un réseau de recel.

L’opération elle-même ne dure que quelques minutes. Il suffit de quelques minutes pour les dévisser ou les retirer de sous le véhicule. Une scie, une clé, parfois une simple découpe à la meuleuse, et le tour est joué sur un parking mal éclairé. En France, le phénomène a connu une accélération spectaculaire ces dernières années. Les vols de pots catalytiques connaissent une hausse alarmante en France, avec une augmentation de 2 200 % depuis 2020. Un chiffre qui, à lui seul, dit la rentabilité du trafic.

Se protéger : les gestes qui font vraiment la différence

Face à ce fléau, les assureurs et les garagistes recommandent des parades concrètes. Des solutions préventives existent pour réduire le risque, notamment les plaques de protection, le gravage du numéro de série et le choix d’un stationnement sécurisé. La plaque antivol, boulonnée sous le châssis, transforme une opération de deux minutes en chantier de vingt minutes, souvent dissuasif. Le gravage, lui, rend la pièce identifiable et donc invendable auprès des filières de recel qui exigent l’anonymat du métal.

La loi française encadre aussi la revente de ces matières pour limiter les débouchés du trafic. L’article de loi L112-6 du code monétaire interdit toute transaction en espèces en ce qui concerne la vente de métaux lourds, un encadrement qui a permis d’assainir le domaine et de favoriser le recyclage réel des métaux rares issus des catalyseurs. Côté assurance, la vigilance reste de mise. En cas de vol, seule une assurance incluant la garantie vol permet une prise en charge partielle, après déduction de la franchise et de la vétusté. Se garer contre un mur ou une bordure haute, dans un lieu éclairé, reste enfin le réflexe le plus simple et le plus gratuit pour compliquer la tâche d’un voleur pressé.

Le recyclage des catalyseurs usagés est aujourd’hui devenu un maillon à part entière de l’industrie des métaux précieux, au même titre que les mines sud-africaines. Chaque pot d’échappement retiré proprement d’un véhicule en fin de vie repart dans un circuit de traitement spécialisé, où le monolithe est broyé, fondu et purifié pour en extraire à nouveau platine, palladium et rhodium, avant qu’ils ne finissent, une fois de plus, sous le châssis d’une voiture neuve.

Sources : guideautoweb.com | orencash.fr

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