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La saison touristique attire des milliers de visiteurs chaque année sur la Haute-Côte-Nord. Derrière cet afflux de nouveaux visages, les artisans qui font rouler la région se retrouvent sans travail une fois les vacanciers repartis. Entre la fin des prestations de chômage et le retour des beaux jours, ces gens tombent dans ce qu’on appelle le « trou noir » de l’assurance-emploi, et ils réclament des solutions.
Alex-Anne Cécyre est l’une des nombreuses personnes affectées par ce phénomène. Celle qui travaille en embellissement pour la Municipalité de Tadoussac est tombée amoureuse du village il y a presque dix ans.
Mais maintenant qu’elle y habite à l’année, elle constate les réalités difficiles du travail saisonnier.

Alex-Anne Cécyre, qui travaille à l’embellissement de Tadoussac, devra traverser quatre semaines sans revenu après sa dernière prestation d'assurance-emploi le 31 mars.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
J'ai décidé d'élever mon enfant ici, sauf que ça me force à rencontrer le trou noir pour la première fois. C'est mon baptême du trou noir.
La jeune mère est consciente qu'après sa dernière déclaration d'assurance-emploi, le 31 mars, elle devra traverser quatre semaines sans le moindre revenu. Une réalité d’autant plus inquiétante puisqu’elle ne contrôle pas toujours le nombre d’heures qu’elle travaille par année.
Quand il n'y a plus de plantes dans les plates-bandes, il n’y en a plus! On peut bien ramasser les déchets, mais là, il n’y a plus de touristes, s'exaspère Alex-Anne Cécyre. Les restaurants ferment, les gens ne viennent plus pour voir les fleurs, ils ne viennent plus pour les restos.
Peu de répit
La restauration est un autre de ces milieux directement touchés par l’arrivée des touristes. Stéfanie Gignac, serveuse au Café Bohème à Tadoussac, jongle avec les trous noirs depuis plusieurs années.
Après un été essoufflant pour cette serveuse chevronnée, le restaurant qui l'emploie ferme ses portes pour l'hiver, le temps que les rayons du soleil et les visiteurs refassent leur apparition.

Stéfanie Gignac, serveuse au Café Bohème, redoute la fin du projet pilote d'Ottawa, qui lui offrait une protection supplémentaire. Pour elle, chaque heure compte en été.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
Nous, on crée les vacances des gens. On ne prend pas de vacances l’été, on travaille full pin, on fait toutes les heures qu’on peut.
Si je suis malade l’été ou que je manque cinq jours complets de travail, mes heures, je ne les ai pas pour me qualifier pour le chômage, explique Stéfanie Gignac.

Le village de Tadoussac se vide de ses visiteurs dès l’automne, plongeant les travailleurs locaux dans une période d’incertitude.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
Cette année, l'incertitude est d'autant plus grande. Le projet pilote d’Ottawa, qui lui octroyait cinq semaines de chômage supplémentaire, a pris fin.
Entre hautes mers et bas-fonds
Plus bas sur la côte, aux Bergeronnes, Marie-Claude Pelletier doit aussi composer avec des compromis difficiles entre la santé et le travail.
La capitaine de bateau pour Croisières Essipit a dû s’acharner à faire de la physiothérapie intensive pour retourner au travail plutôt que se reposer.
Quand on fait la CNESST, nos heures ne comptent pas. Donc j'ai perdu genre trois semaines de mon été. Ça a vraiment paru beaucoup, mais il fallait que je finisse ma saison, déplore-t-elle.

La capitaine de bateau Marie-Claude Pelletier a dû s’acharner pour terminer sa saison après une blessure, redoutant un « petit chômage » pour passer l'hiver.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
Ça m’a donné un petit chômage. Il m’en manquait beaucoup pour y arriver.
Ces travailleuses se sont d'ailleurs mobilisées au début du mois pour exiger un programme conçu spécifiquement pour la région. L'organisme Action Chômage Côte-Nord réclame, entre autres, l'ajout de 15 semaines d'assurance-emploi destinées au secteur saisonnier.
Le trou noir n’est pas une fatalité pour l’industrie saisonnière, il est le résultat de paramètres administratifs mal adaptés aux régions ressources, comme la Côte-Nord, déplore Line Sirois, directrice d’Action-Chômage Côte-Nord dans un communiqué.
D'après un reportage de Nazdar Roy


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