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Les Soviétiques voulaient sauver chaque goutte de la Caspienne, mais ils ont obtenu tout autre chose : ce que leur digue a laissé derrière elle en trois ans

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Une digue construite pour protéger la Caspienne a fini par assécher un golfe entier en l’espace de trois ans, avant de déclencher l’effet inverse de celui recherché. Ce golfe, le Kara-Bogaz-Gol, engloutissait plus de 10 km³ d’eau par an de la mer Caspienne, un volume jugé responsable de la baisse du niveau de la mer. Les autorités soviétiques ont choisi de fermer le robinet. Le résultat a surpris jusqu’aux ingénieurs eux-mêmes.

À retenir

  • Une digue fermant le Kara-Bogaz-Gol a asséché la lagune en trois ans au lieu de plusieurs décennies prévues
  • Le golfe s’est transformé en désert recouvert de 50 centimètres de sel dispersé par les vents sur des centaines de kilomètres
  • La digue a été détruite en 1992 et neuf années ont été nécessaires pour que le golfe retrouve sa vie d’avant

Sommaire

  1. Une mer qui perdait ses eaux, un coupable tout trouvé
  2. Trois ans pour transformer un golfe en désert
  3. 1992 : la digue tombe, la vie revient

Une mer qui perdait ses eaux, un coupable tout trouvé

Le Kara-Bogaz-Gol est une lagune peu profonde du Turkménistan, reliée à la Caspienne par un goulet étroit et rocheux. Pendant des décennies, les scientifiques soviétiques ont observé la mer Caspienne perdre du terrain, sans s’accorder sur les causes exactes de ce déclin. Le golfe, accusé d’évaporer l’eau précieuse de la mer, était présenté comme « une chaudière inutile pour l’évaporation, une bouche insatiable avalant l’eau précieuse de la Caspienne ». La décision est prise de couper court : boucher le goulet pour que plus une goutte ne s’échappe.

Une digue est achevée en 1980, condamnant définitivement le passage entre les deux plans d’eau.

Trois ans pour transformer un golfe en désert

Les ingénieurs pensaient que le stock d’eau déjà présent dans le golfe suffirait à alimenter l’évaporation pendant encore de longues années. La réalité a été toute autre. Le golfe s’est asséché dix fois plus vite que prévu par l’Institut des affaires hydrauliques, et dès l’automne 1983, tout était terminé.

Les flamants roses ont payé le prix fort de cette disparition.

Privés d’eau, ils n’avaient plus de quoi se nourrir. Les flamants roses sont morts en masse, tandis que les petites crevettes de saumure dont ils se nourrissaient avaient disparu. À la place de la lagune s’est étendu un désert couvert d’une épaisse croûte de sel, que les vents ont ensuite dispersée sur des centaines de kilomètres. La lagune s’est transformée en un vaste désert recouvert d’une couche de 50 centimètres de sel précipité, emportée par le vent sur des centaines de kilomètres, jusqu’à des régions agricoles de Russie. Ces tempêtes de poussière salée ont même chassé une partie des habitants installés à proximité de l’ancien golfe.

La Caspienne, elle non plus, n’y a rien gagné.

1992 : la digue tombe, la vie revient

Douze ans après sa construction, la digue devient elle-même le problème à résoudre. Le niveau de la Caspienne, qui avait continué de fluctuer indépendamment de la fermeture du goulet, recommence à monter au tournant des années 1990. Le Turkménistan, tout juste indépendant, décide alors de rendre le golfe à la mer. Au printemps 1992, face à l’ampleur du désastre, le Turkménistan, qui venait de déclarer son indépendance, décide de récupérer le golfe du désert et détruit la digue, rétablissant la connexion avec la Caspienne.

L’eau reprend alors son ancien chemin, goutte après goutte, puis mètre après mètre.

La renaissance du golfe ne s’est pas faite en un jour. Il aura fallu près de neuf années pour que le Kara-Bogaz-Gol retrouve une partie de sa vie d’avant : les artémies recolonisent les eaux hypersalées, les flamants roses reviennent s’y nourrir, et l’exploitation du sel reprend le long des rives. L’épisode reste aujourd’hui l’un des exemples les plus frappants de ce qui peut arriver quand une décision d’ingénierie, pensée pour sauver un écosystème, se retourne intégralement contre son objectif initial. Le goulet, lui, continue de laisser passer l’eau de la Caspienne vers la lagune, comme il le faisait avant que quiconque ne songe à le fermer.

Sources : eros.usgs.gov | ayan-turkmenistan.travel | science.nasa.gov

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