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En physique et en ingénierie, beaucoup d'équations fondamentales sont non linéaires, ce qui les rend de facto très difficiles, voire impossibles, à résoudre par des calculs analytiques, c'est-à-dire ceux menés avec la théorie des fonctions et le calcul différentiel et intégral. Parfois, il est possible de linéariser les équations, comme on dit, pour obtenir des solutions approximatives.
La terrible vague scélérate Draupner a été recréée en laboratoire
On les a longtemps crues sorties tout droit de l’imagination des marins, mais les vagues scélérates existent bel et bien. Et des chercheurs sont même parvenus à recréer en laboratoire les conditions de la formation de l’une des plus célèbres d’entre elles, la vague Draupner.... Lire la suite
Tout cela peut sembler trop compliqué à comprendre, alors donnons un exemple : celui de la mécanique des fluides. Les équations fondamentales sont celles de Navier-Stokes (NS) et on peut les utiliser pour décrire ce qui se passe à la surface de l'eau qui, sous l'effet d'un vent faible, se met à faire des vagues. Les équations de NS peuvent alors se simplifier et on obtient pour décrire ces vagues une équation dont les solutions sont des sommes de fonctions oscillantes simples, à savoir des sinus et des cosinus.
Une théorie non linéaire des forces nucléaires fortes
Mais quand on veut décrire précisément des situations plus violentes, comme des vagues de tempête ou l'écoulement de l'air autour d'un avion en vol supersonique, on en est réduit à utiliser des calculs numériques avec des ordinateurs. Or, même des superdordinateurs ne pourraient simuler certaines situations en physique qu'en menant des calculs pendant des années, voire des millénaires.
Lorsque le génial Richard Feynman a amorcé la révolution des ordinateurs quantiques, il comptait s'en servir pour mener à bien des simulations de systèmes quantiques défiant les calculs analytiques et les simulations numériques sur des ordinateurs classiques. On commence à voir ce rêve se réaliser depuis quelques années et aujourd'hui un ordinateur quantique, construit par IBM, semble sur le point de percer certains secrets des protons et neutrons composant notre corps et les étoiles.... Lire la suite
Quand ils ont découvert la théorie décrivant les protons et les neutrons sous forme de particules plus élémentaires, les quarks, liées à l'intérieur des particules que l'on appelle plus généralement des hadrons par des cousins quantiques des photons, les gluons, les physiciens ont là aussi été confrontés à des équations non linéaires.
Ces équations sont dites des équations de Yang-Mills, du nom de leurs découvreurs, et là aussi, des calculs sur ordinateurs se sont révélés indispensables pour, par exemple, déduire la masse des protons de la théorie fondamentale des hadrons et des forces nucléaires fortes qui les génèrent à partir des quarks, baptisée chromodynamique quantique (ou QCD, pour quantum chromodynamic en anglais).
Les lois de la mécanique quantique décrivent le comportement étrange des particules subatomiques. Exploiter la puissance de la mécanique quantique pourrait engendrer une révolution technologique, et l'ORNL est à la pointe de cette recherche. Ses experts concentrent leurs efforts sur quatre domaines clés de la recherche quantique : l'informatique, les matériaux, les réseaux et la détection. © Oak Ridge National Laboratory
Ces calculs restent limités, d'où l'idée naturelle de vouloir utiliser des calculateurs quantiques pour décrire des phénomènes de la QCD. On a de bonnes raisons, en effet, de penser que des ordinateurs quantiques peuvent posséder des avantages en temps de calcul sur des superordinateurs classiques, voire avoir une suprématie totale sur eux.
Il existe ainsi un problème que l'on a du mal à résoudre en QCD, celui dit de l'hadronisation.
Le modèle en corde de l'hadronisation
Quand la théorie des quarks a été découverte, des doutes quant à sa validité sont rapidement apparus du fait qu'on avait beau faire entrer en collision des protons à des énergies de plus en plus élevées, il restait impossible d'observer des quarks libres. On a compris au début des années 1970 que les forces entre des quarks augmentent avec la distance et qu'il se produit notamment une sorte de structure en corde contenant beaucoup d'énergie sous forme de gluons entre deux quarks.
Tenter de séparer deux quarks dans un hadron comme un méson conduit en quelque sorte à injecter tellement d'énergie dans la corde pour l'étirer qu'elle se coupe en deux mésons avec une partie de l'énergie utilisée qui se transforme en deux autres quarks. Au lieu d'avoir deux quarks libres, on a donc encore des hadrons avec des quarks confinés.
Voilà ce qui se passe si on essaye de séparer des quarks dans des hadrons. © ChatGPT
Plus généralement, on peut montrer que, dans des conditions qui ne sont pas celles des hautes pressions et densités dans un plasma de quarks et de gluons (on parle aussi de quagma), très rapidement ceux-ci « s'hadronisent » en se lient entre eux pour donner des hadrons donc des particules contenant deux, voire trois quarks ou antiquarks.
En fait, ce plasma existait au début du Big Bang et les protons et les neutrons de nos noyaux peuvent être considérés comme des gouttes de liquide hadronique de ce plasma qui s'est condensé en se refroidissant à la fin du Big Bang.
Jerry Chow, IBM Fellow et directeur des systèmes quantiques, nous fait visiter le laboratoire de caractérisation d'IBM Quantum, où les puces quantiques – telles que Falcon et Heron – ainsi que les systèmes qui les alimentent sont testés avant leur déploiement. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © IBM ResearchAujourd'hui une collaboration de recherche menée par le Laboratoire national Lawrence Berkeley (LBNL) aux USA a réussi à simuler une forme simplifiée du processus de l'hadronisation en utilisant un ordinateur quantique. C'est ce qu'explique dans un article publié dans Physical Review D - mais en accès libre sur arXiv - le physicien Anthony Ciavarella.
Chercheur au LBNL, il a eu un accès en ligne à un processeur quantique d'IBM (IBM Heron est un processeur quantique à 156 qubits doté de coupleurs accordables, créé par IBM) pour mener des calculs avec 104 qubits, les bits d’informations quantiques.


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