Récemment, les chercheurs d’une étude ont fait une découverte majeure : l’empreinte carbone globale de l’exploitation minière est en réalité jusqu’à dix fois plus importante qu’estimé jusqu’ici. Pour les scientifiques, la cause de ce phénomène n’est autre que la « pollution fantôme » à l’œuvre après la fermeture des mines.
Pourquoi les mines continuent de générer du CO2 après leur fermeture ?
Dans les faits, des chercheurs des universités de St Andrews (Écosse) et de Huelva (Espagne) ont focalisé leur attention sur une source de pollution quasiment absente des bilans carbone des exploitations minières. Leurs résultats ayant fait l’objet d’une publication dans la revue Environmental Science and Technology le 22 juillet 2026 ont montré que les eaux acides provenant des anciennes mines peuvent continuer à libérer du dioxyde de carbone longtemps après l’arrêt de l’exploitation du site. Or, cette libération serait dix fois plus importante que ce que nous pensions.
Les auteurs de l’étude disent avoir analysé 82 mines fermées ou encore actives au sein de la ceinture pyriteuse ibérique. Il s’agit de la plus grande concentration de sulfures massifs au monde, couvrant environ 250 km dans le sud-est de l’Espagne et le sud du Portugal. Le constat est clair : des décennies, voire des siècles après l’arrêt complet de l’extraction, les mines continuent de rejeter massivement du CO2 dans l’atmosphère.
Mais pourquoi cette « pollution fantôme » ? En réalité, lorsque les minéraux contenant des sulfures se retrouvent exposés aux eaux de surface riches en oxygène, ils se chargent en métaux toxiques et gagnent grandement en acidité (acide sulfurique). En s’écoulant, ces eaux acides attaquent et dissolvent les roches carbonatées environnantes comme le calcaire. Ce processus libère alors du carbone présent sous terre depuis des millions d’années. Dès que l’eau sort de la mine et entre en contact avec l’air libre, le CO2 s’échappe par dégazage.
Crédit : NeedPix
Trouver des solutions pour limiter ces émissions jusqu’ici cachées
Sans grande surprise, l’intégration de ces réactions chimiques passives et continues fait exploser l’empreinte carbone réelle de l’extraction minière mondiale. En effet, l’empreinte officielle du secteur prenait jusqu’à présent seulement en compte les émissions directes et immédiates. Autrement dit, le calcul traditionnel de l’empreinte carbone d’une mine se limitait à son cycle de vie opérationnel, à savoir l’énergie directe, l’électricité et le transport. Plus précisément, il est question du carburant des excavatrices et des camions bennes, de l’énergie requise pour le broyage et le traitement des minerais et de l’acheminement des métaux à travers le monde. Ainsi, en changeant de méthode de calcul, les scientifiques ont mis en lumière un effet multiplicateur massif.
Evidemment, cette découverte majeure complique beaucoup les objectifs de neutralité carbone du secteur minier. De plus, le fait est qu’actuellement, la tendance est à la hausse en ce qui concerne la demande en métaux, notamment pour la fabrication des panneaux solaires, éoliennes et autres réseaux électriques, entre autres. Désormais, les prochains rapports de calcul des émissions du secteur minier devront intégrer cette pollution fantôme. Toutefois, nous savons déjà que, malgré des variations évidentes selon les régions du monde, il s’agit ici de la principale composante du coût climatique de l’extraction des métaux.
Enfin, il est d’ors et déjà essentiel de revoir la manière dont les eaux acides sont traitées, afin de réduire leurs émissions. Il s’agira donc de bousculer les méthodes traditionnelles de neutralisation chimique qui d’ailleurs, génèrent elles-mêmes du CO2. Les scientifiques conseillent une approche sur trois axes, à savoir le blocage de l’oxydation à la source – notamment via des barrières étanches – la séquestration du carbone directement dans l’eau (séquestration minérale) et le remplacement des réactifs polluants par des traitements passifs et biologiques.


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