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Des femmes et hommes de partout en France se mobilisent pour éteindre les flammes dans le sud du pays. Parti de Friville, Alexandre Sévelin s'est engagé dans le Var et en Corse.
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Par Alan Sénicourt Publié le 9 août 2026 à 20h46
Comment avez-vous appris l’ampleur des incendies dans le Sud ?
On l’a appris d’abord par les médias, puis par les collègues déjà engagés sur place. Depuis maintenant trois ans, le SDIS de la Somme envoie régulièrement un groupe spécialisé dans les feux de forêt dès que la saison devient critique. Les équipes se relaient tous les huit à dix jours. L’ampleur des incendies, on l’a donc découverte à la fois par les informations et par les retours de nos collègues.
Quelle a été votre réaction en voyant ces incendies ?
J’ai été effaré et stupéfait. Une fois de plus, on se rend compte qu’on n’est pas grand-chose face à la nature. Ce qui marque surtout, ce sont les conséquences pour les habitants : les maisons détruites, les biens perdus. Quand on a déjà vécu ce type de situation, on sait à quel point les gens sont désemparés.
La décision de partir venait de vous ou de votre hiérarchie ?
On se porte volontaire en fonction de nos spécialités. Pour ma part, je suis disponible de mai à septembre. La hiérarchie valide ensuite ces disponibilités. Je suis sapeur-pompier professionnel, donc cela se fait sur mon temps de travail. J’ai appris mon départ seulement trois jours avant.
Il n’y a aucune obligation, mais lorsqu’on choisit cette spécialité, c’est évidemment dans l’idée d’être engagé lorsque c’est nécessaire.
Quelle est précisément votre spécialité ?
Je suis chef d’agrès sur véhicule feux de forêt et formateur à la conduite tout-terrain. Je suis spécialisé dans les feux de forêt ainsi que dans le sauvetage aquatique. D’autres collègues sont spécialisés dans les risques technologiques ou d’autres domaines.
Avez-vous hésité avant de partir ?
Pas une seconde.
Ce n’est pas trop difficile pour la famille ?
On en parle dès le moment où je me rends disponible. La famille est donc préparée. Malgré tout, les jours qui précèdent le départ sont toujours un peu particuliers. Ce ne sont pas des vacances : il y a toujours une part de risque.
J’ai la chance d’avoir une famille qui m’a toujours soutenu. J’étais militaire auparavant et je suis parti plusieurs fois en opérations extérieures, parfois pendant plusieurs mois. Mon épouse m’a toujours accompagné dans ces choix.
Comment se déroule le départ ?
Les premiers véhicules feux de forêt sont acheminés dans le Sud sur des porte-engins avant la saison. Pour la Somme, on constitue un groupe avec le Pas-de-Calais : deux véhicules de chaque département.
Les premières équipes partent avec ces véhicules. Ensuite, lors des relèves, on descend en minibus jusqu’au point de rendez-vous.
Au départ, je devais être envoyé dans le Sud-Ouest, vers Bordeaux. Finalement, la veille du départ, on a été redirigés vers le Var. J’y ai passé deux jours avant d’être envoyé en Corse. Rien n’est vraiment figé à l’avance.
Combien de temps êtes-vous resté sur place ?
Je suis parti le 25 juillet et je suis revenu le 3 août, donc un peu plus d’une semaine.
La mission a été prolongée car nous étions en Corse. Les autorités hésitaient à organiser une relève sur l’île. Finalement, comme la situation s’était un peu calmée par rapport au continent, nous avons été rapatriés.
Comment s’est déroulée votre mission ?
On a d’abord travaillé dans le Var, à Pontevès, pendant deux jours. Ensuite, on est passés par Toulon, où on a rejoint l’École des officiers d’Aix-en-Provence, utilisée comme base de transit. C’est là que les équipes montantes et descendantes effectuaient les relèves.
On a même failli repartir immédiatement sur Pontevès à cause de nouvelles reprises de feu, avant d’être finalement envoyés en Corse.
Comment étiez-vous logés ?
Au début, dans le Var, on dormait sur des lits de camp installés dans des pâtures.
En Corse, on a été hébergés dans un gymnase mis à notre disposition, avec des douches. Il nous est aussi arrivé de dormir directement à côté des camions.
Il n’y a rien de prévu à l’avance. On dort là où c’est possible.
Vous dormiez peu…
Très peu. Trois ou quatre heures par nuit en moyenne.
Entre les déplacements, les interventions, le nettoyage du matériel, la remise en état des véhicules, les repas et les douches, les journées sont très longues. Dès six heures du matin, on repart.
Comment avez-vous été accueillis ?
Extraordinairement bien.
Les habitants venaient régulièrement nous apporter à manger directement sur le terrain : des plats préparés chez eux, servis à l’assiette. C’était extrêmement réconfortant. Ce soutien fait énormément de bien moralement.
L’an dernier, lors du mégafeu dans l’Aude, nous avions déjà ressenti cette reconnaissance. Les gens nous applaudissaient quand on traversait des villages.
Comment le feu a-t-il évolué pendant votre présence ?
Dans le Var, quand on est arrivés, la propagation principale était stoppée. On traitait essentiellement des reprises de feu.
En Corse, on a été engagés sur plusieurs départs de feu, moins importants médiatiquement mais bien réels.
Pendant ce temps, le feu est reparti très fortement dans le Var à cause du mistral. Un feu de forêt n’est jamais véritablement éteint avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, car il reste toujours des points chauds.
Votre travail consistait principalement à traiter ces reprises ?
Oui.
C’est physiquement très exigeant. Il faut transporter du matériel lourd, parfois plus de 60 kilos, évoluer dans le maquis corse, marcher dans une végétation dense, sèche et très piquante.
Sur le moment, avec l’adrénaline, on ne pense pas à la fatigue. C’est surtout une fois revenu au camion qu’on réalise l’effort fourni.
Où étiez-vous basés en Corse ?
Près de l’aéroport de Calvi. D’autres équipes étaient réparties vers Corte ou Bonifacio.
Vous aviez déjà connu ce type de mission ?
Oui.
J’ai été militaire pendant près de treize ans et déjà spécialisé dans les feux de forêt. J’ai également servi comme pompier sur une base aérienne à Salon-de-Provence. J’avais déjà participé à plusieurs campagnes de lutte contre les incendies, notamment en Corse.
Quel incendie vous a le plus marqué ?
Tous marquent, mais particulièrement celui de l’an dernier dans l’Aude et celui du Var cette année.
Ce qui est le plus difficile, ce n’est pas la végétation qui brûle, mais lorsque les flammes atteignent les habitations. Lorsqu’on ne parvient pas à sauver plusieurs maisons malgré tous les efforts engagés, cela laisse des traces.
La Somme est actuellement placée en vigilance sécheresse. Ça vous inquiète ?
Il faut surtout être vigilant.
Le risque existe chez nous, notamment avec la forêt de Crécy et le massif du Marquenterre. Lorsque les conditions deviennent critiques, le SDIS prépositionne des groupes spécialisés.
La plupart des incendies ont une origine humaine : un mégot, des travaux de débroussaillage effectués au mauvais moment… Il faut être extrêmement prudent.
Les feux de cultures sont également très dangereux dans la Somme.
Le retour auprès de votre famille a dû être un moment particulier.
Oui.
Mon épouse est venue me chercher au SDIS à Amiens. Nous avons été accueillis par notre direction, puis nous avons passé la soirée en famille. Nous avons pris le temps de raconter ce que nous avions vécu.
J’ai deux filles de 25 et 22 ans.
Le changement climatique vous inquiète-t-il ?
Oui.
On constate que les saisons de feux deviennent plus fréquentes et plus intenses. Voir des incendies aussi importants jusque vers Fontainebleau, aux portes de Paris, montre bien que la situation évolue.
On va devoir continuer à s’adapter, à renforcer notre spécialisation et à disposer de matériels toujours plus performants.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Oui. Je tiens à souligner que le SDIS de la Somme accepte de libérer des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires pour aller renforcer les départements touchés. Ce n’est pas si simple à organiser, surtout pendant la période estivale.
C’est un véritable effort collectif. Les pompiers sont volontaires, mais encore faut-il que leur service puisse les remplacer et autoriser leur départ. Notre SDIS fait preuve d’une vraie solidarité.
Il est d’ailleurs possible que je reparte avant la fin du mois si la situation l’exige.
Quel est le souvenir le plus marquant de cette mission ?
Sans hésiter, la solidarité des habitants.
Voir des personnes qui ont parfois tout perdu prendre le temps de nous préparer un repas chaud, de nous servir à table sur le bord d’une route, c’est très émouvant.
On était une vingtaine de pompiers et chacun a reçu son assiette de riz et de légumes préparés par les habitants.
Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais ce sont des gestes qui marquent profondément. Ils rappellent qu’au milieu des difficultés, il existe encore énormément de générosité et d’humanité.
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