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Les États-Unis ont encastré une antenne de 305 mètres dans une cuvette naturelle : ce qui l’a fait tomber n’était ni l’ouragan ni les séismes

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Une cuvette naturelle, creusée dans le calcaire de Porto Rico, portait depuis 1963 le plus grand télescope à antenne unique jamais construit. Ce n’est ni un ouragan ni un tremblement de terre qui a eu raison de lui. Ce sont des câbles d’acier, l’un après l’autre, qui ont lâché en 2020.

À retenir

  • L’observatoire d’Arecibo a exploité une cuvette karstique de Porto Rico pour supporter économiquement une antenne de 305 mètres depuis 1963.
  • Trois ruptures successives de câbles d’acier entre août et décembre 2020 ont provoqué l’effondrement de la plateforme réceptrice de 900 tonnes.
  • Arecibo était l’unique grand télescope mondial capable d’émettre des ondes radar et de détecter les pulsars avec une sensibilité inégalée.

Sommaire

  1. Une antenne géante logée dans le sol karstique
  2. Trois ruptures de câbles, un été fatal
  3. Un instrument sans équivalent en radar planétaire

Une antenne géante logée dans le sol karstique

L’idée de départ tenait presque du bricolage de génie. Plutôt que de construire une structure capable de porter seule une antenne de 305 mètres de diamètre, ce qui aurait coûté une fortune, les ingénieurs de Cornell University ont choisi d’exploiter le relief karstique du nord de Porto Rico. Le terrain offrait un avantage particulier avec ses petites vallées profondes entourées de collines calcaires, et une dépression naturelle au sud de la ville d’Arecibo a permis de soutenir économiquement le réflecteur sphérique. Le site est devenu l’observatoire d’Arecibo, opérationnel dès 1963.

Le projet avait été lancé par Cornell University sous contrat avec l’Advanced Research Projects Agency en 1959, dans le cadre d’un programme de défense antimissile de la Guerre froide étudiant les interférences de la haute atmosphère. Au-dessus du réflecteur fixe, une plateforme réceptrice était suspendue par des câbles à 150 mètres de hauteur, accrochée à trois tours en béton. La surface du réflecteur était composée de 38 778 panneaux d’aluminium perforés, chacun mesurant environ 1 mètre sur 2, soutenus par un maillage de câbles en acier. Une prouesse technique pour l’époque, qui restera la plus grande antenne unique de la planète jusqu’à l’arrivée du télescope chinois FAST en 2016.

Trois ruptures de câbles, un été fatal

Tout bascule en 2020. Le 10 août 2020, un câble auxiliaire soutenant la plateforme de 900 tonnes cède, endommageant le réflecteur principal ainsi que le dôme Gregorian. Une entaille de plusieurs dizaines de mètres apparaît alors dans l’antenne. Les ingénieurs se mettent au travail pour concevoir un plan de réparation.

Le répit est de courte durée. Le 6 novembre 2020, avant même que les travaux temporaires puissent être engagés, un câble principal relié à la même tour se rompt de manière inattendue, probablement parce qu’il supportait un poids supplémentaire depuis la perte du premier câble. Les modélisations structurelles révèlent alors un problème plus grave que prévu.

Le 6 novembre 2020 vers 20h15, ce câble principal, également situé sur la tour 4, se rompt dans des conditions qui auraient dû rester largement dans ses capacités de charge, ce qui indique que les câbles principaux restants étaient peut-être plus faibles qu’attendu. Deux des trois rapports d’ingénierie commandés recommandent alors un démantèlement contrôlé du télescope. La National Science Foundation, propriétaire de l’installation, annonce le 19 novembre 2020 que l’instrument sera mis hors service, jugé irréparable.

La suite s’écrit avant même que le démontage n’ait pu commencer. Le 1er décembre 2020 à 8 heures du matin, des câbles se brisent au sommet d’une des trois tours du radiotélescope, laissant tomber la plateforme réceptrice de 900 tonnes sur le réflecteur situé 120 mètres plus bas. Aucun blessé n’est à déplorer, l’installation ayant été mise à l’arrêt quelques jours plus tôt.

Un instrument sans équivalent en radar planétaire

L’observatoire n’était pas qu’un simple récepteur passif. Arecibo pouvait aussi émettre des ondes radio, en les faisant rebondir sur des gaz atmosphériques, des astéroïdes ou des planètes, les signaux réfléchis renvoyant des informations sur la taille, la forme et le mouvement de la cible. Ni le télescope chinois FAST ni le Green Bank Telescope américain n’étaient équipés de transmetteurs radar, une spécificité qui rendait Arecibo unique parmi les grands instruments mondiaux.

Sa sensibilité exceptionnelle en faisait aussi une référence absolue pour la chasse aux pulsars, ces étoiles à neutrons en rotation ultra-rapide. Selon un astronome cité par Science News Explores, Arecibo était « le roi » de la détection des pulsars. Le plus grand disque radio américain restant est le Green Bank Telescope, large de 100 mètres, situé en Virginie-Occidentale, une taille bien inférieure aux 305 mètres d’Arecibo.

La perte s’est fait sentir immédiatement dans plusieurs programmes de recherche. Le programme collaboratif NANOGrav, qui traquait depuis plus d’une décennie 80 pulsars pour détecter d’éventuelles ondes gravitationnelles, en observait 40 depuis Arecibo et 40 depuis Green Bank. Côté défense planétaire, le vide laissé reste difficile à combler : pour les États-Unis, aucune installation n’était en mesure de remplacer les capacités d’Arecibo en matière d’astronomie à haute sensibilité, selon un chercheur cité par Scientific American.

Le site continue aujourd’hui d’attirer les curieux, même réduit à un amas de câbles et de tôles au fond de sa cuvette karstique. Les panneaux effondrés reposent toujours sur le sol qui, pendant près de six décennies, avait porté sans faillir le poids d’une antenne pensée pour scruter les confins du système solaire.

Sources : fredzone.org | spacedaily.com

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