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Les États-Unis ont déversé 56 000 fûts radioactifs dans le Pacifique : 48 000 reposent à quelques kilomètres d’une grande ville américaine

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Sous l’océan Pacifique, à moins de 15 kilomètres des côtes de Los Angeles, 48 000 fûts métalliques rouillent depuis plus de 70 ans dans les profondeurs marines. Entre 1946 et 1970, l’armée américaine et plusieurs agences de recherche ont déversé à cet endroit des déchets radioactifs, des pesticides et des solvants industriels, sans jamais réellement informer les millions d’habitants vivant à quelques encablures de là. En cet été 2026, alors que la Californie affiche ses plages bondées et son ciel dégagé, une cartographie précise de ce désastre sous-marin refait surface, et elle a de quoi glacer le sang.

Un cimetière nucléaire oublié au fond du bassin de San Pedro

Entre 1946 et 1990, pas moins de quatorze pays ont pris l’habitude d’immerger leurs déchets radioactifs dans les océans Pacifique, Atlantique et Arctique, convaincus que la profondeur marine suffirait à neutraliser le danger. Les États-Unis furent les pionniers de cette pratique, dès 1946, avec une première opération menée à environ 80 kilomètres au large des côtes de Californie. Selon les données disponibles, les Américains ont ainsi jeté 27 000 fûts dans le Pacifique et 23 000 dans l’Atlantique jusqu’en 1959, pour une activité radioactive totale estimée à 3 500 TBq.

Mais c’est le bassin de San Pedro, juste au large de Los Angeles, qui concentre la majeure partie de cette pollution américaine. L’Agence internationale de l’énergie atomique recense en effet plus de 56 000 fûts déversés dans le Pacifique sur près de 25 ans, dont environ 48 000 reposeraient précisément dans cette zone, à quelques kilomètres seulement d’une métropole peuplée de millions d’habitants. Des scientifiques ont récemment repéré certains de ces barils sous plus de 900 mètres d’eau, confirmant que ce site constitue l’un des plus vastes cimetières nucléaires sous-marins jamais recensés à ce jour.

Des fûts qui devraient être scellés mais qui fuient déjà

Ces fûts métalliques n’ont jamais été conçus pour traverser les décennies. Leur durée de vie estimée oscillait entre 20 et 25 ans, un délai largement dépassé aujourd’hui puisque les plus anciens ont désormais plus de 75 ans d’ancienneté sous l’eau salée. Or, l’eau de mer est particulièrement corrosive, et rien ne permet de penser que ces contenants aient résisté indéfiniment à la pression et à la rouille.

Dès l’an 2000, une organisation non gouvernementale avait déjà filmé, sur un site européen comparable, des fûts très dégradés et rongés par la corrosion, offrant un aperçu probable de l’état actuel des barils immergés au large de la Californie. Un chercheur de l’Institution Woods Hole, Ken Buesseler, a résumé la situation de manière particulièrement frappante : « Ces 56 000 fûts, nous n’allons jamais pouvoir les récupérer. » Une phrase qui résonne comme un aveu d’impuissance face à une pollution que personne n’a réellement anticipée dans sa durée.

Pourquoi cette pollution menace directement les habitants de Los Angeles

La proximité entre le site d’immersion et l’agglomération californienne n’est pas un détail anecdotique. Les déchets concernés présentent une radioactivité qualifiée de faible à moyenne, avec des éléments comme le strontium 90, le césium 137 ou encore le cobalt 60, des isotopes connus pour s’accumuler dans les organismes vivants et pour persister très longtemps dans l’environnement marin.

Concrètement, si les fûts continuent de se dégrader comme le suggèrent les observations menées sur des sites similaires, ces substances pourraient progressivement se disperser dans les sédiments et la chaîne alimentaire marine, touchant potentiellement la faune locale et, par extension, les activités de pêche pratiquées le long de cette côte très fréquentée. Le bassin de San Pedro n’est pas une zone isolée du monde : c’est un espace maritime bordant directement l’une des plus grandes villes des États-Unis, ce qui rend la question éminemment plus sensible que pour un site perdu en plein océan.

Ce que révèle cette découverte sur des décennies de silence officiel

Ce qui frappe le plus dans cette affaire, c’est l’ampleur du flou entretenu pendant des décennies. Au total, ce ne sont pas moins de 80 sites répartis dans le Pacifique et l’Atlantique qui ont accueilli ce type d’immersions à travers le monde, une pratique longtemps considérée comme un moyen sûr et économique de se débarrasser des déchets nucléaires avant d’être totalement interdite en 1993. Pendant près d’un demi-siècle, cette solution a semblé aller de soi, sans que les populations riveraines soient réellement consultées ni même informées.

Une mission scientifique française a récemment relancé l’attention sur ces sites historiques d’immersion, en soulignant un point troublant : personne ne sait précisément où se trouvent tous ces barils, ni dans quel état exact ils se trouvent aujourd’hui. Cette incertitude illustre à quel point les décisions environnementales prises au siècle dernier continuent de peser sur le présent, sans que les outils de surveillance actuels permettent encore d’en mesurer pleinement les conséquences.

Cette découverte remet en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : les océans ont longtemps servi de solution de facilité pour évacuer des problèmes que l’on ne savait pas résoudre autrement. À l’heure où la Californie mise sur son image de région innovante et soucieuse de l’environnement, ce passif radioactif rappelle que certaines erreurs du passé ne disparaissent pas simplement parce qu’on les enfouit sous des centaines de mètres d’eau. Reste à savoir si les prochaines campagnes de surveillance parviendront enfin à établir un état des lieux fiable, ou si ces 56 000 fûts continueront encore longtemps à reposer dans un silence presque total.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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