«T’as tiré un cerf, trop beau, bravo!» A l’affût dans les sous-bois, une jeune chasseuse reçoit un coup de fil d’un confrère que l’on devine plus âgé. Celui-ci lui rétorque: «Non, il n’est pas mort, ce con de machin. Il a fait le gros dos…» En un bref échange, la Vaudoise Christelle Jornod et la Genevoise Amélie Bargetzi, qui cosignent avec Les Chasseresses leur premier long métrage, thématisent l’insensibilité de certains chasseurs face à leur proie, un imposant cerf devenant ici un simple «machin», une chose qui ne demanderait qu’à être abattue, loin d’une idée de respect et de communion avec la nature. On se croirait presque dans un remake du fameux sketch des Inconnus.
Peu après, un texte écrit, comme il y en aura beaucoup pour rythmer le récit, car les confidences sont peut-être plus faciles ainsi que face caméra, amène heureusement un peu d’humanité. «Je me souviens que la première fois que j’étais avec mon père et qu’il a tiré, j’étais sous le choc. Mais quand moi j’ai tiré pour la première fois, j’ai eu peur. Je trouvais pas ça horrible, mais je me suis dit mon Dieu, j’ai quand même enlevé une vie», lit-on. La conscience que les «machins» qu’on tue sont des êtres vivants qui n’ont rien demandé.


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