Dans les jungles de Bornéo, des scientifiques ont découvert un parasite du parasite : un champignon capable d’infecter l’Ophiocordyceps, ce fameux « champignon zombie » qui manipule le cerveau des fourmis avant de les tuer. Baptisé Pleurocordyceps cornusynnemata, ce hyperparasite à la structure unique en forme de corne ouvre des pistes inattendues pour la médecine et l’agriculture.
Ce que vous allez apprendre
- Comment ce nouveau champignon s’attaque directement au tristement célèbre « champignon zombie »
- Ce qui distingue ce parasite des autres hyperparasites déjà connus
- Pourquoi cette découverte intéresse autant la recherche pharmaceutique que l’agriculture
Un parasite qui s’attaque à un autre parasite
Le champignon Ophiocordyceps est tristement célèbre pour son mode opératoire macabre : il infecte des insectes, en particulier des fourmis, manipule leur système nerveux pour les pousser à adopter un comportement erratique, puis les tue avant de faire jaillir ses fructifications de leur carcasse. Ce « champignon zombie » a inspiré de nombreuses œuvres de fiction tant son mécanisme biologique semble sortir d’un scénario d’horreur.
Mais des chercheurs de l’Institut de biologie et de conservation tropicales de l’Université de Malaisie Sabah viennent de découvrir que même ce prédateur redoutable a son propre prédateur. Lors de missions de terrain dans les jungles de Bornéo, l’équipe a identifié une nouvelle espèce capable de s’attaquer directement à l’Ophiocordyceps lui-même.
Crédit : David P. Hughes, Maj-Britt PontoppidanUne stratégie différente de manipulation
Jaya Seelan Sathiya Seelan, directrice adjointe de l’institut, qualifie cette découverte d’hyperparasite — un organisme qui parasite efficacement un agent pathogène déjà installé. Le champignon appartient au genre Pleurocordyceps et se distingue par une approche radicalement différente de celle de sa victime.
Plutôt que de manipuler directement le système nerveux de l’insecte hôte comme le fait l’Ophiocordyceps, le Pleurocordyceps s’infiltre dans la fourmi déjà infectée et se nourrit directement des tissus du champignon zombie en pleine croissance à l’intérieur de l’hôte. Une stratégie de parasitisme en cascade : le prédateur du prédateur, exploitant les ressources que l’Ophiocordyceps a déjà mobilisées.
Une structure inédite en forme de corne
La nouvelle espèce, baptisée Pleurocordyceps cornusynnemata, a été identifiée après l’étude d’une fourmi morte collectée dans la vallée de Danum, une région reculée du sud de Sabah. Son nom fait référence à sa structure caractéristique en forme de corne.
Si d’autres hyperparasites de ce type étaient déjà connus de la science, Seelan précise que ce spécimen est le premier membre de son genre à présenter une structure aussi particulière. La découverte a été publiée en avril dans la revue de botanique taxonomique Phytotaxa.
D’autres découvertes dans la même expédition
Lors de ces mêmes excursions de terrain, l’équipe a également mis au jour une nouvelle espèce de champignon tueur d’araignées, qui libère ses spores directement dans l’arachnide avant de provoquer sa mort — un mode opératoire distinct mais tout aussi redoutable que celui des champignons zombies classiques.
Des applications potentielles en médecine et en agriculture
Au-delà de l’intérêt purement taxonomique, Seelan souligne le potentiel considérable de ces nouvelles espèces fongiques. Elles pourraient servir de sources pour le développement de médicaments antimicrobiens de nouvelle génération, mais aussi comme agents de lutte biologique particulièrement efficaces contre les ravageurs agricoles — une alternative naturelle aux pesticides chimiques classiques, exploitant les mêmes mécanismes parasitaires observés dans la jungle de Bornéo.


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