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Il y a quelque chose de profondément indécent à continuer de parler de l’avenir comme s’il nous appartenait.
Comme si nous pouvions encore repousser les décisions. Comme si les crises climatiques, la pauvreté, les guerres, la faim, la solitude et les inégalités n’étaient que des colonnes dans des rapports internationaux. Comme si les jeunes avaient tout le temps d’attendre que les adultes se décident enfin à agir.
À New York, au siège des Nations unies, le constat est brutal : 2030 n’est plus un horizon. C’est une échéance qui approche à toute vitesse.
Oui, des progrès ont été accomplis. Depuis 2015, près d’un milliard de personnes supplémentaires ont désormais accès à l’eau potable, l’accès à Internet est passé de 40 % à 74 % de la population mondiale et la capacité en énergies renouvelables a doublé. Ces avancées démontrent qu’il est possible de transformer le monde lorsque la volonté politique, l’innovation et la coopération se rencontrent.
Mais ces progrès côtoient des obstacles sans précédent. Les conflits atteignent leur plus haut niveau depuis des décennies. Les catastrophes climatiques ont plus que doublé. Une personne sur dix vit encore dans l’extrême pauvreté. Résultat : seules 36 % des cibles des Objectifs de développement durable sont aujourd’hui en bonne voie.
Appel à un sursaut
L’ONU appelle à un dernier sursaut mondial. Le mot est juste. Un sursaut, c’est le moment où l’urgence cesse d’être un concept pour devenir une responsabilité.
Car nous savons. Nous savons que le climat se dérègle, que le logement devient inaccessible, que la santé mentale des jeunes se détériore et que l’intelligence artificielle risque d’accentuer les inégalités si elle échappe à une gouvernance collective. Notre problème n’est plus l’ignorance. Il est l’écart entre ce que nous savons et ce que nous acceptons encore de tolérer.
L’avenir a déjà un visage. Celui d’une jeune femme qui consacre la moitié de son revenu à se loger. D’un étudiant qui doute qu’une vie meilleure l’attende. D’un jeune père inquiet pour le monde que connaîtra sa fille. D’un adolescent qui voit défiler les incendies, les guerres et les crises avant qu’on lui reproche son manque d’optimisme.
Les générations futures sont déjà dans nos écoles, nos cégeps, nos universités, nos milieux de travail et nos carrefours jeunesse-emploi. Pourtant, nous continuons trop souvent de décider de leur avenir sans elles.
Quelle place pour les jeunes ?
Les Nations unies ne considèrent plus les jeunes comme de simples bénéficiaires de politiques publiques, mais comme des partenaires de la gouvernance. Cette évolution change tout. On décide pour un bénéficiaire. On décide avec un partenaire.
Cette réflexion concerne directement le Québec. À quelques mois des élections générales, une question devrait précéder toutes les autres : quelle place réelle sommes-nous prêts à donner aux jeunes dans la construction de notre avenir ? Pas seulement dans les politiques dites « jeunesse », mais dans les choix économiques, l’éducation, la santé, le logement, l’environnement, l’intelligence artificielle et notre démocratie.
Il serait facile de quitter l’ONU accablé. Pourtant, je refuse le fatalisme. Le désespoir n’est pas une preuve de lucidité. L’espoir est une discipline. Il consiste à regarder le réel sans détourner les yeux, puis à décider qu’il peut encore être transformé.
Car les sociétés ne se transforment pas seulement parce qu’elles craignent l’effondrement. Elles se transforment aussi parce qu’elles sont capables d’imaginer un avenir désirable.
Le temps est presque écoulé. Mais presque n’est pas encore trop tard.


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