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L’IA marque-t-elle la fin de l’ère du cerveau?

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L’intelligence artificielle (IA) occupe une place grandissante dans les écoles québécoises. Depuis son introduction en 2022, elle fait partie intégrante de la formation au secondaire. Au fil du temps, elle a modifié la manière dont les jeunes s’engagent dans leurs apprentissages. Elle a réussi à s’implanter dans les salles de classe, à s’approprier les ordinateurs des élèves et à s’imposer comme un outil incontournable dans le milieu scolaire. Bien qu’elle suscite un vif intérêt chez les acteurs de l’éducation, force est de constater qu’elle soulève également des préoccupations.

Les élèves sont-ils en train de perdre de la matière grise depuis l’intégration de l’IA dans les écoles ? Cette avancée technologique pose-t-elle un danger pour le développement cognitif des jeunes ? Les enjeux abordés dans le cadre de cette réflexion s’articulent autour de deux axes principaux : le coût cognitif et la dépendance technologique chez les élèves.

Moins de connectivité cérébrale avec l’IA

Selon des recherches en sciences cognitives menées au Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’utilisation d’assistants génératifs, comme ChatGPT, pourrait transformer la manière dont le cerveau apprend. Déléguer la réflexion humaine à l’IA réduirait l’activité du cortex préfrontal ainsi que l’effort intellectuel nécessaire pour transformer l’information en connaissances personnelles. Comme le révèle Nataliya Kosmyna, chercheuse scientifique au MIT Media Lab, le traitement passif de l’information en présence de l’IA entraîne une diminution de la fonction cérébrale, des difficultés de mémorisation et une accumulation de dettes cognitive.

Mais qu’est-ce que la dette cognitive ? Le coût caché que nous payons pour notre dépendance aux outils technologiques, tout simplement. Adapté à la réalité du secondaire, ce terme désigne l’écart qui se creuse entre ce que les élèves produisent avec l’aide de l’IA et ce qu’ils sont capables de comprendre, de mémoriser et de créer par eux-mêmes.

En mesurant les répercussions de la dette cognitive dans le cadre de ses travaux, Kosmyna parvient à la conclusion suivante : lorsque les jeunes confient la rédaction de leurs textes à des modèles comme ChatGPT, leur cerveau présente jusqu’à 55 % de connectivité en moins que lors d’une réflexion non assistée. Le résultat à long terme de cette dette cognitive est appelé atrophie cognitive.

En résumé, la dette cognitive est le coût caché de la dépendance des élèves à l’IA, tandis que l’atrophie cognitive est le déclin des capacités intellectuelles qui s’installe progressivement en raison de cette habitude. En continuant de déléguer leur réflexion, les élèves s’exposent au risque de perdre leur esprit critique, leur capacité d’analyse et leur aptitude à mémoriser.

Plus de dépendance aux outils de l’IA générative

L’un des effets potentiels de la dette cognitive chez les utilisateurs d’IA est la cyberdépendance. Et qui dit cyberdépendance dans le cadre scolaire dit également passivité dans les apprentissages. En effet, un recours excessif à l’IA générative pour réaliser des travaux scolaires pourrait fragiliser l’autonomie des élèves. Par ailleurs, ceux-ci pourraient confondre la performance des outils avec leur propre compétence et se croire capables d’exécuter certaines tâches complexes, alors qu’ils sont devenus dépendants d’une assistance technologique.

Bien que l’IA permette aux étudiants de gagner en efficacité, elle a également le potentiel d’anesthésier leur motivation intrinsèque et d’appauvrir leur créativité. Comme l’illustre un article de l’UQAM qui explore ces préoccupations, la dépendance à l’IA « réduit les occasions de pratiquer la pensée critique » et « affaiblit les capacités d’analyse autonome ». Pour ainsi dire, l’automatisation des tâches de génération de contenu empêcherait les apprenants d’adopter une démarche méthodique de recherche. En limitant l’effort intellectuel immédiat, les jeunes utilisateurs de l’IA perdent graduellement la capacité à réaliser leurs devoirs sans aide.

Pour revenir à la problématique de départ, à savoir les dangers associés à l’utilisation de l’IA dans les processus d’apprentissage, certaines recherches tirent la sonnette d’alarme quant à la dette cognitive et à la dépendance intellectuelle. L’IA générative aurait une influence sur les habitudes scolaires, notamment sur la manière dont les élèves réfléchissent, mémorisent et apprennent à l’école. À long terme, elle constituerait un obstacle à la mémorisation et à la pensée autonome.

Toutefois, son essor ne devrait pas être interprété comme une régression du cerveau au sens littéral, mais plutôt comme une transformation significative du point de vue de la cognition. Afin de préserver au mieux les facultés intellectuelles des jeunes en milieu scolaire, plusieurs observateurs préconisent une formation axée sur une utilisation judicieuse de cet outil technologique. C’est le cas de Julie Monette, conseillère pédagogique chez Ivado, qui propose de déplacer la problématique de l’intégration de l’IA à l’école vers celle de son utilisation responsable par les différents acteurs scolaires.

Pour reprendre une formule couramment employée dans le secteur de l’éducation, il faut apprendre l’IA (comprendre l’outil) avant même d’apprendre avec l’IA (l’utiliser). Au regard des enjeux révélés par cette étude, il devient impératif pour les adultes de sensibiliser les jeunes aux comportements éthiques liés à l’usage des technologies émergentes en éducation.

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