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Le prochain maire de Toronto doit être un bon funambule

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Le débat de Daily Bread offrait une tribune idéale pour aborder les vraies préoccupations des électeurs. Toutefois, ce type d'exercice n'a pas la même portée pour l'ensemble des trois candidats principaux, et le jeu d’équilibriste d’Olivia Chow, de Brad Bradford et de Chris Alexander sera un défi majeur si l’un d’entre eux souhaite gagner la confiance des Torontois.

C’était la première fois que les trois candidats majeurs de cette élection se retrouvaient sur la même scène, mais ceux qui ont écouté le débat ne sont pas nécessairement plus éclairés sur le choix qu’ils feront le 26 octobre prochain.

D’emblée, aucun candidat n’a nié que les défis auxquels fait face Toronto sont nombreux : montée de l’antisémitisme, coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, manque de logements abordables, gestion de la Commission de transport de Toronto (CTT).

Olivia Chow, Brad Bradford et Chris Alexander ont toutefois démontré leur talent de funambule, un atout indispensable si l’on veut devenir maire de Toronto.

Le jeu d’équilibriste d’Olivia Chow

D’un côté, Olivia Chow a dû reconnaître la gravité de la situation dans une métropole canadienne frappée par une pénurie de logements et par une hausse constante des visites dans les banques alimentaires. D’un autre côté, elle a dû défendre son bilan et démontrer qu’elle est toujours la personne de la situation, convaincue que ses solutions feront une différence.

Olivia Chow devant une caméra, s’adressant aux journalistes à la suite d’une conférence de presse annonçant un nouveau centre d’entraînement et un pôle de loisirs communautaires pour le Tempo de Toronto au Coca-Cola Coliseum le 17 avril 2026.

La mairesse sortante de Toronto, Olivia Chow, a eu de la difficulté à répondre à certaines questions lors du premier débat à la mairie de la Ville Reine. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Oksana Shtohryn

Lundi, c’est surtout la question de la lutte contre l’antisémitisme qui est venue hanter Mme Chow, elle qui n’avait pas participé au débat de la semaine dernière organisé par un regroupement d’avocats de confession juive. Son absence avait fait couler beaucoup d’encre dans les médias torontois et la mairesse sortante a dû se résoudre à la défensive. L'antisémitisme est inacceptable, a-t-elle simplement martelé à plusieurs reprises.

Le débat s’est toutefois rapidement déplacé vers des terrains plus confortables pour elle. Mme Chow a pu réitérer certaines de ses promesses phares, telles que le plafonnement et le gel des tarifs de la CTT, l’interdiction de la tarification algorithmique et le maintien du financement des refuges pour les personnes sans-abri.

Certes, le débat ne passera pas à l’histoire comme un tournant de l’élection, mais il aura tout de même démontré que, même si Mme Chow est en avance dans les intentions de vote, elle aura une pente à remonter afin de prouver aux Torontois que la Ville Reine se dirige dans la bonne direction. Elle devra aussi trouver de meilleures réponses à des questions importantes si elle veut à nouveau gagner la confiance des Torontois et ne plus esquiver les questions.

Pris entre l’arbre et l'écorce

Le premier vrai débat de la campagne était l'occasion pour Brad Bradford de se démarquer de ses adversaires. Lors de cet affrontement, il avait un objectif : attaquer le bilan de Mme Chow et ignorer Chris Alexander. Comme un politicien discipliné, il a maintenu le cap et, par moments, on peinait à se souvenir qu’un troisième candidat participait au débat. En fait, M. Bradford n'a jamais adressé la parole à Chris Alexander.

Le conseiller municipal Brad Bradford, candidat à la mairie de Toronto, prend la parole lors d’une conférence de presse le 6 mai 2026.

Brad Bradford a lancé plusieurs flèches à l'endroit de la mairesse sortante Olivia Chow lors du premier débat. (Photo d'archive)

Photo : Radio-Canada / Oksana Shtohryn

Cette stratégie était tout à son avantage, lui qui doit à la fois trouver l'équilibre entre attaquer le bilan de Mme Chow, démontrer qu’il est l’homme de la situation pour Toronto et prouver qu’un vote pour Chris Alexander avantagerait la mairesse sortante.

En concentrant ses attaques sur la mairesse sortante, Brad Bradford a poussé Mme Chow sur la défensive et l’a forcée à devoir répondre à des questions de base sur ses intentions. Il aura aussi démontré aux électeurs qu’il sait débattre, mais cette habileté doit encore se traduire en votes.

Et en soutenant ses thèmes d’attaque de prédilection — la sécurité, l’ordre public, la responsabilité fiscale —, Brad Bradford risque aussi de rappeler aux électeurs qu’il est un politicien de droite, tout comme son adversaire, Chris Alexander.

Une alternative de droite

Lors de ce premier débat, bien que Brad Bradford en ait fait fi, l’ancien ministre fédéral Chris Alexander a su montrer qu’il pouvait offrir une troisième voie dans cette course à la mairie, même si plusieurs de ses propositions rejoignent celles de son rival de droite.

Chris Alexander en vidéoconférence.

Chris Alexander est actuellement troisième dans les intentions de vote. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Tous deux affirment que la métropole s'est détériorée au cours des trois dernières années. Pour M. Bradford, la ville est bloquée, tandis que, pour M. Alexander, c’est l'absence de plan crédible et de leadership qui pose problème. Dans les deux cas, le constat est identique : Toronto ne va pas dans la bonne direction.

Troisième dans les sondages, Chris Alexander part avec une longueur de retard sur M. Bradford. S'il risque toujours de peiner à se démarquer de son concurrent, l’ancien ministre a néanmoins montré ses cartes pour débloquer le potentiel de la Ville Reine. S’il veut faire une percée dans les intentions de vote, il devra critiquer tant la gauche que la droite, tout en proposant des solutions concrètes aux véritables préoccupations des Torontois.

Même s’il a ouvert la porte à se désister de la course, reste à voir s’il saura garder le cap dans une élection qui, jusqu’à présent, ne soulève pas les passions.

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