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Lorsqu’il est question de pétrole, le débat public se concentre presque toujours sur l’essence, les automobiles et les émissions liées au transport. Or, cette vision occulte une autre réalité : le pétrole constitue également une matière première essentielle à la fabrication de milliers de produits qui entourent les consommateurs au quotidien.
Téléphones, ordinateurs, chaussures de sport, vêtements, emballages alimentaires, meubles, appareils médicaux et matériaux isolants ont souvent un point commun : leur fabrication repose, au moins en partie, sur des dérivés du pétrole.
C’est ce que rappelle Alicia Planincic, directrice des politiques et de l’économie au Business Council of Alberta, dans une analyse publiée vendredi par The Hub.
Des milliers de produits issus de la pétrochimie
Une partie du pétrole brut raffiné est transformée en carburants comme l’essence, le diesel et le carburant d’aviation. Une autre partie devient toutefois une matière première pétrochimique, qui sert ensuite à produire des plastiques, des fibres synthétiques, du caoutchouc, des solvants et des résines.
Ces matériaux entrent dans la composition d’une multitude de biens : équipements médicaux, appareils électroniques, vêtements, contenants, produits ménagers et matériaux de construction.
Le rôle du pétrole dans la vie moderne dépasse donc largement les déplacements. Même une électrification complète du parc automobile ne ferait pas disparaître les besoins pétroliers de l’économie mondiale.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la pétrochimie représentait environ 16 % de la demande mondiale de pétrole en 2025. Cette proportion pourrait continuer d’augmenter à mesure que la consommation de carburants routiers se stabilise et que la demande de biens manufacturés progresse.
L’organisme estime d’ailleurs que la pétrochimie constitue, depuis 2024, la principale source de croissance de la demande mondiale de pétrole et qu’elle devrait le demeurer au moins jusqu’en 2030.
Autrement dit, même si la consommation d’essence devait éventuellement diminuer avec l’adoption des véhicules électriques, la demande industrielle pourrait continuer de soutenir le marché pétrolier.
La croissance asiatique transforme la demande
Cette progression sera largement alimentée par l’Asie, où se trouvent les usines fabriquant une proportion considérable des téléphones, vêtements, meubles et appareils électroniques consommés en Occident.
Depuis 2015, la demande pétrolière des grandes économies asiatiques — notamment la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud — a augmenté de plus de 25 %, souligne Alicia Planincic.
Une partie de cette croissance demeure liée aux transports, mais l’expansion industrielle et la production de matières pétrochimiques y jouent un rôle grandissant. La Chine investit notamment dans la construction et la conversion de raffineries afin de réduire la proportion consacrée aux carburants et d’augmenter celle destinée à la fabrication de produits chimiques.
La demande mondiale de pétrole dépend donc de plus en plus de la quantité de biens que les consommateurs achètent, et non uniquement du nombre de kilomètres qu’ils parcourent.
Ce phénomène soulève également une contradiction dans les politiques occidentales : un pays peut réduire sa consommation directe de carburants tout en continuant d’importer des objets dont la fabrication repose massivement sur le pétrole, souvent dans des pays asiatiques.
Un débouché grandissant pour le pétrole canadien
En tant que l’un des principaux producteurs mondiaux, le Canada pourrait profiter de cette transformation de la demande.
La proportion des exportations canadiennes de pétrole brut expédiées vers l’Asie est passée de moins de 0,5 % il y a quelques années à 6,6 % en 2025, rappelle Planincic. Cette progression a été rendue possible en bonne partie par l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, qui donne aux producteurs canadiens un meilleur accès au littoral du Pacifique.
Une optimisation supplémentaire de Trans Mountain, ou la construction éventuelle d’un autre oléoduc vers la côte Ouest, permettrait au Canada d’approvisionner davantage la principale région manufacturière de la planète.
L’analyse d’Alicia Planincic invite ainsi à élargir le débat énergétique. L’avenir du pétrole ne sera pas déterminé uniquement par les véhicules électriques, les transports collectifs ou les habitudes de déplacement. Il dépendra aussi de la demande pour les téléphones, les vêtements, les équipements médicaux, les emballages et les innombrables autres produits que les sociétés modernes considèrent désormais comme indispensables.
Présenter le pétrole comme un simple carburant revient donc à ignorer une grande partie de sa fonction économique. Le secteur énergétique ne fournit pas seulement l’énergie nécessaire au fonctionnement de la société : il fournit aussi une part des matériaux avec lesquels cette société est construite.


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