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La centrale de Point Lepreau a creusé le gouffre financier auquel fait face Énergie NB et sa productivité n’est pas à la hauteur des attentes. Mais selon les auteurs d’un rapport sur l’avenir de la société d’État, le nucléaire devra jouer un rôle primordial dans la sécurité énergétique de la province à long terme.
Ils vont même jusqu’à proposer la construction d’une deuxième infrastructure nucléaire à côté de la centrale existante.
Mais avant d’arriver là, il faut améliorer la productivité de Point Lepreau, indique l’un des experts responsables du rapport, Duncan Hawthorne, ancien PDG de Bruce Power en Ontario.

Duncan Hawthorne est l'un des trois auteurs d'un rapport sur l'avenir d'Énergie NB.
Photo : Radio-Canada
Planifier quoi que ce soit dans ce secteur prend du temps. Si on ne planifie pas, on limite nos options. Ici, on a un site qui, s’il fonctionnait selon des performances normales, devrait être le moteur de la production d’électricité au Nouveau-Brunswick. Pour cette raison, on doit se demander ce qui va arriver quand on va arriver à la fin de sa vie, ajoute-t-il.
Il est estimé que le réacteur actuel à Point Lepreau aura besoin d’une réfection au début des années 2040.
Des pistes pour améliorer la productivité nucléaire au N.-B.
Depuis 2015, la centrale a rarement atteint les cibles de production espérées. Sur un horizon de 11 ans, les pertes financières sont estimées à 600 millions de dollars.
Et ce n'est qu'une partie des problèmes financiers d'Énergie NB liés à Point Lepreau. Le projet de remise en état de 2008 devait durer 18 mois et coûter 1,4 milliard de dollars. En réalité, il a duré plus de quatre ans et a coûté près de 3 milliards, en tenant compte de la répartition des coûts de base.
Les auteurs proposent qu’une structure de gouvernance distincte soit créée pour Point Lepreau, avec un conseil d’administration composé de professionnels du nucléaire expérimentés.

Les installations de la centrale nucléaire de Point Lepreau.
Photo : MARK HEMMINGS
On pense à la corporatisation, qui indique que le gouvernement continue d’appartenir le service public, mais que le service public est géré comme dans les affaires, explique en entrevue au Téléjournal Acadie l’une des responsables du rapport, Anne Bertrand.
Dans ce divorce financier, la nouvelle entité emporterait avec elle la part de la dette qu'elle a générée.
Le futur organisme pourrait conclure un accord commercial avec Énergie NB. Selon les modélisations du rapport, l'électricité pourrait lui être vendue à prix concurrentiel, même s'il coûte cher à produire.
Cet arrangement est similaire à celui de l’Ontario, où l’Office de l’électricité de l’Ontario a une entente avec la société privée Bruce Power, soulignent les auteurs.
Une deuxième centrale?
Le rapport souligne que la demande pour une électricité qui ne produit pas d’émissions polluantes va continuer à augmenter.
Pour cette raison, on recommande au gouvernement d’entamer dès que possible la phase d’évaluation pour construire une deuxième centrale nucléaire de grande envergure et à technologie éprouvée.

La centrale nucléaire de Point Lepreau.
Photo : Énergie NB
On ne précise pas quel type d’infrastructure devrait être priorisée. Le Nouveau-Brunswick envisage toujours d'acquérir de petits réacteurs nucléaires sur le site de Point Lepreau. Le ministre de l'Énergie, René Legacy, affirme surveiller de près le déploiement de cette technologie en Ontario. La collaboration à propos de cette technologie est extrêmement importante, a affirmé le ministre en mêlée de presse mardi.
La première ministre Susan Holt a aussi évoqué la possibilité de construire un deuxième réacteur Candu.
Selon Normand Mousseau, professeur titulaire de physique à l’Université de Montréal et directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier, les investissements du Nouveau-Brunswick dans le nucléaire devront être complémentaires à une meilleure collaboration régionale.
Le penser de manière régionale, c'est une façon de réduire les risques, c'est une façon de valoriser cette infrastructure-là et peut-être de bénéficier en échange d'électricité moins chère produite par des sources renouvelables, croit-il.
Le choix du nucléaire remis en question
Pour certains, l’emphase mise sur le développement de l’énergie nucléaire au Nouveau-Brunswick est une erreur.
Le professeur d’ingénierie à l’Université de Moncton, Yves Gagnon, croit qu’on manque encore une fois une bonne occasion de se tourner vers les énergies renouvelables.

Yves Gagnon est professeur d'ingénierie à l'Université de Moncton, expert en énergie renouvelable.
Photo : Radio-Canada / Fré;déric Cammarano
Ça ne me paraît pas réaliste et surtout qu’on a, ça fait deux décennies que nous le répétons, des ressources en énergie renouvelable qui sont exceptionnelles au Nouveau-Brunswick, indique Yves Gagnon.
Le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon, est aussi abasourdi par cette orientation.
Les Néo-Brunswickois veulent nous voir progresser vers les énergies renouvelables. Ce n’est pas de cela dont ils parlent. Ils parlent d’une autre centrale nucléaire, la source d’énergie la plus coûteuse au monde, observe M. Coon.
Le gouvernement provincial se donne deux mois pour répondre aux recommandations du rapport.


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