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Personnage auréolé de mystères, Gerbold est un grand saint du Bessin. Il a laissé derrière lui une histoire mêlée d’éléments historiques et légendaires, entre Bayeux et Ver.
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Par William Beville Publié le 22 août 2026 à 20h40
Dans la cité Bajocasse, son intransigeance et sa rigueur ont fait date. Et laissé quelques traces…
Saint Gerbold voit le jour à Livry au VIIe siècle, où il aurait, par la suite, fondé un établissement religieux. Élevé au monastère d’Evrecy, l’amour des voyages lointains lui fait gagner les contrées septentrionales et il débarque en Angleterre pour exercer la fonction d’intendant auprès d’un riche seigneur du pays.
Condamné à mort sur de fausses accusations et miraculé
Gerbold devient le fidèle de son maître, les deux hommes s’estiment et s’accordent une confiance mutuelle, mais leur amitié va bientôt voler en éclat…
La femme du duc se rapproche dangereusement du saint, et, après avoir repoussé avec indignation les honteuses sollicitations de la duchesse, Gerbold est accusé par celle-ci d’avoir abusé d’elle. L’homme de Dieu est calomnié et disgracié… « C’est #MeToo avant l’heure ! », s’amuse Daniel Frémond, conférencier et spécialiste des contes et légendes dans le Bessin.
Sans autre forme de procès, son maître, furieux de la soi-disant trahison, lui fait attacher une grosse meule à grains au col et le jette à la mer ; mais c’était sans compter sur la providence divine… Aussitôt, la pierre devient légère comme du liège, la corde se détache et Gerbold vogue paisiblement vers les côtes du Bessin.
Un prodige donne son nom à la commune de Ver
Il aborde au Val Fleury, à l’embouchure du ruisseau la Provence. On est au plus fort de l’hiver, et pourtant les fleurs et la verdure naissent par enchantement de tous côtés sous ses pas. C’est depuis ce temps que la commune s’appelle Ver (les armoiries de la ville comportent la mention Ver Semper Virens qui signifierait printemps éternel), et le quartier du Mont Fleury, qui abrite aujourd’hui le Memorial Britannique de Normandie, correspondrait au lieu sur lequel Gerbold se serait établi.
« Sur place, il fait apparaître une source qui a pour vertu de guérir la dysentrie. Des pèlerinages s’organisent et la notoriété du saint s’accroît à travers le Bessin », avance Daniel Frémond.
Les miracles qu’il accomplit font grand effet sur les fidèles de la région, qui le font nommer à l’évêché de Bayeux. Gerbold devient solennellement le onzième évêque de Bayeux et, lorsqu’il prend possession de sa charge, les rues qu’il emprunte se trouvent soudainement décorées de fleurs les plus rares et les plus odorantes.
On donne le nom de « Bienvenu » à une rue en son honneur. Mais les Bayeusains ne tardent pas à se dégoûter de leur évêque, trouvant l’homme de foi intransigeant, et à la règle de vie trop sévère.
Les Bayeusains châtiés par des affections intestinales
Chassé de Bayeux, le saint retourne à Ver et jette son anneau pastoral dans la mer, en déclarant qu’il ne reviendra que lorsque l’anneau sera retrouvé. À peine parti, les habitants de Bayeux se trouvent affligés d’hémorroïdes, de dysenterie, et de lienterie (diarrhée liquide contenant des aliments non digérés). Ces affections prennent le nom de « mal de saint Gerbold ». C’est de cette époque que les Bayeusains héritèrent du surnom peu flatteur de « clichards » ou « foireux ».

La pièce de théâtre La Farce de Maître Pathelin, composée à la fin du Moyen Âge et considérée comme la première pièce de la littérature comique, comporte une référence à cette légende :
« Hé dea j’ay le mau Sainet Garbot,/ Suis-je des foireux de Bayeux ?/ Les playes Dieu ! quésse qui s’attaque/ A m’en cul ? Esse une vaque ?/ Une môque ou un escarbot ?/ Jehan du Chemin sera joyeux./ Bée, par Sainet Jehan je bérée/ Voulentiers à li une fée.
Une réputation largement répandue puisque François Rabelais lui-même fait allusion aux foireux de Bayeux dans un passage satirique de Gargantua.
Les foireux de Bayeux cités dans Gargantua
Finalement, l’anneau est retrouvé dans un poisson par un pêcheur. Le saint y aurait vu le signe de Dieu et aurait accepté de retourner à Bayeux. Après son retour, l’épidémie aurait cessé.
« On prétend qu’il y a eu une chapelle avec un perron en forme de roue, en l’honneur de Saint Gerbold où les gens venaient en pèlerinage. Cette chapelle a été détruite au XVIe siècle par les protestants. La légende dit qu’autour de cette chapelle, certaines herbes poussaient et avaient la vertu de rendre invisible… », indique Daniel Frémond.
L’évêque mourut le 7 décembre 695 et fut inhumé dans l’église Saint-Exupère de Bayeux. Son tombeau fut retrouvé en 1853 et ses reliques furent transférées en la cathédrale de Bayeux, le 6 septembre 1892.
Dans toute la Normandie, on connaît cette légende et les malheureux qui souffrent de maux intestinaux vont prier saint Gerbold partout où c’est possible, comme à Brécey, dans la Manche à Sartilly ou à la Chapelle aux Moines, dans l’Orne.
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