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Une opinion de Arnaud de Harenne, propriétaire forestier engagé en gestion forestière et cynégétique, fils d'éleveur, chasseur et membre du Saint-Hubert Club
Je l'ai vu de mes yeux. Un agneau éventré, la panse dévorée. À côté, d'autres bêtes égorgées. Et un survivant qui avançait encore, la trachée ouverte, qu'il a fallu achever. Voilà à quoi ressemble une attaque de loup au petit matin : pas l'image lisse des documentaires, mais une boucherie, et un éleveur qui donne le coup de grâce à ce que le prédateur a laissé. Tant qu'on n'a pas vu cela, on peut se permettre de faire du loup un symbole. Ceux qui le découvrent dans leur pré n'ont pas ce luxe.
C'est cette réalité qu'efface le mot "cohabitation". Pendant qu'on achève les bêtes, l'argent public coule : environ 30 000 euros en 2023, 150 000 réservés aux seules indemnités en 2024, 360 000 budgétisés en 2025 pour les dégâts des espèces protégées. En deux ans, la dépense a plus que décuplé. Et derrière ces chiffres, toute une administration s'est mise au service du prédateur : un "Réseau Loup" de près de nonante experts, un laboratoire de génétique, des pièges photographiques, des milliers d'indices analysés. Une machine entière, non pour arrêter le loup, mais pour escorter son installation.
Agressions exceptionnelles
Cette progression est mécanique. Chaque loup établi six mois quelque part fait naître une "zone de présence permanente" qui ouvre droit aux aides. Après les Hautes Fagnes, c'est l'"Ardenne liégeoise" : fin juin 2026, une nouvelle zone de plus de onze mille hectares a été dessinée entre Spa, Stavelot, Stoumont et Theux pour une seule louve. Plus le loup avance, plus la carte des zones protégées s'étend, plus la facture gonfle. Un cercle vicieux que nous finançons tous.
Et il n'y a pas que le bétail. Juste de l'autre côté de la frontière, aux Pays-Bas, un loup habitué à l'homme a mordu un enfant de six ans et tenté de l'entraîner dans les bois à l'été 2025, près d'Austerlitz ; le même animal avait déjà inquiété promeneurs et chiens, et les communes ont fini par déconseiller la forêt aux familles. Disons-le honnêtement : de telles agressions sur l'humain restent exceptionnelles en Europe de l'Ouest. Mais elles surviennent précisément quand le loup perd sa peur de l'homme et l'associe à la nourriture — exactement ce que favorise son installation au contact de régions densément peuplées. Devons-nous attendre qu'un enfant de chez nous serve d'avertissement ?
Le loup pourrait-il être plus facilement chassé en Europe ? La Commission songe à alléger sa protectionPosons la vraie question : pourquoi devrions-nous l'accepter ? Le loup a été éliminé de nos régions à la fin du XIXe siècle, et ce n'était pas un crime contre la nature, mais une décision de sociétés rurales qui savaient ce qu'elles faisaient. La Belgique d'aujourd'hui, l'un des territoires les plus densément peuplés et agricoles d'Europe, n'est pas un habitat pour grand prédateur. Vouloir y "conserver" le loup n'est pas un progrès : c'est une aberration. L'objectif ne devrait pas être de cohabiter, ni de réguler à la marge une fois le carnage commis, mais de repousser le loup hors de nos territoires.
Les lignes bougent
On objectera que d'autres viendront d'Allemagne. Justement : c'est l'argument pour une politique coordonnée, pas contre. Le loup ne refluera, comme jadis, qu'à l'échelle du continent — si chaque pays le régule résolument au lieu d'en faire un totem intouchable. Les lignes bougent : en juin 2025, l'Union européenne a abaissé son statut d'espèce "strictement protégée" à "protégée" ; la Finlande a rouvert une saison de chasse, la France fixé un plafond de prélèvement, la Suisse régule ses meutes — et là où elle le fait, les pertes reculent. Ce premier déverrouillage ne suffit pas. À nous de pousser plus loin.
La Wallonie réécrit en ce moment son Plan Loup. S'il se borne encore à accélérer les indemnisations et distribuer des clôtures, il entérinera notre impuissance. Tant que la population reste faible et mobile, la repousser est réaliste et peu coûteux ; attendre dix meutes, c'est choisir de subir. La question n'est pas sentimentale. Elle est de savoir qui décide de l'avenir de nos campagnes : ceux qui en vivent, ou ceux qui les rêvent sauvages depuis la ville. Le loup peut prospérer dans les grands massifs d'Europe. Pas dans nos prairies. Disons-le, et défendons-le.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


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