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Le loup avait disparu de Bretagne depuis plus d’un siècle : ce n’est pas un piège photo qui a prouvé son retour

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Une vidéo de chasseur, une brebis égorgée à Mellionnec, et une conviction erronée : celle que la preuve viendrait d’un cliché. En réalité, ce n’est pas la photographie qui a confirmé le retour du loup en Bretagne après plus d’un siècle d’absence, mais un écouvillon passé sur une plaie de morsure et analysé dans un laboratoire belge.

La génétique a parlé là où l’image ne suffisait plus.

Depuis 2022, le loup est de retour dans le Finistère après plus d’un siècle d’absence, sa présence ayant été régulièrement documentée par photographies et indices, avec plusieurs attaques sur des troupeaux confirmées par l’Office Français de la Biodiversité. Le suivi de terrain, lui, repose sur un collectif associatif : le Groupe Loup Bretagne, formé de membres du Groupe mammalogique breton et de Bretagne Vivante. Sur son site loup.bzh, l’association reconnaît chaque animal individuellement grâce aux motifs de son pelage, un travail de photo-identification patient qui a permis d’identifier au moins sept loups différents depuis quatre ans.

Le septième d’entre eux porte un nom breton, Quénec, et une histoire belge. Grâce à la génétique, l’origine de ce septième loup identifié par photo-analyse est désormais connue : il est issu de la première meute des Hautes-Fagnes, en Belgique. Tout commence le dimanche 18 janvier 2026, quand des images de ce loup sont postées sur Facebook par un chasseur lors d’une battue, en forêt de Quénécan sur la commune de Saint-Brigitte. Une heure plus tard et 10 km plus loin, à Silfiac, le même animal repasse devant un objectif, reconnaissable à son phénotype particulier : museau clair, tache maxillaire, encolure contrastée, cuisses claires, queue bicolore.

Le lendemain, une brebis est retrouvée morte.

À une douzaine de kilomètres plus à l’ouest, une brebis est découverte morte par sa propriétaire à Mellionnec, partiellement consommée, et le signalement est fait à l’OFB. C’est là qu’intervient Olivier Le Cam, vétérinaire de Corlay spécialisé dans le suivi des loups en Bretagne : il accompagne un agent et réalise plusieurs écouvillonnages sur plaies de morsure dans le but de récolter de l’ADN provenant de la salive déposée lors de la prédation. Les prélèvements partent ensuite vers la Belgique, au laboratoire GeCoLab de Liège, spécialisé dans l’analyse génétique des grands carnivores.

Le verdict tombe des mois plus tard, en mai 2026 : Quénec est un mâle né vers 2021, appartenant à la lignée germano-polonaise, issu de la toute première portée du couple fondateur Akéla et Maxima, à l’origine de la première meute des Hautes-Fagnes dans l’est de la Belgique. Un animal jamais regénotypé sur le sol belge depuis, ce qui signifie qu’il a quitté sa région natale sans jamais y laisser d’autre trace scientifique. Une distance qui donne le vertige quand on la reporte sur une carte de l’Europe de l’Ouest.

À retenir

  • L’ADN prélevé sur une brebis morte à Mellionnec a confirmé la présence du loup Quénec en Bretagne en janvier 2026
  • Quénec est un mâle issu de la première meute des Hautes-Fagnes en Belgique, né vers 2021
  • Tous les loups bretons identifiés sont de jeunes mâles en dispersion territoriale, aucune meute stable ne s’est installée
  • La génétique offre une certitude que la photo-identification seule ne peut pas garantir

Sommaire

  1. Des jeunes mâles partis chercher un territoire
  2. Un été 2026 marqué par le silence, puis par des attaques

Des jeunes mâles partis chercher un territoire

Tous les loups identifiés en Bretagne partagent le même profil : de jeunes mâles en dispersion, partis seuls chercher un territoire vacant et, à terme, une femelle. Aucune meute ne s’est installée dans la région, aucun couple n’y a été signalé. C’est le comportement classique de l’espèce en phase de recolonisation : les jeunes mâles explorent, parcourent des centaines de kilomètres, et repartent ou s’installent selon ce qu’ils trouvent.

Nouzil illustre à lui seul l’ampleur de ces trajets. Repéré dans le Loiret en décembre 2024, il a traversé la Normandie, la Mayenne puis l’Ille-et-Vilaine avant d’atteindre la Cornouaille, soit plus de 1 000 km parcourus en quelques mois. Un périple qui traverse une bonne partie du territoire français, sans jamais que l’animal ne s’arrête durablement.

Un été 2026 marqué par le silence, puis par des attaques

Dans les monts d’Arrée, Loargann est suivi depuis plus longtemps que les autres. Mais en juin et juillet 2026, plus aucune image ne venait attester de sa présence, un silence qui a inquiété les observateurs du Groupe Loup Bretagne. L’hypothèse retenue : les canicules successives auraient poussé loups et proies à se réfugier à couvert, loin des pièges photographiques habituellement installés sur les points de passage.

Le 8 août 2026, Loargann réapparaît devant un appareil.

Un marquage territorial est capturé ce jour-là, puis l’animal est revu le 24 août. Entre-temps, deux attaques ont touché des troupeaux du secteur : des chèvres tuées le 19 août à Sizun, une génisse le 21 août à La Feuillée. Les prélèvements et les constats de l’OFB permettront, le cas échéant, de confirmer si ces prédations portent la même signature génétique que celle de Loargann, mais rien n’établit pour l’instant ce lien de façon formelle.

Ce que cette histoire révèle, au fond, c’est la fragilité de la preuve visuelle face à la rigueur du laboratoire. Un pelage photographié peut ressembler à un autre, une silhouette dans la pénombre peut tromper l’œil le plus entraîné. Seule l’ADN déposée sur une plaie de morsure raconte, sans ambiguïté, d’où vient réellement l’animal et jusqu’où il a marché pour arriver jusqu’ici.

Sources : loup.bzh | chasse.be

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