Sur les deux dernières décennies, l’étendue du lac Tchad est restée stable, malgré un léger recul de son bassin nord. C’est le constat d’une équipe de chercheurs (IRD, CNES, LEGOS) qui a croisé plusieurs satellites sur la période 2001-2018. L’image du lac qui agonise, répétée depuis 40 ans, décrit donc celui des années 1980, pas celui d’aujourd’hui.
Les chiffres de l’époque, eux, étaient bien réels.
À retenir
- Le lac Tchad a perdu 90 % de sa surface entre 1960 et 1980, chutant de 25 000 km² à moins de 2 000 km².
- Depuis 2001, la surface d’eau libre et le volume du lac restent stables grâce aux apports des fleuves Chari et Logone.
- Les eaux souterraines représentent 70 % des variations annuelles du stock d’eau et ne sont pas visibles sur les images satellites.
Sommaire
Du sixième plus grand lac intérieur à moins de 2 000 km²
Dans les années 1960, le lac Tchad figurait au sixième rang mondial des étendues d’eau intérieures, avec 25 000 km² d’eau libre. C’est près de trois fois la superficie de la Corse. Il s’est effondré dès le début des années 1970 et est tombé sous 2 000 km² dans les années 1980, soit moins d’un quart de la Corse. Plus de 90 % de sa surface avait disparu.
Cette contraction spectaculaire a fait du lac un symbole du changement climatique. Une reprise partielle, portée par le retour de pluies plus abondantes dans le Sahel, est ensuite survenue dans les années 1990.
Trois satellites, une autre histoire
Les auteurs de l’étude, publiée en 2020 dans Scientific Reports, ont abandonné l’image satellite seule. Ils ont combiné MODIS, qui cartographie les surfaces en eau, l’altimétrie, qui mesure la hauteur du plan d’eau, et GRACE, qui pèse les variations de stock d’eau totales depuis l’orbite. Chaque instrument voit ce que les autres manquent, notamment ce qui se passe sous la surface.
Ce point change la lecture. Depuis les années 2000, les eaux souterraines augmentent, grâce aux apports des deux principaux affluents du lac, le Chari et le Logone. Or une nappe qui se remplit ne se voit pas sur une photo, mais elle alimente le lac. Le bilan hydrique se joue donc en partie hors du champ de la caméra.
Les nappes pèsent environ 70 % de la variation annuelle du stock d’eau du lac.
Les chercheurs concluent que sur vingt ans, le lac ne rétrécit pas et retrouve chaque saison sa surface et son volume d’eau. Le bassin nord, lui, recule légèrement. La stabilité tient donc au bassin sud, alimenté par les fleuves tropicaux.
Ce que cette stabilité ne dit pas
Il faut lire la conclusion avec précision. La surface d’eau libre a bien chuté, d’environ 5 800 km² en 2001-2002 à environ 1 800 km² en 2010, avant de remonter lentement. La stabilité concerne l’ensemble eau et végétation inondée, ainsi que le volume, sur une tendance de 20 ans. Écrire que le lac « ne rétrécit plus » est exact. Dire qu’il a retrouvé sa taille d’antan, ou qu’il grandit, ne l’est pas.
L’étude s’arrête en 2018, et les années 2019-2026 ne sont pas couvertes. Une étude de 2024, toujours dans Scientific Reports, a mesuré une surface d’eau totale maximale de 18 800 km² en 2022, en incluant la végétation inondée.
Les auteurs ne parlent d’ailleurs pas de lac tiré d’affaire. Ils rappellent que le lac reste exposé à de lourdes menaces et que sa variabilité future sous l’effet du climat demeure très incertaine. Et l’enjeu humain n’a pas bougé : le lac fournit nourriture et eau à environ 50 millions de personnes, soit près des trois quarts de la population française.
Le lac d’aujourd’hui est peu profond : moins de 3 m, et la plupart du temps divisé en un bassin nord et un bassin sud, séparés par une barrière de sable couverte de végétation, la Grande Barrière. Les apports des fleuves y compensent une évaporation estimée à plus de 2 000 mm par an, ainsi que les infiltrations vers la nappe. Quant aux prélèvements humains, la recherche de 2024 n’a trouvé aucune preuve nette d’un impact sur les débits du bassin Chari-Logone.
Source : nature.com


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