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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les systèmes de retraites en Europe sont divisés entre des modèles coûteux mais protecteurs au sud, et des organisations plus équilibrées au Nord. Selon Pierre-André Buigues, professeur d’économie, la France doit s’inspirer des systèmes scandinaves pour éviter la déroute.
Pierre-André Buigues est professeur à Toulouse Business School. Il a été conseiller économique à la commission européenne pendant 20 ans.
Le paysage des retraites au sein de l’Union européenne ne forme pas un bloc monolithique mais reflète plutôt une sédimentation de choix politiques, de traditions sociales et de réalités démographiques divergentes entre les pays européens. Cependant, partout les retraites s’imposent comme le premier poste de dépense de protection sociale sur le continent et s’imposent dans le débat. En France, le débat public reste bloqué par une opposition frontale entre la nécessité de garantir la viabilité financière du système et le refus d’une dégradation des conditions de retraite. Dans un ouvrage récent, La France à la loupe européenne, je montre le grand écart européen en matière de retraite et les modèles dont la France pourrait s’inspirer.
En 2023, les dépenses de pensions dans l’Union européenne représentaient en moyenne 12,3 % du PIB mais le clivage nord-sud était spectaculaire. Au Sud, les pays supportent une charge des retraites bien plus élevée que la moyenne européenne, l’Italie était en tête avec 15,6 % de son PIB alloué aux pensions, suivie de la Grèce (14,0%), l’Espagne (13,2%) et le Portugal (12,7%). Au Nord, la charge est bien moins élevée que la moyenne européenne, Allemagne (11,6%) de son PIB, Danemark (11,4%), Pays-Bas (11,0%), Suède (10,3%). La France (14,7%) se classe clairement dans le premier groupe. Comment expliquer ces différences entre le nord et le sud ?
Les pays du sud de l’Europe se caractérisent tout d’abord par une grande générosité pour les anciens, le taux de remplacement (rapport entre les pensions des plus de 65 ans et les revenus des actifs de moins de 64 ans) est particulièrement élevé dans le sud, plus élevé que la moyenne européenne qui est de 59% : Grèce 78%, Espagne 77%, Italie 75%, Portugal 61%. La France, avec 59%, est au niveau de la moyenne, comme la Suède, mais dans la plupart des pays du nord, les taux de remplacement sont inférieurs à la moyenne européenne : Pays-Bas 53%, Allemagne 49%, Belgique 48% et Danemark 47%. Cette différence signifie que les retraités français, italiens, portugais ou espagnols perçoivent une proportion plus élevée de leur ancien salaire net que les pays du nord.
Pour la France, le revers de la médaille est économique. La fragilité de la France réside dans la faible participation des seniors au travail et dans un endettement qui ne fait que croître.
En second lieu, de nombreux pays du sud subissent une pression démographique bien plus intense qui pèse sur les retraites. Le poids des personnes âgées de plus de 65 ans était de 22% en 2025 pour la moyenne européenne, mais 24,7% en Italie, 24,3% au Portugal, 23,7% en Grèce. Plusieurs pays du nord enregistrent des taux inférieurs Suède et Pays-Bas 20,8%, Danemark 20,9%. La France se situait au-dessous de la moyenne, 20,9%, l’Allemagne, au-dessus 22,7%.
Enfin, le sud de l’Europe souffre d’un retard structurel en matière d’emploi des seniors, la Grèce fermant la marche avec 59,6% des 55-64 ans en activité, suivie de l’Italie 61,2%, de l’Espagne 62,4%. Au contraire, les pays du nord se caractérisent par des taux élevés d’emploi des séniors, Suède 78,3%, Pays-Bas 75,8%, Allemagne 75,5%, Danemark 74,7%. Ce cocktail mêlant un taux de remplacement élevé, un vieillissement accéléré, une dette publique record et des sorties précoces du marché du travail place ces pays du sud sur une trajectoire financière périlleuse. Pour ces pays, la réforme des retraites n’est plus seulement un débat social, mais une condition de survie économique face à l’érosion de la population active.
La réussite majeure du modèle français réside dans sa capacité à protéger les citoyens contre la pauvreté au moment de la cessation d’activité. Alors que dans de nombreux pays européens, le passage à la retraite s’accompagne d’une chute du niveau de vie, la France fait figure d’exception. Le taux de pauvreté des seniors y est faible 12,4% contre une moyenne européenne de 16,6%. Le taux de pauvreté des seniors français est bien inférieur à celui des allemands 18,4%, des italiens 16,9%, des espagnols 18,4% et il est seulement plus élevé que les danois 11,1%.
Le revers de la médaille est économique. La fragilité de la France réside dans la faible participation des seniors au travail et dans un endettement qui ne fait que croître. Ce décrochage crée un déséquilibre structurel : la France finance des prestations généreuses sur une base d’actifs réduite. L’âge effectif de départ à la retraite, bien qu’en hausse, reste l’un des plus bas du continent, créant un décalage entre une espérance de vie qui s’allonge et une durée de vie active qui stagne. Face à ces défis, la France ne peut se contenter d’ajustements comptables. Pour garantir la pérennité de son système tout en préservant son efficacité sociale, elle gagnerait à s’inspirer de deux pôles d’influence européens.
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Tout d’abord, la Suède et le Danemark offrent l’exemple d’une intégration réussie des aînés. Ces pays n’ont pas seulement relevé l’âge légal ; ils ont opéré une transformation culturelle. En Suède, le travail des seniors est la norme grâce à des conditions de travail adaptées et une formation continue réelle. La France devrait s’en inspirer pour briser le plafond de verre qui exclut trop tôt les seniors de l’entreprise. Cela permettrait d’élargir l’assiette des cotisations sans augmenter la pression fiscale déjà record.
Sur un autre modèle, des pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne ont opté pour un système à plusieurs piliers. Si la retraite publique reste le socle, elle est complétée par des régimes professionnels ou collectifs. Cette diversification permet de ne pas faire reposer tout le risque financier sur le budget de l’État et la dette publique.
En définitive, la France possède un système exemplaire par sa lutte contre la pauvreté des séniors. Cependant, pour que ce succès ne devienne pas un fardeau insupportable pour les jeunes générations, elle doit impérativement converger vers les standards nordiques en matière d’emploi des séniors ou encourager des dispositifs complémentaires pour soulager la dépense publique.


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