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Le donjon le plus important d’Europe faisait 54 m de haut à Coucy : en mars 1917, l’armée allemande y a placé 28 tonnes d’explosifs, et ses pierres gisent toujours sur place

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Le donjon de Coucy, dans l’Aisne, mesurait 54 m de haut pour 31,25 m de diamètre. Avant 1917, il passait pour le plus important d’Europe. Le 27 mars 1917, l’armée allemande l’a détruit avec 28 000 kg d’explosifs.

Ses pierres sont encore là.

À retenir

  • Le donjon de Coucy mesurait 54 m de haut pour 31,25 m de diamètre.
  • L’armée allemande l’a détruit le 27 mars 1917 avec 28 000 kg d’explosifs.
  • Ses pierres sont restées sur place, en tas compact, et ne sont jamais été évacuées.

Sommaire

  1. Un cylindre de 54 m, 20 m de plus que le Louvre
  2. 27 mars 1917 : 28 000 kg d’explosifs dans un seul édifice
  3. Ce qu’il reste du donjon aujourd’hui

Un cylindre de 54 m, 20 m de plus que le Louvre

Le donjon du Louvre médiéval, pourtant massif, s’arrêtait 20 m plus bas, soit autour de 34 m. Celui de Coucy le dépassait donc de plus de la moitié de sa hauteur. Pour se représenter 54 m, il faut penser à un immeuble d’environ 18 étages, planté au bord d’une falaise qui domine la vallée de l’Ailette.

Le diamètre impressionne autant que la hauteur. Avec 31,25 m, la base du cylindre était plus large que la longueur d’un court de tennis (23,77 m), et celui du Louvre n’atteignait qu’une quinzaine de mètres de diamètre. Les murs montaient jusqu’à 7,5 m d’épaisseur selon certaines descriptions. Construit dans les années 1220 sous Enguerrand III, seigneur de Coucy, l’ensemble avait traversé près de sept siècles quand la Grande Guerre est arrivée.

Il avait déjà encaissé une tentative de destruction en 1652. Sur ordre de Mazarin, des explosifs avaient fait sauter les portes, la chemise du donjon et les voûtes de ses salles. Le cylindre, qui s’était comporté comme un canon, n’en avait gardé que trois lézardes.

Au XIXe siècle, l’État devient propriétaire du château en 1856 et charge Viollet-le-Duc de sauver les ruines. Le donjon est alors chaîné par deux cercles de fer, posés au niveau des corbeaux, puis couvert d’une toiture. Ces cerclages comptent parmi les pièces qu’on retrouve aujourd’hui dans les décombres, selon toute vraisemblance.

Le monument a même failli être reconstruit en entier, à la manière de Pierrefonds. Napoléon III a préféré Pierrefonds.

27 mars 1917 : 28 000 kg d’explosifs dans un seul édifice

Occupé par l’armée allemande dès 1914, le château sert de quartier général à l’état-major, et Guillaume II y vient à deux reprises. Le front se trouve à une douzaine de kilomètres. Le site subit des bombardements pendant 4 ans.

Mars 1917 : l’armée allemande se replie sur la ligne Hindenburg, dans une opération connue sous le nom d’Alberich. Le 27 mars, le donjon saute, chargé de 28 000 kg d’explosifs. Les quatre tours d’angle reçoivent plus de 10 tonnes de charges pour l’ensemble. Les passages voûtés des trois portes de la ville s’effondrent, et la ville entière est ruinée.

28 000 kg, c’est le poids d’une vingtaine de voitures.

Les raisons du geste restent discutées. Le donjon se trouvait à environ 5 km de la ligne Hindenburg et aurait pu offrir aux Français un poste d’observation. Un historien de l’art allemand chargé de protéger les monuments, Paul Clemen, y voyait d’ailleurs un observatoire favorable à l’ennemi. D’autres lectures évoquent une destruction sans objectif militaire réel, ordonnée par Ludendorff.

L’indignation est telle qu’en avril 1917 les ruines sont déclarées mémorial de la barbarie. Le gouvernement choisit de les conserver en mémoire des destructions de guerre.

Le 5 septembre 1918, l’armée française reprend définitivement la ville, ce qui ajoute encore des destructions. En 1923, les dommages de guerre financent le déblaiement des tours et la consolidation des murs. Le donjon, lui, est laissé en l’état.

Ce qu’il reste du donjon aujourd’hui

Les photographies d’avant 1917 montrent un cylindre massif qui domine la vallée. Celles d’après montrent un amas de pierres à sa place. Placer les deux images côte à côte suffit à mesurer ce que 28 tonnes d’explosifs ont fait de 54 m de maçonnerie.

Sur place, les pierres du donjon forment aujourd’hui un tas compact. Parmi elles, on distingue les grandes barres de fer qui le cerclaient. Il s’agit vraisemblablement des restes des deux cercles posés au XIXe siècle.

Les blocs n’ont jamais été évacués.

Le site se visite, mais mieux vaut vérifier horaires et tarifs avant de partir. Les remparts de la ville sont restés quasi intacts, ce qui permet de comparer l’échelle des murs encore debout à celle du tas de blocs. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que les pierres de Coucy servaient à autre chose : après la Révolution, le château a été vendu et transformé en carrière, puis cédé en 1829 au duc d’Orléans pour 6 000 francs.

Sources : 87dit.canalblog.com | aurendezvousduvoyageur.fr

L'équipe Sciencepost

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