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Plus de deux fois la longueur de la Seine, plus ancien que la tour Eiffel : chaque jour, un second réseau d’eau que personne ne boit lave les caniveaux de Paris

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Le filet d’eau qui court dans le caniveau, tôt le matin, ne sort d’aucun robinet. Il vient d’un second réseau de 1 700 km de conduites d’eau non potable, soit plus de deux fois la longueur de la Seine, dont le cours mesure environ 775 km. Son concepteur, l’ingénieur Eugène Belgrand, l’a mis en place sous Haussmann, au milieu du XIXe siècle, donc bien avant la tour Eiffel, achevée en 1889.

Personne ne la boit, et elle coule pourtant tous les jours.

Le réflexe est compréhensible : l’eau claire qui ruisselle le matin ressemble à celle d’un robinet resté ouvert. C’est pourtant une eau brute, destinée à nettoyer la ville, qui ne satisfait pas aux normes de potabilité fixées par le code de la santé publique.

À retenir

  • Un second réseau de 1 700 km d’eau non potable circule sous Paris.
  • Belgrand l’a mis en place dès 1859, sous Haussmann.
  • Entre 200 000 et 220 000 m³ d’eau brute sont distribués chaque jour.

Sommaire

  1. Belgrand et Haussmann : deux réseaux plutôt qu’un
  2. L’Ourcq, la Seine et trois usines : la mécanique du réseau
  3. Une exception parisienne qu’on remet à niveau

Belgrand et Haussmann : deux réseaux plutôt qu’un

Au début du XIXe siècle, l’eau relevée par les machines des frères Périer était acheminée telle quelle, sans traitement, jusqu’aux fontaines de la capitale. Sous l’impulsion de Haussmann, Belgrand change d’échelle : il structure le réseau principal d’égouts, près de 1 000 km, et pense l’alimentation en eau comme un ensemble à deux têtes. Dès 1854, le conseil municipal avait approuvé le principe de deux services distincts, l’un public, l’autre privé.

Belgrand prend la direction du service des eaux en 1856 et met en place le double réseau dès 1859. Un circuit nourrit les habitants, l’autre alimente les fontaines publiques et assure l’embellissement et la propreté de la ville. Un ancien directeur du service des eaux et des égouts a expliqué plus tard que la séparation répondait d’abord à un souci de sécurité, en cas d’accident. Entre 1855 et 1874, le linéaire du réseau d’eau de la capitale passe de 364 km à plus de 1 370 km, soit plus de 1 000 km posés en vingt ans.

Le raisonnement de Haussmann et de Belgrand tenait en une idée : régler les problèmes d’hygiène de la capitale demandait un usage très généreux de l’eau. On doit aussi à Belgrand le réservoir de Montsouris et l’aqueduc de la Vanne, long de 156 km, pour la partie eau potable. Le second réseau, lui, loge en majorité dans les galeries d’égouts, comme son grand frère destiné à la boisson.

L’Ourcq, la Seine et trois usines : la mécanique du réseau

Le canal de l’Ourcq fournit l’essentiel de l’eau, complété par des prélèvements dans la Seine et la Marne. Trois usines, La Villette, Austerlitz et Auteuil, la pompent pour alimenter les réservoirs. Le traitement se limite à un dégrillage, qui retient les gros déchets flottants, puis à un tamisage qui arrête ceux de plus de 4 mm, sans aucun réactif. La distribution se fait ensuite à moindre pression, en grande partie par gravité.

L’eau est stockée dans huit ouvrages d’une capacité totale d’environ 152 000 m³, soit moins d’une journée de production moyenne. Quatre réservoirs lui sont exclusivement dédiés : Charonne dans le 20e arrondissement, Grenelle dans le 15e, Passy dans le 16e et Villejuif, dans le Val-de-Marne.

Entre 200 000 et 220 000 m³ circulent chaque jour.

Cela représente de 80 à 88 piscines olympiques de 2 500 m³, mobilisées quotidiennement. Le lavage des trottoirs et des caniveaux en absorbe une part, le curage des égouts et l’arrosage des espaces verts une autre. Le réseau alimente aussi les lacs du bois de Vincennes et du bois de Boulogne. Quant aux caniveaux, ils sont mis en eau tous les jours, et ce sont les bouches de lavage de la voirie qui laissent s’écouler ce flot clair.

Le réseau a de la marge. Le schéma directeur de 2015 chiffrait sa capacité maximale à 547 200 m³ par jour, environ le triple de la production moyenne d’alors, établie à 180 920 m³. Plus récemment, la moyenne a dépassé 214 000 m³ quotidiens, un chiffre relevé pour l’année 2019.

Autrefois, des chiffons roulés glissés dans les caniveaux servaient à guider le courant et à pousser les déchets vers les égouts. Ces boudins de tissu sont aujourd’hui en voie de disparition.

Le principe, lui, n’a pas bougé : rafraîchir et nettoyer la ville à l’eau claire.

Une exception parisienne qu’on remet à niveau

Paris est l’une des seules capitales au monde à disposer d’un second réseau, ce que la Ville met elle-même en avant. Cette eau n’a pas besoin du traitement de l’eau potable, ce qui épargne les dépenses d’énergie de la potabilisation. Elle contribue aussi au maintien de la biodiversité et au rafraîchissement de la ville. Pour la Ville, ce réseau préserve les ressources et participe à la lutte contre le changement climatique.

Le réseau vieillit. En 2012, le Conseil de Paris a décidé de le maintenir et de l’optimiser. Un premier schéma directeur des usages et du réseau a été approuvé en 2015. Le schéma 2022-2034, voté depuis, prévoit près de 36 millions d’euros pour le moderniser. L’un de ses objectifs consiste à réduire le taux de fuite d’un réseau jugé très vétuste.

Il déborde d’ailleurs de la capitale : il s’étend jusqu’en petite couronne, et les 1 700 km ne comptent pas les canalisations des bois de Boulogne et de Vincennes. La prochaine fois qu’un filet d’eau claire longera votre trottoir, gardez la gourde dans le sac, car cette eau-là n’est pas faite pour être bue. Celle du robinet circule ailleurs, dans un réseau de près de 2 000 km. Avec les 2 500 km d’assainissement, Paris cumule environ 6 000 km de canalisations sous les pieds des passants.

Sources : paris.fr | apc-paris.com | lejournaldugrandparis.fr

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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