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Jusqu’à 200 litres d’herbe qui fermente en continu : dans la Sarthe, on le voit à travers un hublot percé dans le flanc de six vaches

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Six vaches, un trou de 15 centimètres dans le flanc, et un accès direct à leur estomac. L’image choque, mais elle décrit une réalité bien établie dans la recherche agronomique française. Dans un centre de la Sarthe, des chercheurs étudient depuis longtemps la digestion bovine grâce à cette technique controversée, remise sur le devant de la scène par une association de défense animale.

À retenir

  • Dans le centre Sanders de Sourches (Sarthe), six vaches sont équipées d'une canule chirurgicale permettant d'accéder directement à leur rumen pour étudier la digestion
  • L214 a diffusé des images tournées en caméra cachée et porté plainte pour sévices graves sur animaux, tandis qu'Avril défend un procédé encadré et autorisé par le ministère de la recherche
  • Ces recherches visent notamment à réduire les émissions de méthane entérique, qui représentent près de la moitié des gaz à effet de serre liés à l'élevage selon l'INRAE

Un hublot dans le flanc : la canule qui transforme la vache en laboratoire vivant

Le jeudi 20 juin 2019, l’association L214 a diffusé des images tournées en caméra cachée dans le centre de recherche en nutrition animale de Sourches, à Saint-Symphorien, dans la Sarthe. Les prises de vues, réalisées entre février et mai de la même année, montrent des vaches porteuses d’un dispositif pour le moins impressionnant : une ouverture directement pratiquée dans leur flanc.

Ce dispositif, c’est la canule. Posée chirurgicalement, elle forme un véritable hublot d’environ 15 centimètres de diamètre, maintenu par un anneau en plastique rigide. Rien à voir avec une blessure négligée : il s’agit d’un geste médical encadré, destiné à offrir un accès permanent et refermable à l’intérieur de l’animal.

Le centre appartient à Sanders, filiale du groupe Avril, l’un des grands noms de l’agroalimentaire français. L214 y a vu matière à porter plainte auprès du procureur de la République du Mans, pour sévices graves sur animaux et expérimentations qui dépasseraient, selon l’association, le cadre légal autorisé.

150 à 200 litres de fermentation : voyage au cœur du rumen où tout se joue

Derrière ce hublot se cache l’un des organes les plus fascinants du règne animal : le rumen. Cette poche gigantesque, qui peut contenir entre 150 et 200 litres selon la taille de l’animal, fonctionne comme une immense cuve de fermentation installée à même le corps de la vache.

À l’intérieur, des milliards de micro-organismes décomposent l’herbe et le fourrage que l’animal ne pourrait digérer seul. Ce processus de fermentation, indispensable à la survie des ruminants, génère au passage un gaz bien connu des climatologues : le méthane.

Grâce à la canule, les chercheurs peuvent introduire directement de la nourriture dans le rumen, en contournant la bouche et l’œsophage. Ils testent ainsi différentes rations alimentaires et observent en temps réel leurs effets sur la fermentation, sans attendre les résultats habituels obtenus via les excréments ou le lait.

Six vaches sous surveillance : ce que Sanders cherchait à percer sur le méthane

Dans ce centre de Sourches, Sanders suivait précisément six vaches équipées de cette fameuse canule. L’entreprise a justifié ces expérimentations en expliquant qu’elles portent sur l’efficacité alimentaire des rations, la formulation des aliments et la qualité du lait produit.

Un autre objectif, plus discret mais tout aussi stratégique, concerne la réduction des gaz à effet de serre. Une synthèse publiée par l’INRAE le 15 décembre 2021 rappelle que le méthane entérique, celui produit par la digestion des ruminants, représente un peu moins de la moitié des émissions associées à l’élevage.

C’est dans cette optique que des additifs comme le Bovaer ont émergé. Autorisé dans l’Union européenne, ce produit réduirait d’environ 30 % les émissions de méthane entérique des vaches laitières, selon les données communiquées par son fabricant, DSM. Comprendre le rumen dans ses moindres détails devient alors un enjeu qui dépasse largement la seule productivité agricole.

Face aux accusations de L214, le groupe Avril a défendu un procédé encadré par la réglementation française, soumis à autorisation du ministère chargé de la recherche et assorti d’un suivi vétérinaire. L’Inra, de son côté, a rappelé que cette technique de fistulation est utilisée de longue date dans la recherche animale, bien avant d’attirer l’attention du grand public. Entre nécessité scientifique et questionnement éthique, le débat sur ces vaches à hublot illustre une tension plus large : celle qui oppose les méthodes traditionnelles de la recherche agronomique aux exigences croissantes de bien-être animal.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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