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Le défi de la santé mentale en français à l’Î.-P.-É.

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En ce mois du counseling et de la psychothérapie, le défi de la santé mentale en français à l’Île-du-Prince-Édouard est bien réel. Entre le besoin de s'exprimer dans sa langue maternelle pour guérir et la rareté des ressources sur le terrain, les francophones de la province font face à un véritable parcours du combattant.

Faire le premier pas vers une thérapie est un défi en soi. Mais pour les francophones de l’île, ce pas est d’autant plus grand s’il doit être franchi en anglais, alerte Josée Gallant-Gordon, travailleuse sociale et cofondatrice du centre de santé mentale Elm Grove.

C’est déjà un défi d’explorer nos émotions. Être capable de le faire dans une langue non seulement de confort, mais une langue qui nous reconnaît, c'est vital, souligne-t-elle.

Pour Darlene Arsenault, facilitatrice en mieux-être au Village des sources du Centre Goéland, la guérison s’enracine également dans la langue maternelle.

Les émotions sont attachées automatiquement à ta langue maternelle, ça ne se traduit pas, ça ne se vit pas nécessairement dans une autre langue.

La fluidité ne se fait pas aussi facilement, ajoute-t-elle.

Des ressources presque inexistantes

Isabelle Giroux, professeure à l'École des sciences de la nutrition de l’Université d’Ottawa et coresponsable du Groupe de recherche sur la formation et les pratiques en santé et service social en contexte francophone minoritaire (GREFOPS), rappelle que le fardeau de demander des services en français ne devrait pas reposer sur le patient.

En situation de détresse, c'est encore plus difficile d'exprimer comment on se sent, observe-t-elle.

Si on ajoute à ça le besoin de faire du plaidoyer pour demander les services dans notre langue, beaucoup des personnes ne sont pas en mesure de le faire.

La chercheuse prône ainsi une offre active où le système propose d'emblée des services bilingues dans les deux langues officielles, pour garantir l'équité.

À l'Île-du-Prince-Édouard, l'offre active se heurte toutefois à une réalité brutale : le manque de ressources humaines.

Darlene Arsenault dresse un constat sévère sur la disponibilité des services. Elle décrit des ressources presque inexistantes et des listes d'attente très longues.

Les personnes qui sont capables d'offrir ces services-là en français, il y en a très peu, une petite poignée de rien, déplore-t-elle.

Faire tomber les barrières linguistiques

Selon le Répertoire santé du Réseau santé en français Î.-P.-É., deux psychologues et trois conseillers francophones exercent dans la province. Le centre Elm Grove offre également des services bilingues dans l'ouest de la province.

Il existe par ailleurs une ligne d'assistance téléphonique provinciale, qui assure un soutien en santé mentale en français et en anglais. Au-delà de l'écoute, ce service, disponible en permanence, sert de passerelle vers les autres programmes offerts par le gouvernement.

Darlene Arsenault compare pour sa part l'urgence de la santé mentale à une blessure physique : Si tu t'es cassé une jambe, on ne va pas dire "viens dans trois mois". Le dommage va se faire.

Ça fait que, pour moi, la santé mentale, c'est pas dans six mois, c'est tout de suite, quand t’as un problème, sinon la situation risque de s’aggraver.

Darlene Arsenault.

Darlene Arsenault s'inquiète du manque de services de santé mentale en français dans la province. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Honorine Ngountchoup

Isabelle Giroux confirme que ce manque de ressources est généralisé dans les communautés francophones en situation minoritaire, un problème aggravé par la pandémie de COVID-19.

Malheureusement, on doit continuer à faire du plaidoyer, pour faire tomber les barrières linguistiques, puis augmenter l'équité d'accès et la qualité des soins, regrette-t-elle.

L’importance du lien humain

Face aux interminables listes d'attente et au manque de ressources, certaines personnes peuvent être tentées de se tourner vers l'intelligence artificielle.

Pour Josée Gallant-Gordon, cette technologie ne pourra jamais remplacer le lien humain.

Les cliniciens en santé mentale ont un entraînement pour être capables d'être avec la personne, de lire des signes non verbaux dans le moment présent, insiste-t-elle.

Au-delà de l’intelligence artificielle, Isabelle Giroux estime que la technologie doit surtout servir à mieux former les professionnels.

Dans nos recherches, on utilise la technologie pour essayer de développer des outils qui augmentent la compétence des futurs professionnels à faire l'offre active des services dans la langue officielle minoritaire, explique-t-elle.

Si des initiatives comme le centre Elm Grove ou les travaux du GREFOPS offrent des lueurs d'espoir, le chemin vers une équité réelle en santé mentale pour les francophones de l'Île-du-Prince-Édouard semble encore long.

Avec des informations du Réveil de l’Île-du-Prince-Édouard

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