La forêt suisse va subir quelques coupes… budgétaires. Dès 2027, le Conseil fédéral va supprimer les fonds destinés à transformer les forêts suisses pour les rendre plus résistantes au changement climatique, rapporte une enquête de la NZZ am Sonntag qui dit s’être fait confirmer l’information par le Département fédéral de l’environnement (DETEC), dirigé par le conseiller fédéral Albert Rösti. Le parlement avait déjà réduit l’enveloppe d’un tiers en 2024, avant cette suppression totale.
Le programme avait pourtant été voté à deux reprises par le parlement. En 2020, une motion du conseiller aux Etats centriste Daniel Fässler, également président de l’Association des propriétaires forestiers, avait obtenu 100 millions de francs sur quatre ans pour planter des essences résistantes à la chaleur. En 2023, une seconde motion en demandait la prolongation indéfinie; les deux chambres l’avaient approuvée à une large majorité, malgré l’opposition initiale du Conseil fédéral pour raisons budgétaires. Pour Daniel Fässler, c’est un désaveu du parlement: «C’est exaspérant que le Conseil fédéral n’applique pas les décisions claires du parlement.»
Déjà 150 millions de francs pour les forêts
Interrogé par la NZZ am Sonntag, le département d’Albert Rösti affirme que les investissements forestiers restent «évidemment essentiels», mais que le respect du plafond de la dette impose des arbitrages et que le Conseil fédéral a voté à l’unanimité contre la poursuite du programme. Le conseiller national UDC Lars Guggisberg, cité dans l’article, reconnaît que la forêt suisse est en mauvais état mais s’oppose à toute dépense supplémentaire. «La Confédération traverse une période financière très difficile», explique l’expert financier. Celle-ci consacre déjà plus de 150 millions de francs par an à la forêt, rappelle Lars Guggisberg, qui privilégie, en cas d’arbitrage, le financement de l’armée. Le conseiller national UDC estime également que les cantons ont une responsabilité dans la protection des milieux forestiers suisses.
En lien: Les cantons prennent des mesures face aux risques élevés de feux de forêtsStefan Müller, membre du gouvernement d’Appenzell Rhodes-Intérieures et de la Conférence cantonale pour la faune, les forêts et les paysages, juge la coupe budgétaire «politiquement incompréhensible» alors que la sécheresse et les risques d’incendies s’aggravent au nord des Alpes. Le journal dominical d’outre-Sarine précise que les scientifiques de l’institut de recherche WSL prévoient une augmentation significative du nombre de jours à risque d’incendie extrême. Selon le scénario climatique et la localisation, ce nombre pourrait doubler dans les cas les plus extrêmes.
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Le Rapport forestier 2025, publié tous les dix ans par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et l’institut de recherche WSL, s’inscrit dans ce constat. Celui-ci rapporte qu’entre 2018 et 2022, la mortalité liée à la sécheresse a été multipliée par dix chez l’épicéa et par trois chez le hêtre par rapport à la moyenne 1984-2018. De même, le rapport recense aussi 114 incendies de forêt par an en moyenne entre 2015 et 2022, contre 98 la décennie précédente. Pour cela, la Suisse a depuis dû se doter d’un système national d’alerte quotidien sur le danger de feu de forêt.
Ironiquement, ce rapport forestier mentionnait également la contribution fédérale de 25 millions de francs par an obtenue à la suite de la motion déposée par le conseiller aux Etats Daniel Fässler: «La hausse des contributions fédérales depuis 2008 témoigne de la volonté de la politique et de la société de soutenir l’économie forestière dans ses efforts de conservation de la forêt et de ses nombreuses prestations face aux difficultés posées par les changements climatiques.»
Le parlement devra de nouveau aborder la question des fonds pour protéger les forêts à l’occasion du débat budgétaire, lors de la session d’hiver à Berne. Avec le programme d’allègement budgétaire 2027, le Conseil fédéral souhaite «contenir les déficits, respecter les exigences du frein à l’endettement et stabiliser les finances fédérales à moyen terme». Les économies décidées s’élèvent à environ 1,4 milliard de francs en 2027, 1,9 milliard en 2028 et près de 2 milliards en 2029.


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