Certains disent que Julian Alaphilippe aurait pu, aurait dû gagner le Tour de France. Une fois, il a approché la chimère, c’était en 2019, il avait porté le maillot jaune pendant quatorze journées, et des plus dures. Emmanuel Macron s’était rendu au Tourmalet pour le congratuler. L’image est restée. Il existe un tas de souvenirs d’Alaphilippe, le genre de petit coureur qui devient grand, mais celui du Tourmalet traduit sa personnalité à merveille. Le président de la République a le dos tourné et, au lieu de faire semblant de l’admirer, le maillot jaune Alaphilippe regarde la caméra, lâche un clin d’œil ou un haussement de sourcils. Façon de dire qu’il n’est pas un courtisan et se tient «avec nous». Plus profondément, que le Tour est un cirque et qu’il en est le clown.
Vendredi, Julian Alaphilippe a annoncé qu’il raccrochait son vélo et son petit nez rouge, et les hommages affluent par milliers, des gens du peloton ou de la politique, des anonymes, des amoureux de la légèreté dans le sport. Ils ont aimé son maillot jaune de quatorze jours, prolongé de trois jours en 2020 et de vingt-quatre heures en 2021. Ses deux titres de champion du monde sur route – un Français n’avait pas décroché le titre depuis 1997. Son Milan-San Remo, ses Strade Bianche… Et, surtout, son style, une certaine idée du panache, la persistance rétinienne de ses exploits.


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