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TRIBUNE - À la moindre épreuve, à l’instar d’une vague de chaleur, le premier réflexe des Français est de se tourner vers l’État, constate le maître de conférences. Selon lui, Bertrand de Jouvenel y aurait reconnu son Minotaure, cette puissance qui ne grandit jamais que de ce qu’on lui abandonne.
Passer la publicitéLaurent Frémont est maître de conférences à Sciences Po et cofondateur du Collectif démocratie, éthique et solidarités.
Quarante degrés à l’ombre, et déjà l’on s’interroge, gravement, sur ce que fait l’État. Qu’au mois de juin le soleil puisse brûler sans qu’un ministre en réponde paraît presque une négligence ; on attend l’arrêté qui ferait tomber la fièvre ; on réclame un « plan climatisation » comme si la fraîcheur se décrétait au Journal officiel. Ce que pourraient faire un employeur, un syndic, une mairie, personne ne s’avise de le demander : la chaleur, croit-on, est devenue une matière d’administration centrale. Le réflexe ignore les familles politiques ; les plus ardents pourfendeurs de l’État tentaculaire sont souvent les premiers à le sommer d’agir. La scène se rejoue hiver comme été : on porte son fardeau au guichet de la puissance publique, puis l’on s’inquiète de la voir enfler.
En 1945, dans une Europe en ruine, Bertrand de Jouvenel consacrait à ce penchant son…


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