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Deux grands rendez-vous musicaux de la province, le Festival d’été de Québec (FEQ) et Osheaga, ont maintenant levé le voile sur leurs programmations respectives. Leurs têtes d’affiche feront assurément jaser, Lorde, Tate McRae et Twenty One Pilots au parc Jean-Drapeau, Limp Bizkit, The Lumineers, Gwen Stefani et huit autres sur les plaines d’Abraham. La présence de musiciens québécois aussi, indispensable à Osheaga comme au FEQ, deux organisations qui se débattent dans une industrie du spectacle de plus en plus compétitive.
« Sur les cent artistes les plus streamés à Québec, on en a approché une quarantaine », assure Louis Bellavance, directeur de la programmation du FEQ, qui dévoilait mercredi l’affiche de sa 58e édition. « Dans le lot, plein de femmes, les Chappell Roan, Sabrina Carpenter, Gracie Abrams, ça n’a pas marché, tellement la demande est grande pour ces pop stars. » Des femmes — qui comptent pour près de 40 % de l’affiche du FEQ, assure Bellavance —, deux seront en tête d’affiche sur les Plaines, Kesha et Gwen Stefani. « Et on se compte chanceux d’avoir Lou-Adriane Cassidy cette année » au parc Georges V, avec Gab Bouchard en première partie.
Osheaga a réussi un joli coup en confirmant Lorde en clôture, le 2 août prochain. Mais la Canadienne Tate McRae en tête d’affiche la veille ? Dit froidement, elle n’a pas encore la stature de ces élites d’une élite de la pop. « La réalité, c’est qu’avant, un artiste en tournée touchait plus d’argent lorsqu’ils se produisaient en festival que dans un aréna ; aujourd’hui, avec le prix des billets, le festival a besoin d’être vraiment attrayant pour qu’il soit inclus dans une tournée », reconnaît Nick Farkas, vice-président programmation, concerts et événements chez Evenko, à la tête d’Osheaga.
« Ils ne sont pas intéressés »
Louis Bellavance demeure lucide : « Ce n’est pas tant une question d’argent, on pourrait les payer, c’est qu’ils ne sont pas intéressés : ils font beaucoup d’argent par eux-mêmes, comme jamais auparavant des artistes en ont fait » lors de tournées d’arénas, ou de stades, en solo. « Il faut travailler la programmation du festival autrement. »
Dans le cas du FEQ, le défi est de dénicher des têtes d’affiche, capables d’attirer des dizaines de milliers de spectateurs, pendant onze soirs d’affilée. Deux de ces soirs sont désormais consacrés aux talents d’ici : le lundi 13 juillet, le rappeur Souldia fera ses plaines, précédé par FouKi, Koriass et Sensei H ; le lendemain, retour sur la grande scène de Patrick Watson, onze ans après l’avoir déjà foulée. Klô Pelgag, et le Français Bertrand Belin, assureront sa première partie. Les deux Québécois prépareront un spectacle « unique » pour l’occasion, insiste Bellavance.
Alors que le milieu du festival de musique se transforme au gré des tendances du marché, que les plus grandes stars de la pop (Taylor Swift, Bad Bunny ou, juste avant Osheaga les 28, 30 et 31 juillet au Centre Bell, Ariana Grande) fuient les affiches bourrées de noms pour devenir elles-mêmes de petits, mais lucratifs, festivals ambulants, la présence d’artistes québécois est-elle appelée à croître sur les affiches de nos grands rendez-vous musicaux ?
Soutenir la culture québécoise
Non seulement l’équipe de BLEUFEU, organisateurs du FEQ, est déjà en réflexion, mais la promotion de l’identité musicale québécoise fait partie de la mission de l’événement, insiste son directeur artistique.
« Cette année, on compte près de 50 % d’artistes québécois sur l’affiche, dit-il. C’est beaucoup d’argent versé en cachets, on supporte notre culture », dit Louis Bellavance qui, par ailleurs, confirme que le festival versera des redevances pour la diffusion d’œuvres protégées par le droit d’auteur en vertu d’une entente à l’amiable survenue en janvier dernier dans le cadre de son litige avec la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
La proportion d’artistes québécois est plus modeste à Osheaga : 14 sur 87 en trois jours de programmation, parmi lesquels Virginie B, Super Plage, Billie du Page, Moses Belanger et Grand Eugène, qui s’expriment en français.
Rayonnement international
Nick Farkas défend aussi l’attachement d’Osheaga à la promotion du talent local, « même si on a connu un passage difficile lors du réaménagement de l’espace au parc Jean-Drapeau », qui a fait disparaître la scène des Arbres, largement destinée aux artistes d’ici, remplacée depuis.
Pourquoi si peu de Québécois sur les plus grandes scènes d’Osheaga ? Arcade Fire s’y est frotté, Charlotte Cardin aussi, remplaçant au pied levé Aya Nakamura en 2023.
Farkas se souvient d’un concert de Dumas, à 17 h sur la scène principale, en 2007 : « Ça marchait ! Mais avec le temps, le festival a grossi, s’est mis à attirer plus de gens de l’extérieur du Québec, il faut faire attention de ne pas mettre un artiste au mauvais endroit, au mauvais moment et que ça devienne une mauvaise expérience, autant pour le public. » Près de 60 % de la clientèle d’Osheaga est américaine ou ontarienne, rappelle Nick Farkas.
« On veut mettre de l’avant des artistes québécois, mais ça nous prend quand même des musiciens qui vendent des billets ici et dans le monde, ils sont peut-être une centaine à pouvoir en vendre 50 000 par soir, ajoute Farkas. Après, si on continue à développer et appuyer des artistes d’ici, ils ont une chance de devenir ce genre de succès. Un peu comme ce qui arrive avec Angine de Poitrine, par exemple. Tout le monde en est fier. »


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