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La nouvelle ministre responsable de l’Habitation, Karine Boivin Roy, n’a pas l’intention de retirer le projet de loi 20, comme le réclament certains groupes. Mais elle n’exclut pas la possibilité de l’amender pour accommoder les coopératives d’habitation qui s’y opposent.
Les préoccupations des coopératives en lien avec le projet de loi sont « légitimes », a déclaré la ministre en entrevue avec Le Devoir mercredi. Mme Boivin Roy ne fait pas tant référence ici aux mesures du texte législatif visant à forcer les locataires mieux nantis à payer plus cher, mais plutôt au guichet unique qu’il impose.
Le projet de loi ferait passer « toutes les demandes » de locataires souhaitant avoir accès à un logement abordable par un guichet centralisé, rappelle-t-elle. Une coopérative d’habitation perdrait alors « son pouvoir de gestion sur la sélection des locataires », note la ministre Boivin Roy. « Le modèle des coopératives, c’est un modèle qui est vieux de 60 ans. C’est un modèle dans lequel on favorise la stabilité. On encourage la participation citoyenne », dit-elle, en précisant qu’elle est « à l’écoute ».
La pression est assurément forte dans ce dossier : « Le projet de loi 20, présentement, tout le monde nous en parle. Il n’y a pas une journée que les gens ne nous parlent pas du projet de loi 20. »
Il est aussi possible que ce texte législatif meure au feuilleton à la fin de la session parlementaire actuelle, un scénario sur lequel la nouvelle ministre n’a toutefois pas voulu se prononcer.
Une élue méconnue, mais d’expérience
Nommée récemment par Christine Fréchette, Mme Boivin Roy est une figure méconnue de la députation caquiste et l’une des rares nouvelles venues au Conseil des ministres. Mais ça ne fait pas d’elle une néophyte, souligne-t-elle.
Avant d’être élue dans la circonscription d’Anjou–Louis-Riel en 2022, elle a été conseillère municipale du district Louis-Riel à la Ville de Montréal, au sein du parti Ensemble Montréal, d’abord du côté du pouvoir, puis dans l’opposition. C’est sa collègue Chantal Rouleau, ministre et députée de Pointe-aux-Trembles, qui l’avait recrutée en politique municipale. « Elle m’a dit : j’ai besoin d’une réponse dans trois heures. Il y avait quelqu’un qui, finalement, ne se représentait pas dans le district de Louis-Riel. Et puis là, il y avait une urgence d’avoir un candidat. »
« J’ai été conseillère associée au comité exécutif sur le dossier de l’habitation pendant les quatre années où on était à l’administration. Ensuite, lorsqu’on était à l’opposition, là, j’étais porte-parole de l’opposition pour l’habitation », raconte-t-elle. Bref, s’il y avait une place pour elle au Conseil des ministres, c’était assurément à l’Habitation, dit cette avocate de formation qui a aussi étudié en gérontologie et en anthropologie.
Christine Fréchette « savait » qu’elle avait cette expérience, « parce qu’elle me connaissait du municipal lorsqu’elle était présidente de la Chambre de commerce », se rappelle-t-elle.
Les logements « abordables intermédiaires » à l’examen
Heureusement qu’elle connaît déjà le secteur de l’habitation, convient-elle, parce qu’elle dispose de peu de temps pour passer à l’action. « On a cinq mois, on n’a pas beaucoup de temps. Donc, il faut que ce soit cinq mois d’impact. »
Outre le projet de loi 20, Mme Boivin Roy s’est donné une série de priorités. Elle veut faire sortir de terre un maximum de logements abordables, tout en prêtant une attention particulière à leur répartition entre les régions du Québec. « On va essayer aussi d’avoir une certaine représentativité du territoire. Je pense que c’est important », dit-elle. Ce n’est pas déjà le cas ? « On est en train d’analyser le tout », répond-elle sans fournir plus de détails.
Elle veut aussi accélérer la construction de maisons d’hébergement pour femmes violentées et relancer le programme d’adaptation de domicile de la Société d’habitation du Québec, suspendu en 2024. Puis, il y a bien sûr les préparatifs en vue du 1er juillet prochain, afin de s’assurer que des locataires ne se retrouveront pas à la rue.
Questionnée sur les critiques à l’endroit des logements dits « abordables intermédiaires » financés par Québec, Mme Boivin Roy dit ne pas y être indifférente. « On est en train de regarder ça. »
Mise en place l’été dernier, la catégorie des « logements abordables intermédiaires » peut avoir des loyers correspondant à 150 % de ceux des logements abordables normalement soutenus par Québec. L’ancienne ministre responsable de l’Habitation, France-Élaine Duranceau, l’avait créée afin de donner plus de flexibilité aux promoteurs et d’accélérer leurs mises en chantier.
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