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«La “nouvelle France” de Jean-Luc Mélenchon marque une rupture avec la tradition assimilationniste de la France»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - En promouvant la «créolisation» et en exaltant la «nouvelle France», le leader de LFI affirme en creux qu’il n’existe pas de culture française singulière à transmettre et abandonne ainsi notre héritage, dénonce Naïma M’Faddel, auteur de «Et tout ça devrait faire d’excellents Français».

Consultante et ancienne adjointe au maire de Dreux, Naïma M’Faddel a publié Et tout ça devrait faire d’excellents Français (Éditions du Seuil, 2017).


La question dérange. Elle dérange parce qu’elle nous interdit les réponses trop commodes : les causes extérieures, les fatalités historiques, les déterminismes sociaux. Elle nous renvoie à quelque chose de plus intime, de plus vertigineux : la responsabilité de ceux qui, ayant reçu la France en héritage, ont peu à peu cessé de la penser comme une exigence. Car la France n’est pas seulement un territoire, une langue ou un ensemble d’origines. Elle est d’abord une élévation. Elle suppose un effort permanent, une transmission volontaire, un dépassement de soi. Elle est à la fois un héritage et un engagement. Et c’est précisément ce fil qui s’est rompu.

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Pendant des décennies, ceux qui arrivaient en France comprenaient qu’ils entraient dans un cadre exigeant, parfois austère, mais lisible. On ne leur promettait pas de redessiner la nation à leur image, on leur offrait d’en devenir les continuateurs. Ce pacte tacite reposait sur une vérité simple : pour appartenir pleinement, il fallait consentir à se transformer.

Ce modèle n’a pas été détruit par les nouveaux arrivants. Il a été fragilisé, miné, par ceux dont c’était la mission de le transmettre. À force de douter d’elle-même, la France a cessé d’oser dire ce qu’elle était. À force de culpabiliser son passé, elle a renoncé à en raconter l’histoire avec fierté et lucidité. À force de craindre l’exigence, elle a choisi l’abaissement. Et dans ce vide béant, d’autres récits, d’autres exigences, se sont engouffrés.

On transforme une jeunesse née en France en force de rupture, en « racisés » mobilisables contre la France « blanche », « vieille », « dépassée ». On leur vole leur destin de Français à part entière pour en faire les agents involontaires du grand effacement.

Il ne s’agit pas d’un complot ourdi dans l’ombre. Il s’agit d’un glissement lent, presque insensible. Un glissement intellectuel d’abord : l’universel a été suspecté d’être une forme masquée de domination. L’assimilation caricaturée en violence symbolique. L’exigence confondue avec l’exclusion. Un glissement politique ensuite : le souci du bien commun a cédé la place à la gestion d’équilibres précaires. La nation n’est plus pensée comme un corps vivant, mais comme une juxtaposition de groupes d’intérêts à apaiser. Et surtout un glissement moral, le plus grave peut-être : on a cessé de distinguer avec clarté ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas. Les lignes rouges sont devenues floues, négociables, contextuelles. Dans ce brouillard, certaines stratégies ont prospéré. Non pas en restaurant le commun, mais en exploitant ses fractures.

La question de l’antisémitisme en est l’illustration la plus tragique. Non parce que le phénomène serait inédit, mais parce que son traitement a changé du tout au tout. Là où s’imposait autrefois une condamnation sans équivoque, s’installe trop souvent une logique de relativisation, de calcul électoral, de hiérarchisation des indignations.

Cette démission morale trouve aujourd’hui son expression la plus achevée et la plus provocante dans la stratégie assumée de La France Insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon ne se contente plus de relativiser : il provoque ouvertement avec ses relents antisémites, ironies sur les noms à consonance juive (comme les moqueries sur «Epstine» au lieu d’Epstein), euphémismes sur la montée des actes, alliances rhétoriques qui flattent les quartiers populaires tout en banalisant l’intolérable.

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Simultanément, il exalte une «nouvelle France»  explicitement définie comme celle des élus d’origine africaine ou maghrébine, alors que la France a eu une tradition assimilatrice formidable avec tant de maires, députés, sénateurs, ministres, d’origine étrangère : portugais, espagnols, italiens, polonais, élus dans la continuité des élus français, dans le giron de l’habitus français.

À Toulouse, le 22 janvier 2026, Jean-Luc Mélenchon l’a martelé sans ambiguïté devant plus de 1 500 personnes : «Nous avons besoin d’élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité, de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps». En promouvant la «créolisation» comme horizon inéluctable et désirable, un processus qu’il présente comme spontané et imparable, au point de suggérer parfois que la langue française elle-même devrait être rebaptisée «créole», il affirme en creux qu’il n’existe pas de culture française singulière, propre, à transmettre : seulement un mélange perpétuel où l’héritage se dissout et où l’exigence d’assimilation devient une violence archaïque.

On promet le pouvoir aux descendants d’immigrés non pas en leur offrant l’héritage français, mais en les invitant à le dissoudre.

On flatte la différence pour mieux la figer. On promet le pouvoir aux descendants d’immigrés non pas en leur offrant l’héritage français, mais en les invitant à le dissoudre. On transforme une jeunesse née en France en force de rupture, en «racisés» mobilisables contre la France «blanche», «vieille», «dépassée». On leur vole leur destin de Français à part entière pour en faire les agents involontaires du grand effacement.

Ce n’est plus de l’assimilation qu’on leur refuse : c’est l’assimilation qu’on leur interdit, au nom d’une «créolisation» présentée comme un destin inéluctable et désirable. On les enferme dans une identité de substitution, une revanche communautaire, une France qui ne serait plus la leur que parce qu’elle ne serait plus celle des autres.

Ainsi, cette rhétorique tend un piège redoutable aux Français issus de l’immigration. Elle ne leur propose plus de devenir les continuateurs de la France exigeante : elle les érige en force de remplacement, dispensés de l’effort de transformation, invités au contraire à faire de leur origine un étendard politique et un levier de pouvoir. Elle leur dit : «vous n’avez pas à vous fondre, c’est l’ancienne France qui doit s’effacer». Elle les coupe du pacte républicain et les transforme en acteurs d’une fracture qu’ils paieront, comme les autres, par l’effacement du commun.

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Car une nation ne tient pas seulement par ses lois ou ses institutions. Elle tient par des évidences partagées, par des refus communs, par des fidélités muettes mais profondes. Lorsque ces évidences s’effacent, lorsque tout devient discutable, négociable, contextualisable, le lien se distend. La société se segmente. Les appartenances se replient sur elles-mêmes. Le commun se dissout.

À lire aussi Alexandre Devecchio : «Pourquoi les immigrés portugais en France votent contre l’immigration dans leur pays d’origine»

Ce n’est pas la diversité qui affaiblit la France. C’est l’incapacité à l’ordonner autour d’un horizon partagé. Ce n’est pas la pluralité des origines qui la fragilise. C’est l’effacement de ce vers quoi elles devraient converger. Au fond, le mal fait à la France n’est pas principalement extérieur. Il est le produit d’un renoncement intérieur. Renoncement à transmettre. Renoncement à exiger. Renoncement à nommer clairement ce qui fait nation.

On a rêvé d’une France sans contrainte : elle est devenue une France sans cohérence. On a rêvé d’une France sans exigence : elle est devenue une France sans colonne vertébrale. On a rêvé d’une France ouverte à tout : elle ne sait plus très bien ce qu’elle est. La question n’est donc plus seulement politique. Elle est presque existentielle. Voulons-nous encore faire nation ? Non pas seulement coexister, juxtaposer, gérer des tensions, mais faire nation : partager plus que des droits, partager un destin.

La France peut traverser les tempêtes, absorber des différences, intégrer des générations venues d’ailleurs. Elle l’a déjà fait, magnifiquement. Mais à une condition : savoir ce qu’elle est, et ne jamais renoncer à le transmettre. Sans cela, elle ne disparaît pas dans un fracas soudain. Elle s’efface lentement, presque sans bruit. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire.

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