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Par Hervé Lejeune
Le 15 juillet 2026 à 16h01
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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le récent blocage du détroit d’Ormuz a retiré un tiers de l’offre mondiale de fertilisants, sur le marché international analyse l’ancien conseiller agricole de Jacques Chirac, Hervé Lejeune. En conséquence, une augmentation du prix des engrais de plus de 30 % est prévue cette année, ajoute-t-il.
Hervé Lejeune, ancien conseiller agricole de Jacques Chirac, auteur de La Tragédie agricole française, on peut encore réagir (éd. de L’Harmattan, 2026).
Le blocage du détroit d’Ormuz, qui recommence, nous alerte sur les risques graves qui pèsent sur la sécurité alimentaire mondiale du fait de la dépendance de la plupart des pays aux approvisionnements d’engrais pour leurs productions agricoles. Cette question pourrait paraître anecdotique à côté de la flambée du prix des carburants qui touche tous les citoyens. Pour les États-Unis, elle ne l’est pas puisque le président Trump a signé, le 29 juin dernier, une déclaration d’urgence supprimant les droits de douane sur l’importation des engrais phosphatés marocains pendant les huit prochains mois afin d’assurer les approvisionnements nécessaires aux cultures pour la sécurité alimentaire des Américains et leurs exportations agricoles.
Concrètement, le blocage du détroit d’Ormuz a retiré un tiers de l’offre mondiale de fertilisants (engrais) sur le marché international pendant plus de trois mois. La Banque mondiale prévoit, en conséquence, une augmentation du prix des engrais de plus de 30 % cette année. S’ajoutent au blocage des engrais, les difficultés d’approvisionnement en produits nécessaires à leur production. C’est le cas du soufre dont la moitié du commerce mondial transite par le détroit d’Ormuz et qui est indispensable, comme l’ammoniac, à la production des engrais phosphatés. Son prix a été multiplié par six en deux ans.
Du côté de l’Afrique, dont la population devrait passer de 1,5 milliard d’habitants en 2025 à 2,5 milliards en 2050 selon les prévisions de l’ONU, le Maroc joue un rôle stratégique dans l’approvisionnement en engrais phosphatés. Ce choix correspond à l’engagement du roi Mohammed VI en faveur de la lutte pour la sécurité alimentaire du continent africain qui importe 42 % de ses engrais phosphatés depuis le Maroc. À travers l’Office chérifien des phosphates (OCP), premier opérateur mondial des phosphates, le pays détient près de 70 % des réserves connues de phosphate dans le monde. À titre de comparaison, la Chine, deuxième détentrice mondiale, n’en possède qu’environ 5 %. Mais l’exploitation de cet énorme potentiel marocain dépend du marché international du soufre et de l’ammoniac largement importés des pays du Golfe.
Les importations européennes, qui ont augmenté d’un quart au court des deux dernières années, représentent 21 % du chiffre d’affaires consolidé de l’OCP, un niveau comparable à celui de l’Afrique.
Hervé LejeuneDu côté européen, les importations d’engrais marocains apparaissent comme un levier de stabilité pour les filières agricoles du Vieux Continent ; ce qui devrait conforter une convergence stratégique Maroc-Europe pour ces approvisionnements. Aujourd’hui, ces importations européennes, qui ont augmenté d’un quart au cours des deux dernières années, représentent 21 % du chiffre d’affaires consolidé de l’OCP, un niveau comparable à celui de l’Afrique. Cette augmentation des exportations d’engrais phosphatés du Maroc vers l’Europe s’est accompagnée de partenariats de recherche avec des acteurs européens sur les engrais bas carbone et par l’adaptation des produits aux standards environnementaux européens.
La position géographique du Maroc vis-à-vis de l’Afrique dont il fait partie et de l’Europe dont il n’est éloigné que de 14 kilomètres doit en faire un partenaire privilégié de ces deux continents. Il s’agit de faire face à une réalité que les marchés connaissaient depuis longtemps mais que les opinions publiques découvrent : la sécurité alimentaire mondiale repose désormais sur un nombre très réduit de nœuds géographiques. Et parmi ces nœuds, le Maroc occupe une position « clé » aujourd’hui, en particulier pour l’approvisionnement en engrais phosphatés. Il ne s’agit pas seulement pour le Maroc d’être un grand producteur d’engrais, il doit aussi avoir une action stabilisatrice sur ces marchés.
À ce titre, la crise d’Ormuz a montré comment l’OCP a assumé cette responsabilité en préservant les stocks dans l’attente de la stabilisation des cours, dès avril 2026, et en préparant la pleine capacité de production pour l’après-crise. Mais l’OCP ne s’en est pas tenu à des mesures de gestion du marché, il a opéré, dans le même temps, un choix stratégique industriel déterminant vers le triple superphosphate (TSP) qui est produit moins consommateur de soufre et sans recours à l’ammoniac. Ainsi, la part du TSP dans la production qui était d’environ 30 % en 2025 a dépassé 50 % en 2026 avec des exportations qui ont plus que doublé en deux ans. Aujourd’hui, à mesure que les approvisionnements se sécurisent et que les stocks se reconstituent, l’OCP a annoncé début juin la reprise complète de ses opérations à pleine capacité pour la fin du mois de juin en assurant une stabilisation active du marché mondial.
Si l’Europe et la France veulent préserver et sécuriser des capacités d’approvisionnement en engrais phosphatés indispensables à la production agricole européenne, comme en Afrique et ailleurs dans le monde, il est essentiel que les relations commerciales et techniques avec le Maroc puissent être confortées et se développer dans une vision stratégique et géopolitique réaliste.


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