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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le génocide des Arméniens, il y a 111 ans, ne saurait être réduit à un devoir de mémoire, plaident une soixantaine d’étudiants dans un texte collectif. Il doit selon eux nous pousser à défendre l’esprit critique pour que ne se répètent pas de telles atrocités.
Aujourd’hui, 24 avril, nous commémorons le génocide des Arméniens perpétré en 1915 dans l’Empire ottoman, au cours duquel près d’un million et demi d’Arméniens furent massacrés ou périrent sur les routes de la déportation et de l’exil. Pour la jeunesse française, et plus largement pour les étudiants qui fréquentent aujourd’hui les universités, quelle que soit leur discipline, cette mémoire ne peut se réduire à un simple héritage. Elle doit s’ancrer dans une question profondément actuelle : que signifie, aujourd’hui, se souvenir ?
Au-delà d’une simple fidélité à l’histoire ou de la seule évocation de quelques figures héroïques, la mémoire est une exigence morale et intellectuelle qui se veut active, adressée à chaque génération. Celle du génocide des Arméniens dépasse largement l’histoire d’un peuple ; elle oblige à questionner le monde tel qu’il est, à reconnaître dans le présent les continuités du passé et à refuser l’indifférence par laquelle de telles atrocités sombrent dans le silence, là où la promesse du plus jamais demeure vaine.
Ce silence rappelle que ce massacre prit d’abord pour cible les élites intellectuelles arméniennes : 600 notables, écrivains, journalistes et penseurs assassinés à Constantinople sur ordre du gouvernement jeune-turc. À l’instar d’autres génocides contemporains, éliminer les intellectuels revient à faire disparaître celles et ceux qui portent la parole, qui questionnent et qui osent penser contre.
C’est pourquoi cette mémoire concerne tout particulièrement les universités, lieux où une génération apprend à penser, à interroger les normes qui organisent nos sociétés et à situer son savoir au sein des dynamiques du monde actuel. Se souvenir de Daniel Varoujan, Atom Yarjanian, Ruben Sevak et de nombreux autres, c’est ainsi rappeler la responsabilité qui incombe aux lieux de savoir, soit celle de défendre l’esprit critique, l’échange intellectuel et l’ouverture à l’altérité. Penser ces questions, c’est aussi reconnaître que certaines d’entre elles ne peuvent être reléguées à la seule mémoire des communautés qu’elles concernent. Reconnu par la France depuis 2001, le génocide des Arméniens appartient désormais à notre mémoire collective.
Se souvenir n’est jamais un acte passif : c’est un acte de conscience par lequel une société décide ce qu’elle refuse d’oublier, ce qu’elle choisit de transmettre et les leçons qu’elle en tire dans sa lecture du monde contemporain.
Entre mémoire et responsabilité, entre passé et présent, il existe ainsi un espace de réflexion que les jeunes générations doivent habiter. Car être étudiant aujourd’hui, c’est admettre que le savoir n’est jamais neutre et que penser le monde implique toujours une forme d’engagement. La question arménienne interroge la capacité de nos sociétés à nommer les crimes de l’histoire et à reconnaître ce qui, dans l’ordre du monde, permet la persistance des formes de violence. Se souvenir n’est jamais un acte passif : c’est un acte de conscience par lequel une société décide ce qu’elle refuse d’oublier, ce qu’elle choisit de transmettre et les leçons qu’elle en tire dans sa lecture du monde contemporain.
C’est d’ailleurs à cette lumière qu’il convient d’interroger le déplacement forcé de plus de 100.000 Arméniens du Haut-Karabakh en septembre 2023, qui soulève des questions fondamentales : celles de la protection des populations civiles, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et du devoir des institutions internationales face aux crises contemporaines.
En ce 24 avril, la mémoire du génocide des Arméniens ne nous demande pas seulement de nous souvenir. Elle nous invite à s’engager ; à penser avec rigueur, à ne pas détourner le regard et à faire droit aux exigences intellectuelles que cette mémoire impose. Car si l’histoire appartient au passé, la manière dont nous choisissons de l’assumer appartient au présent, et révèle ce que nous refusons, ou acceptons, de laisser se répéter.
Les signataires :
STINTZI Marianne (Sciences Po Paris)
MOREAU Baptiste (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
TRAN Alexandre (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
LALANDE Mathieu (OGEC Union Lasallienne)
LACOMBE Jean (Sciences Po Paris)
GONZALEZ-RUIZ Julia (Sciences Po Paris)
DONN Vassili (Alumni Paris X Nanterre & Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
HLGHATYAN Vruyr (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
MEUNIER SAAVEDRA Thomas (Université Paris X Nanterre)
CHIAPPA Mattéo (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
BRILLARD Maxence (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
DJENDEREDJIAN Emma (Paris 2 Panthéon-Assas)
ABI FADEL Léa (Paris 2 Panthéon-Assas)
MARQUES Raphaël (IAE, Université de Tours)
SCHMIDT Jöel (Sciences Po Strasbourg)
AMMI Adam (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
CHAPOUTOT Marin (Sciences Po Paris)
NGUYEN Marcel (Paris School of Economics)
CHIDIAC Raja (Sciences Po Strasbourg)
MESQUITA Diego (Kedge Business School)
CHAKMISHIAN Ani (Université Paris Cité)
UBERTI Lorenz (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
KHELLAD Zacaria (Sciences Po Lille)
AMINE Kamil (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
MEFTAH Arwenne (ESCP Business School)
JOURDAN Lysandre (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
ALÈGRE LUZÀRRAGA Alicia (Université Paris X Nanterre) WILLIER Hugo (Sciences Po Strasbourg)
CRINIÈRE Maël (ESSEC)
PICON Romain (Sciences Po Bordeaux)
HERBELOT Louison (Université de Tours)
MANTANI Carla (Institut Libre des Relations internationales de Bordeaux) WURRY Agathe (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
BRANCHU Nathan (École de journalisme de Toulouse)
SOULISSE Alix (École de Guerre Économique)
ROY Jonas (École normale supérieure ULM)
EVARISTE-MAROUANI Ruben (CELSA)
GAUTHIER Clara (Université Grenoble Alpes)
HORCHLER Justin (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris Dauphine-PSL) KANSKI Nicolas (Paris IV Sorbonne université)
BARRIER Victor (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
SCHOENTJES Juliette (Sciences Po Paris)
TCHAKARIAN Alix (INSEEC)
DELFOSSE Coralie (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
PAGES-FINOT Loanne (Sciences Po Paris)
TAHMAZIAN Sacha (Sciences Po Paris)
GUIBON Arthur (Sciences Po Paris)
GHAZARYAN Albert (Sciences Po Paris)
TEPELIAN Levon (Sciences Po Paris)
LE JEUNE Alexandre (Institut Catholique de Vendée)
COCHET Julia (Université Savoie Mont Blanc)
COURRILAUD Victor (Université Paris X Nanterre)
GILL Jon (Sciences Po Paris)
HOUCKE Mathys (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
KOLB Loan (Sciences Po Paris)
BOUZIANI Narjess (Institut Catholique de Vendée)
MARIETAN-MAVIAN Blaise (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) BUNIATYAN Galust (Polytech Paris Saclay)
ARSHAKOUNI Tamara ( Paris IV Sorbonne Université Paris) MAZURIER Clothilde (Sciences Po Bordeaux)
NIKOLIC Sofija (Paris 2 Panthéon-Assas)


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