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La Mauritanie a le train le plus long du monde depuis 1963 : ce qui l’attend au bout de ses 700 kilomètres de désert n’est ni une gare ni une ville

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Imaginez devoir attendre près d’un quart d’heure, immobile sur le bas-côté d’une piste, simplement pour voir défiler un seul convoi ferroviaire. Pas de passage à niveau avec des barrières qui se lèvent au bout de deux minutes, non : ici, la traversée peut prendre un temps fou, tant l’engin qui glisse sur les rails semble ne jamais finir. Bienvenue en Mauritanie, où circule depuis plus de six décennies l’un des trains les plus démesurés de la planète, un mastodonte d’acier qui traverse le Sahara dans une indifférence presque totale du reste du monde.

À retenir

  • Le train de la SNIM relie Zouerate à Nouadhibou sur 704 km de voie unique, pouvant atteindre 3 km de long avec jusqu'à 200 wagons tractés par 3 à 4 locomotives.
  • Ce convoi peut peser entre 17 000 et plus de 20 000 tonnes une fois chargé, roulant à une vitesse maximale de 60 km/h.
  • Il transporte le minerai de fer extrait de la mine de la Kédia d'Idjil jusqu'au port de Nouadhibou, constituant un pilier économique majeur employant plus de 10 000 personnes en Mauritanie.

Un serpent d’acier de trois kilomètres perdu dans le Sahara

Difficile d’imaginer une telle échelle sans la voir de ses propres yeux. Ce train, exploité par la Société nationale industrielle et minière (SNIM), peut s’étirer sur plus de trois kilomètres de long, une distance qui correspond à peu près à la traversée d’une petite ville française à pied. Il n’est pas rare que le convoi comporte jusqu’à 200 wagons, tous accrochés les uns aux autres dans une chorégraphie mécanique impressionnante, où chaque wagon transporte plusieurs tonnes de minerai de fer brut extrait des entrailles du désert.

Pour tracter une telle masse, il ne suffit évidemment pas d’une seule locomotive. Ce sont généralement trois à quatre locomotives de type General Motors, notamment les modèles SDL 40 ou SDL 70, reconnaissables à leur livrée bleu et sable typique de la SNIM, qui unissent leurs forces à l’avant du convoi. Une fois chargé, l’ensemble peut atteindre un poids vertigineux allant de 17 000 à plus de 20 000 tonnes, ce qui en fait également l’un des trains les plus lourds jamais mis en circulation dans le monde. Face à une telle inertie, la prudence est de mise : la vitesse ne dépasse jamais 60 kilomètres par heure, et certains passages se négocient même bien plus lentement, comme si le désert lui-même imposait sa propre temporalité à cette machine géante.

Zouerate-Nouadhibou : le vrai visage d’un voyage hors norme

La ligne qui porte ce colosse ferroviaire relie deux villes que peu de Français sauraient situer sur une carte : Zouerate, cité minière plantée en plein cœur du désert mauritanien, et Nouadhibou, port stratégique ouvert sur l’océan Atlantique. Entre les deux s’étendent 704 kilomètres de voie unique, la seule qui existe dans tout le Sahara. Pas de double voie, pas de croisements complexes : un seul ruban de rails posé sur le sable, témoin d’un exploit d’ingénierie datant d’une époque où la Mauritanie venait tout juste d’accéder à l’indépendance.

Cette ligne a en effet été construite par la France pour le compte de la MIFERMA, la société qui exploitait alors les gisements de fer locaux, avant d’être mise en service en 1963. Depuis, la SNIM a repris les rênes de cette infrastructure devenue vitale. Ce qui rend le trajet encore plus singulier, c’est que des voyageurs mauritaniens s’invitent parfois à bord, s’installant directement dans les wagons remplis de minerai, ou dans l’unique voiture qui leur est spécifiquement réservée. Longtemps interrompu, ce service touristique baptisé le Train du désert a été suspendu en 2009 avant de reprendre en 2018, offrant à nouveau aux curieux du monde entier la possibilité de vivre cette traversée hors du temps, cahotant au rythme lent d’un convoi minéralier davantage pensé pour le fer que pour le confort humain.

Pas de gare, pas de ville : le mystère du terminus final

Voilà où le voyage prend une tournure presque déroutante pour un esprit habitué aux gares européennes animées, avec leurs quais bondés et leurs panneaux d’affichage. Au bout de ces 704 kilomètres de sable, de rocaille et de silence assourdissant, aucun terminus grandiose n’attend le convoi. Pas de gare monumentale, pas de centre-ville, pas même une agglomération digne de ce nom à l’origine du trajet : la ligne débute et s’achève au cœur d’infrastructures purement industrielles, pensées pour le minerai et non pour les voyageurs.

À l’un des bouts se trouve la mine de la Kédia d’Idjil, présentée comme l’une des plus grandes exploitations à ciel ouvert du monde, un cratère minéral immense creusé patiemment depuis des décennies. À l’autre extrémité, le port de Nouadhibou, où le minerai est ensuite chargé sur des navires en attente. Le véritable aboutissement de ce voyage titanesque n’est donc ni une place animée ni un monument, mais une chaîne logistique pure, où l’humain se fait discret face à l’ampleur de l’exploitation industrielle. D’ailleurs, ce fonctionnement n’est pas exempt de risques : un déraillement s’est produit en novembre 2023 à l’entrée de la gare de Nouadhibou, sans faire de victime selon la SNIM, rappelant que même les géants d’acier ne sont jamais totalement à l’abri des caprices du terrain.

Un géant industriel qui façonne toute l’économie mauritanienne

Ce train n’est pas une simple curiosité touristique perdue dans les sables : il constitue littéralement la colonne vertébrale économique de tout un pays. La SNIM, qui gère cette ligne unique, emploie plus de 10 000 personnes, majoritairement concentrées autour de Zouerate, faisant de cette entreprise l’un des principaux piliers de l’économie mauritanienne. Sans cette voie ferrée, impossible d’acheminer le minerai de fer extrait en plein désert jusqu’au littoral, et donc impossible de l’exporter vers les marchés internationaux qui en dépendent.

En creux, cette ligne raconte aussi une histoire plus large, celle d’un pays dont une part importante des revenus repose sur les épaules de ce serpent métallique traversant chaque jour le désert. Loin des paysages verdoyants et des campagnes françaises que l’on associe habituellement au chemin de fer, ce train évolue dans un décor minéral et aride, où la moindre panne peut avoir des répercussions économiques considérables. C’est peut-être là toute la beauté paradoxale de cette infrastructure : une prouesse d’ingénierie née pendant les premières années de l’indépendance mauritanienne, devenue un symbole silencieux de résilience industrielle en plein Sahara.

En définitive, ce train minéralier illustre à merveille combien certaines infrastructures peuvent façonner l’identité même d’un territoire, loin des regards et des grandes routes touristiques habituelles. Il n’a ni le prestige d’un TGV ni le charme pittoresque d’un petit train de montagne, mais il porte en lui une puissance brute, presque hypnotique, celle d’un pays qui a su transformer une contrainte géographique en véritable atout économique. Reste une question qui continue d’intriguer : combien de temps ce colosse pourra-t-il encore avaler ses 704 kilomètres de désert avant que la modernisation, un jour, ne vienne bouleverser cette traversée si particulière ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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