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FIGAROVOX/TRIBUNE - Emmanuel Grégoire récemment déclaré vouloir faire de la «beauté de Paris» une des priorités de son mandat . Pour les architectes Dominique Dupré-Henry et Tangui le Dantec, le maire de Paris devrait surtout préserver les fondements de l’espace public tel qu’il a été conçu au XIXe siècle.
Dominique Dupré-Henry est architecte et cofondatrice du collectif Aux arbres citoyens.
Tangui Le Dantec est architecte et cofondateur du collectif Aux arbres citoyens
Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a déclaré vouloir faire de la «beauté de Paris» une des priorités de son mandat et s’est engagé à présenter rapidement un plan pour améliorer la qualité de l’espace public. Cette ambition n’est pas nouvelle : déjà premier adjoint en charge de l’urbanisme lors du précédent mandat, il avait lancé de nombreuses initiatives, manifeste, exposition et publication autour du thème «La beauté d’une ville». Ces efforts n’avaient toutefois pas rencontré, à l’époque, l’adhésion espérée.
Au moment de la présentation du nouvel exécutif, l’absence d’un adjoint spécifiquement dédié au patrimoine a suscité des inquiétudes légitimes. Dans une ville comme Paris dont la richesse patrimoniale exceptionnelle a été mise en lumière lors des Jeux olympiques de 2024, ce choix a été perçu par certains comme un signal préoccupant. Le maire a donc clarifié ses intentions dans une interview accordée au Figaro le 11 mai 2026. Il y détaille ses priorités : l’adaptation au changement climatique, l’amélioration de l’accessibilité et une attention renforcée au patrimoine, constitutif de l’identité parisienne.
Concernant l’espace public, il évoque une exigence accrue de propreté, particulièrement dans les lieux très fréquentés, une volonté de désencombrement et de confort et la lutte contre les incivilités. Ces annonces semblent répondre aux critiques récurrentes sur l’abandon du domaine public, le manque d’entretien et le délabrement du mobilier urbain. Toutefois, les Parisiens, échaudés par les promesses passées, attendent aujourd’hui de voir les résultats avant de se réjouir d’une éventuelle amélioration.
Le risque aujourd’hui ne semble donc pas tant résider dans une supposée culture bourgeoise que dans une privatisation croissante de l’espace public dictée par une logique de rentabilité.
Lors des débats au Conseil de Paris du 19 mai 2026 sur cette thématique, le groupe écologiste et social a vivement critiqué cette approche, dénonçant «une vision étriquée de l’esthétique au risque d’imposer une sorte d’uniformisation fondée sur une culture majoritairement bourgeoise». Et de conclure «l’esthétique parisienne ce n’est pas juste celle des prétendument beaux quartiers.» Ces propos, sans doute influencés par une interprétation très radicale des travaux de Bourdieu sur l’esthétique, reflètent en réalité une profonde méconnaissance de la nature de l’espace public parisien. Conçu au XIXe siècle comme un système unitaire, sous la direction de l’ingénieur Alphand et de l’architecte Davioud, l’espace haussmannien structure la ville entière sans distinction de quartiers. Il équipe uniformément tous les arrondissements : petits squares à moins de 300 mètres de chaque habitant, milliers d’arbres d’alignement sur des avenues paysagères qui forment aujourd’hui l’armature urbaine, mobilier urbain (bancs, grilles d’arbres) identique partout et devenu un véritable symbole de Paris, immortalisé par Caillebotte.
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Loin d’être réservé à une élite, cet espace se révèle profondément égalitaire et universaliste dans sa conception : il s’adresse à l’ensemble des Parisiens. Le risque aujourd’hui ne semble donc pas tant résider dans une supposée culture bourgeoise que dans une privatisation croissante de l’espace public (évènementiel, terrasses envahissantes) dictée par une logique de rentabilité, au détriment des habitants. Il réside également dans un surtourisme non régulé qui affecte de nombreux quartiers comme Montmartre, dont les toiles de Renoir, actuellement exposées au musée d’Orsay, rappellent à quel point ce quartier, auparavant festif et populaire, a vu son caractère profondément transformé.
Dans ce contexte, l’objectif de la municipalité parisienne pourrait consister, moins à déstructurer, sous couvert d’idéologie, un espace public particulièrement bien conçu et de grande qualité, qu’à le préserver afin qu’il demeure un lieu de convivialité partagé par tous. Donner la priorité à l’entretien d’un espace destiné à tous les habitants, mettre en œuvre les moyens pour qu’il soit respecté, prendre en compte les besoins des publics les plus fragiles, enfants et personnes âgées, constituerait un projet politique qui mérite d’être soutenu. Plusieurs pistes ont été évoquées par le maire lors du Conseil de Paris, espérons qu’elles ne resteront pas, comme l’a craint le Nouveau Paris Populaire, «un catalogue de bonnes intentions» mais qu’elles se traduiront rapidement par des actions concrètes.


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