Le lac du Bourget va recevoir, cet hiver, ce qu’il avait cessé d’accueillir depuis 1980. Les eaux usées traitées d’Aix-les-Bains et de Chambéry, d’ordinaire évacuées vers le Rhône par une galerie souterraine, vont temporairement se déverser dans le plus grand lac naturel de France. La raison : cette galerie, vieille de plus de 45 ans, montre des signes de faiblesse qui imposent des travaux de consolidation.
Le chantier durera sept mois.
À retenir
- La galerie de l’Épine, construite en 1980, exfiltre les eaux usées traitées vers le Rhône depuis 45 ans
- Deux secteurs de 300 mètres menacent de s’effondrer et imposent une fermeture pour réhabilitation
- Pendant les travaux, les eaux épurées seront rejetées dans la Leysse, avant son embouchure au lac
Sommaire
Un lac qui a failli mourir de sa pollution
Entre 1960 et 1980, le lac du Bourget traverse sa période la plus sombre. La toute première action menée pour préserver le lac date des années 1960, quand la prolifération des algues et les rejets de phosphore détériorent la qualité de ses eaux. Le phénomène porte un nom : l’eutrophisation, cet excès de nutriments qui étouffe la vie aquatique. De 1960 à 1980, le lac souffre d’un trop grand apport en nutriments, azote et phosphore, qui provoque une dégradation importante de son potentiel écologique.
La bézoule, un corégone qui ne vivait nulle part ailleurs, disparaît dans ces années-là.
Face à l’urgence, les élus locaux réagissent. Dès 1972, ils s’emparent de la question en espérant réduire de 95 % les rejets de phosphore, avec l’idée d’améliorer les stations d’épuration de Chambéry et d’Aix-les-Bains puis de dériver les eaux usées épurées vers le Rhône via les tunnels de la galerie de l’Épine. Le chantier consiste à percer la chaîne de l’Épine, sous le mont du Chat, pour créer un tunnel de 12,2 kilomètres capable d’exfiltrer les effluents traités loin du lac. Une prouesse d’ingénierie pour l’époque, pensée comme un remède radical à une pollution qui menaçait de rendre le lac irrécupérable.
La galerie qui a changé la trajectoire du lac
Mise en service au début des années 1980, la galerie de l’Épine change la donne. Elle capte les eaux usées traitées des agglomérations de Chambéry et d’Aix-les-Bains et les envoie directement vers le Rhône, contournant totalement le lac. Habituellement, cette galerie vieille de 45 ans permet de déverser ces eaux traitées dans le Rhône, à un débit qui tourne autour de 800 litres par seconde selon les données de gestion du bassin versant.
Les résultats se mesurent sur la durée. Le lac est aujourd’hui dans un état de ré-oligotrophisation affirmé, faisant de ce système un cas exemplaire en termes de restauration face à l’eutrophisation. Les phosphates, indicateurs clés de la pollution, sont redescendus à des niveaux qui auraient semblé inimaginables dans les années 1970. Les indicateurs confirment la réoligotrophisation engagée par le lac dans sa zone de pleine eau, et les communautés planctoniques et piscicoles confirment cette tendance et le très bon état global de l’écosystème. Le lavaret, poisson emblématique des lacs alpins propres, s’y pêche à nouveau en quantité.
45 ans plus tard, l’ouvrage montre son âge.
Cet hiver, le rejet revient au bord du lac
Le Comité intersyndical pour l’assainissement du lac du Bourget (Cisalb), qui gère l’ouvrage, alerte sur son état structurel. Des visites de contrôle réalisées tous les deux ans montrent que l’ouvrage se dégrade de manière assez rapide. Deux secteurs de 300 mètres chacun menacent de s’écrouler, ce qui impose une fermeture temporaire pour réhabiliter ces zones fragilisées. Renaud Jalinoux, directeur du Cisalb, ne mâche pas ses mots sur l’enjeu : « Ce serait une vraie catastrophe pour le lac du Bourget » si la galerie venait à s’effondrer faute d’intervention.
Pendant la durée des travaux, impossible d’envoyer les eaux vers le Rhône. La solution retenue consiste à fermer la galerie et à rejeter les eaux dans la Leysse, juste avant son embouchure dans le lac. Concrètement, ce sont les eaux usées traitées d’Aix-les-Bains et de Chambéry qui vont couler, cet hiver, là où elles ne coulaient plus depuis plus de quatre décennies.
Les autorités ont fixé un cadre précis pour limiter les risques. Des consignes s’appliquent du 25 septembre 2026 au 30 avril 2027 : baignade interdite dans la Leysse en aval du point de rejet ainsi qu’au sud du lac, et recommandation formelle de ne pas y faire boire les animaux. Les eaux sont épurées à plus de 90 %, mais les autorités préfèrent recommander de ne pas mettre les mains dans l’eau, de se laver les mains après contact, et de ne pas faire boire les animaux, particulièrement sensibles. Un suivi a démarré dès avril 2026 pour disposer de références avant, pendant et après le rejet, afin de mesurer s’il y a eu un réel impact dans le milieu, selon Jérémy Raphy, technicien en charge des suivis écologiques au Cisalb.
Le secteur le plus surveillé se situe entre le camping et la plage municipale du Bourget-du-Lac. C’est surtout à cet endroit qu’il va y avoir une incidence perceptible, selon le Cisalb, qui a multiplié les points de mesure sédimentaire et biologique autour de la zone concernée. Les élus locaux insistent sur le caractère temporaire et surveillé de l’opération, présentée comme le prix à payer pour éviter un scénario bien pire : la perte pure et simple de l’ouvrage qui a sauvé le lac.
Reste une question que peu d’habitants se posaient jusqu’ici : que se passe-t-il quand l’infrastructure censée protéger un écosystème a elle-même besoin d’être sauvée ? Le Cisalb prévoit de rouvrir la galerie de l’Épine fin avril 2027, remise à neuf pour, en théorie, tenir encore plusieurs décennies.
Sources : cisalb.com | cisalb.fr | france3-regions.franceinfo.fr


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